f6k ~ Summer Star Wars - Épisode III

Fichier créé le 17 juin 2015 • Dernière mise à jour le 8 août 2015.

Logo Depuis 2010 le blog du Répertoire de la Science-Fiction organise, sous l’impulsion de Lhisbei et de M. Lhisbei, un challenge estival nommé Summer Star Wars. C’est donc cette année la sixième édition de cette rencontre (intitulée Summer Star Wars - Épisode III) dont le but est de s’intéresser à deux genres prépondérants de la science-fiction à savoir le space opera et le planet opera. Le challenge implique non seulement de se plonger dans ces deux genres mais suppose aussi d’en rédiger des chroniques — sont acceptés les romans, essais, bandes dessinées, nouvelles, films, séries, jeux vidéos, comptes-rendus d’expositions ou même de conférences. Je publierai pour ma part mes critiques sur cette page avec un lien profond pour chaque titre (voir le sommaire à venir ci-dessous) dans l’ordre chronologique de lecture ou visionnage. Tout ceci sachant que le défi est à temps, nous avons trois mois, soit toute la période qui court du solstice d’été à l’équinoxe d’automne. Un grand merci à Lhisbei pour l’organisation et la logistique du défi qui promet de faire vivre une belle aventure. Nous sommes donc actuellement 29 inscrits, ça commence dans quatre jours et, par les dieux, il me tarde !

Addendum : m’étant aussi inscrit à un autre challenge concomitant ayant un thème assez proche — et comme les deux ne sont pas incompatibles — certaines des critiques seront probablement publiées en double, à la fois ici et sur la page ad hoc du S4F3.

Sommaire

  1. Stanislas Lem, Solaris, 1961
  2. Solaris, 1972
  3. Solaris, 2002
  4. Ulysse 31, 1981-1982
  5. Poul Anderson, Tau Zéro, 1970
  6. Frank M. Robinson, Destination Ténèbres, 1991
  7. E. C. Tubb, Le Navire Étoile, 1956
  8. Le Navire Étoile, 1962
  9. De la buée sur Andromède VI, 2013
  10. Eden, 2011

Stanislas Lem, Solaris, 1961

Rédigé le 21 juin 2015.

couverture La découverte de la planète Solaris constitue un grand mystère pour l’humanité. Gravitant autour de deux soleils, son orbite, du fait des variations de gravitation, change constamment, empêchant l’apparition de la vie et, surtout, l’amènera un jour ou l’autre à s’abîmer dans l’un des deux astres. Enfin c’est ce que la théorie de Gamow-Shapley affirme. Mais celle-ci, à laquelle tous les savants portent crédit, va se voir ridiculiser par Solaris. En effet les relevés sont sans appel ; la planète corrige son orbite ! Et cela serait dû à la présence de l’immense océan recouvrant sa surface. Celui-ci va faire l’objet, pendant des dizaines d’années, de diverses recherches par différentes expéditions scientifiques, dont la plus réputée est certainement celle de Shannahan. Pourtant personne n’arrive à comprendre. Est-ce vivant ? Est-ce mécanique ? Est-ce intelligent ? L’océan ne fait-il que réagir à son environnemnet en créant toutes ces formes à sa surface ou bien est-ce l’expression d’une conscience ultime ? Les interrogations sont si grandes qu’une nouvelle discipline en naît, la solaristique. Et les théories tant scientifiques que philosophiques s’enchaînent mais, pourtant, rien ne semble apporter de vraie réponse. Cent cinquante ans après cette découverte, le Dr Kelvin, formé à la psychologie, débarque sur la Station Solaris, construite spécialement pour l’étude de la planète et de ce qui semble être son unique habitant. Mais les querelles de scientifiques et les millions de crédits dépensés par les institutions ont essouflé les enjeux autour de Solaris. Sur la Station, ne reste qu’une petite équipe comprenant le Dr Sartorius, physicien, le Dr Snaut, cybernéticien, et le Dr Gibarian, psychologue, confrère de Kelvin. À peine arrivé, ce dernier découvre que Gibarian est mort quelques heures plus tôt, tandis que les deux autres s’enferment dans un mutisme troublant.

Solaris est un roman écrit par Stanislas Lem et publié pour la première fois en 1961. Lem, polonais, médecin de formation — et versé dans la philosophie, la cybernétique, la physique ou encore la biologie — est un écrivain très respecté de science-fiction. Ce roman constitue indéniablement un incontournable pour tous les amateurs du genre et s’est vu être adapté par le cinéma soviétique et étasunien — j’y reviendrai dans des chroniques futures. Nous sommes plongés dès les premières lignes dans une atmosphère oppressante. Le Dr Kelvin parle à la première personne et on l’accompagne dans chacun de ses mouvements, dans chacune de ses pensées, observateur impuissant des tourments qui le rongent. Les deux soleils, l’un étant bleu, l’autre rouge, apportent une touche très particulière à l’abiance. En effet, alternant entre les jours rouges et les jours bleus, les décors, pourtant immuables, de la Station paraissent changer constamment. Par tous ces aspects, l’auteur cherche à nous destabiliser, à nous faire perdre nos repères. La Station est assez difficile à se représenter, sinon de manière vague. Et l’impression de folie dans laquelle les personnages sombrent — ou paraissent sombrer — vient encore plus renforcer ce sentiment. Pourtant Solaris n’est pas angoissant. Il provoque plutôt le même genre de sensation que l’on peut avoir avec Maupassant par exemple. Nous sommes confortablement installés, dans un endroit douillet, rassurant et l’espace d’un instant Lem vient nous compter toute la folie et le mystère qui existe dans l’univers mais que nous prenons un soin quotidien à offusquer. Comme il a pu être dit par ailleurs, c’est un roman qui nous plonge dans les méandres de l’âme humaine suite à un contact avec une autre forme de vie. On pensera ici bien sûr, même si avec une approche différente, à Contact de Carl Sagan paru en 1985 ou encore au cycle de Rama avec notamment le premier tome Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke de 1973. Solaris est vraiment un livre riche où se cotoie théories poussées en physique, aspirations philosophiques et interrogations psychologiques. L’intrigue n’est pas en reste car la quête pour découvrir les mystères de l’océan guide tout le roman. Même si on ne sort jamais de la Station, les histoires des expéditions sur Solaris hantent les pages, nous renvoyant vers le caractère toujours omniprésent de la planète. Comme si les expériences passées cherchaient encore à montrer les indices pourtant clairs, mais si incroyables, que personne ne semble capable d’accepter. Une lecture que je recommande.

Pour aller plus loin, on peut aller faire un petit tour sur le site de Dominique Signoret qui contient tout un dossier sur l’univers de Solaris avec notamment des illustrations ainsi que des animations des « solariana » qu’il a réalisé en se basant sur les diverses descriptions disponibles dans le roman.

Enfin, retrouvez les avis de Chiwi et de Julien le Naufragé. Cette chronique est aussi prise en compte dans le cadre du challenge S4F3.

Solaris, 1972

Rédigé le 22 juin 2015.

affiche Солярис — se prononçant Solyaris —, ou Solaris dans sa version traduite anglaise, est un film d’anticipation d’influence Nouvelle Vague réalisé par Andrei Tarkovsky, diffusé en 1972, et se basant sur le roman éponyme de Stanilas Lem ; ce dernier ayant d’ailleurs beaucoup contribué au développement du scénario même si, au final, il a toujours indiqué qu’il n’était pas satisfait de cette version de Tarkovsky. Apparemment ce n’est pas la première adaptation en image de ce roman ; il y a eu une version en 1968 pour la télévision soviétique réalisée par Boris Nirenburg et Lidiya Ishimbayeva mais, malheureusement, je n’ai pas réussi à mettre la main dessus. Le film, reconnu par ses grandes qualités, a notamment gagné le Grand Prix Spécial du Jury du Festival de Cannes de 1972 et a été nommé pour la Palme d’Or. Il est intéressant de noter avant toute chose que Tarkovsky a cherché avec ce film à sortir du style cinématographique de science-fiction de l’époque où, selon lui, l’on rencontrait plus souvent des combats spatiaux type western qu’autre chose, voir encore des invasions de monstres. Critique sur ce point, il a donc voulu y développer une grande part émotionnelle et intellectuelle. On retrouve ainsi ces dimensions à la fois dans la photographie, les plans, le montage ou encore la musique presque minimaliste, ainsi que dans le jeu recherché des différents acteurs. Fidèle aux principes soviétiques cinématographiques de l’époque, Solaris est donc une œuvre assez proche de ce que l’on nomme film d’auteur et qui a une visée à la fois en tant qu’art pour lui-même mais aussi en tant qu’objet de culture pour les masses. Ce n’est donc pas un film de divertissement mais cependant il est fait pour être accessible au plus grand nombre. De ce point de vue, et étant donné le succès qu’il a pu avoir, on peut certainement dire que c’est une réussite.

Tarkovsky a une vision littérale du roman de Lem et ne s’écarte finalement qu’assez peu du texte. Cependant il lui a fallu l’adapter aux rigueurs du cinéma et c’est pourqoi le film est découpé en deux parties. Au contraire du livre, où l’histoire commence avec l’arrivée du Dr Kelvin sur la Station Solaris, la première partie se déroule sur Terre et est l’occasion de percevoir un peu mieux à la fois le contexte scientifique et politique autour de la solaristique. En d’autres termes, cette première partie est l’occasion pour Tarkovsky de, par exemple, présenter les faits relatés dans l’ouvrage concernant l’accident Fechner et ses suites via le rapport Burton et les nombreuses questions que cela a pu susciter. C’est le moment aussi où la personnalité du Dr Kelvin est mise en place. En effet dans le livre, nous le suivons à la première personne et il nous livre bon nombre de ses pensées au travers de ses interrogations, de ses souvenirs ou encore de ses doutes — ce qui correspond à une grande partie du roman de Lem. Pour compenser cela le réalisateur cherche à nous faire ressentir l’état d’esprit du scientifique autant avant son départ de la Terre que durant son séjour sur la Station. La seconde partie, on l’aura compris, concerne justement cette période aux abords de Solaris. Je ne vais pas rentrer dans les détails, évidemment afin de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n’ont pas encore vu le film. Cependant, de mon point de vue, et même si le film peut se voir indépendamment de la lecture du livre, il n’en reste pas moins qu’il est une mise en image, magnifiquement menée, du roman de Lem ; un peu comme ce que l’on peut avoir avec 2001, l’Odyssée de l’espace où, si l’on veut pleinement comprendre la portée du film, il est intéressant de lire l’ouvrage correspondant d’Arthur C. Clarke. Mais comme pour le film 2001, Solaris apporte une touche particulière à l’écriture de Lem en y ajoutant des plans audacieux, de nombreuses références, parfois anodines, au livre ainsi qu’une poésie transmise par l’image et la simple ambiance du film. Ainsi Solaris ne se veut pas être simplement une adaptation fidèle et stérile du livre — comme cela arrive trop fréquemment, et souvent en moins bien — mais apporte réellement une dimension supplémentaire aux tourments du Dr Kelvin et à l’humain face à quelque chose radicalement différent de lui. C’est franchement un film que je conseille vivement aux passionnés du genre qui souhaite découvrir ce qui pouvait être fait à cette époque en dehors des productions étasuniennes. Et, si vous en avez l’occasion, essayez de le trouver en langue originale, les charmes de la langue russe apportant certainement une touche toute particulière.

Solaris, 2002

Rédigé le 23 juin 2015.

affiche Solaris est un film de science-fiction étasunien diffusé en 2002. Cette version devait être réalisée à l’origine par James Cameron mais finalement, faute de temps, elle le sera par Steven Soderbergh. Pour être tout à fait franc, je ne savais pas trop à quoi m’attendre — même si je dois avouer avoir eu un a priori négatif. Sur les questions de forme, il n’y a rien à dire. C’est beau, la photo est belle, c’est bien tourné, nous avons de sérieux clins d’oeil à Kubrik dans de nombreux plans ainsi que sur l’esthétisme, le jeu des acteurs est là, l’émotion passe bien (et heureusement, comme nous allons le voir). Tout d’abord, il faut prendre conscience que Soderbergh ne suit pas rigoureusement le roman de Lem. Ça n’est pas nécessairement un mal, c’est aussi tout l’intérêt de réinterpréter une œuvre. Je regrette cependant certains choix, à la fois au niveau du scénario mais aussi au niveau des acteurs comme pour le Dr Snaut et le Dr Gordon — cette dernière est, on le comprend, en fait un nouveau personnage remplaçant Sartorius qui en reprend cependant certains traits. Par contre, d’emblée, il est clair que Soderbergh se ferme des portes. Comme dans le film de 1972, il commence par un aperçu de la vie du Dr Kelvin sur Terre mais au contraire — j’allais écrire « du vrai » — de celui des autres versions, dont l’original, il n’est apparemment pas versé dans la solaristique. C’est un psychiatre avec ses patients, ses groupes de travail qui, un jour, va se faire approcher par la DBA, l’institution en charge de la Station Solaris, car le Dr Gibarian fait appel directement à lui afin de résoudre un problème sur place. Nous avons déjà un point de rupture ici important au sens où l’on apprend qu’une équipe a déjà été envoyée sur la Station mais sans plus jamais donner de nouvelles. De plus, on comprend que Kelvin est là pour mener une sorte d’enquête sur la situation et sur l’état du personnel.

Solaris, en tant que tel, ainsi que la recherche du Contact et le développement de la solaristique sont clairement mis de côté. Bien sûr, ces éléments ne sont pas totalement oublié, mais ils ne représentent finalement pas grand chose dans le film. Le parti de Soderbergh en effet est plutôt — et à nouveau on le comprend très vite — de nous centrer sur le Dr Kelvin lui-même, et notamment au regard des évènements, enfin de l’évènement qui va lui arriver sur la Station en lien avec son passé (oui, j’essaye d’en dire le moins possible, c’est pour ça que je reste flou à dessein, mais bon, vous avez dû voir l’affiche). En réalité de ce point de vue, le film est assez intéressant car il creuse clairement cette question qui est aussi bien présente pendant une bonne partie du livre. Autant dans la version de Tarkovsky, ces éléments sont développés tout en laissant une grande présence aux questionnements philosophiques et scientifiques, de la même manière qu’ils sont présents dans le roman. Autant dans le film de 2002, l’expérience personnelle et la relation du Dr Kelvin prend littéralement toute la place — depuis l’introduction sur Terre jusqu’à la dernière minute. À nouveau, ça n’est pas un mal en soi mais, pour le coup, ça dénature en grande partie ce qu’a essayé de faire Lem. En échange nous avons au contraire une vraie réflexion sur le personnage principal et ses aspirations ce qui constitue, selon moi, à la fois une force mais aussi une grande faiblesse dans ce film car, la planète Solaris n’étant qu’un élément déclencheur, il est dès lors impossible d’atteindre la profondeur de l’ouvrage original. Je pense que nous avons ici l’une des raisons qui a fait de ce film un échec. Du fait de son inspiration, il s’est vendu comme un film de science-fiction alors qu’en réalité nous sommes plutôt dans une romance science-fictive. Ce qui d’ailleurs, petite parenthèse, est un des avantages de la science-fiction car en soi ça n’est pas un genre mais bien plutôt une forme de littérature, comme l’expliquait Asimov, permettant d’englober elle-même des genres. Les amateur de roman de science-fiction le savent très bien et ont conscience qu’en lisant « de la science-fiction » ils peuvent tout à fait avoir à faire à un roman d’aventure, un roman d’anticipation scientifique avec la hard science, de la romance, du fantastique, du philosophique, du western spaghetti, etc., ou même plusieurs genres en même temps. En revanche, c’est moins évident dans un cinéma qui a été fortement marqué par l’empreinte hollywoodienne à tel point qu’une bonne partie du public pense que la science-fiction ce sont uniquement des vaisseaux spatiaux et des pistolets lasers.

Pour terminer je dirais que Soderbergh nous donne une vision personnelle d’un élément qu’il a retenu de Solaris. Il aurait peut-être d’ailleurs été plus opportun pour lui de simplement s’inspirer du livre et du film et de s’en libérer. Le problème est que nous avons à faire à un remake qui finalement n’en est pas un et qui amenera pas mal de déconvenu chez certains. Je pense ici par exemple à Salman Rushdie qui, parlant du film de 1972, dit que « cette exploration de la non-fiabilité de la réalité et de la puissance de l’inconscient humain, ce grand examen des limites du rationalisme et de la puissance perverse même de l’amour le plus malheureux, doit être vu aussi largement que possible avant qu’il ne soit transformé par Steven Soderbergh et James Cameron dans ce qu’ils menacent ridiculement d’un 2001 rencontre Le Dernier Tango à Paris. Comment, du sexe dans l’espace avec du beurre flottant ? Tarkovsky doit se retourner dans sa tombe »1. De même, l’avis de Stanislas Lem lui-même est sans appel : « (…) autant que je le sache, le livre n’était pas consacré aux problèmes érotiques de personnes dans l’espace. (…) En effet, dans Solaris, j’ai essayé de figurer une rencontre de l’homme avec une forme d’être qui n’est pas humaine ni même humanoïde. (…) C’est pourquoi ce livre s’intitule Solaris et non pas L’Amour dans l’espace »2. Malgré cela, je pense que ça reste un film à voir, même s’il ne laissera pas nécessairement un souvenir impérissable. Je me suis bien laissé porter par la romance de Soderbergh mais j’avoue que j’étais peut-être un peu trop imprégné de l’œuvre originale…

Ulysse 31, 1981-1982

Rédigé le 25 juin 2015.

affiche Commandé par la chaîne FR3 — maintenant France 3 — et coproduit par les studios DIC et Tokyo Movie Shinsha, Ulysse 31 est une série télévisée d’animation franco-japonaise. Elle est composée de 26 épisodes qui durent chacun un peu plus d’une vingtaine de minute. Chaque épisode peut se voir indépendamment des autres ; les premier et dernier épisodes forment évidemment l’introduction et la conclusion de la série mais ne sont pas absolument nécessaires à la bonne compréhension. En effet, trait typique de ce genre de série d’animation, au début de chaque épisode, lors du générique, un rappel succint est fait au cas où l’on n’aurait pas vu l’épisode introductif. Depuis la base spatiale de Troie, Ulysse entame son chemin de retour vers la Terre afin de retrouver Pénélope. Cependant les systèmes du vaisseau d’Ulysse, l’Odysseus, par l’intermédiaire de l’ordinateur de bord, Shyrka, indique qu’une planète étrange non répertoriée vient d’apparaître. Une boule lumineuse s’en échappera et viendra capturer le fils d’Ulysse présent à bord, Télémaque. Ulysse se lance alors à sa poursuite afin de le sauver des adorateurs du Cyclope qui veulent le sacrifier. À l’aide de Nono, le robot de Télémaque, il parviendra à détruire le Cyclope et à s’enfuir à bord de l’Odysseus ramenant son fils ainsi que deux autres prisonniers, Thémis et son frère Noumayos, originaire de la planète Zotra. Seulement le grand prêtre du Cyclope adressera une prière avant de mourir au dieu Poséidon, à qui appartenait le Cyclope. Afin de se venger, tout en mettant en sommeil tous ses compagnons, il entraînera Ulysse vers l’Olympe où il sera condamné à y errer. À la charge dès lors d’Ulysse, de Télémaque, de Thémis et Nono de trouver moyen de les réveiller avant de chercher la route du retour vers la Terre.

Quiconque ose défier la puissance de Zeus doit être puni. Tu erreras désormais dans un monde inconnu. Jusqu’au royaume d’Hadès, vos corps resteront inertes. À chaque début d’épisode la sentence du dieu des dieux, Zeus, retentit, nous rappelant les terribles épreuves mortelles que va devoir affronter Ulysse. Nous sommes alors plongés dans un space opera imprégné de mythologie grecque. Bien qu’elle souffre de certains défauts inhérents au genre et à la courte durée de chaque épisode, c’est une série assez prenante, bien dessinée en comparaison de ce qui pouvait être fait dans d’autres séries de la même branche, avec des thèmes musicaux innovants et surtout avec une recherche très fouillée quant aux mondes que les héros explorent et les épreuves qu’ils doivent passer. À propos des défauts, à mon sens de nombreux dialogues sont parfois inutiles, certaines situations sont futiles ou résultent du « oh comme par hasard » et de plus des actions ne sont pas très cohérentes. Mais il faut retenir que cela reste une série pour enfant et surtout les auteurs n’avaient pas nécessairement le temps de développer correctement leurs idées étant donné le format très strict. Cela étant dit, j’ai personnellement un très grand intérêt pour tous ces mondes et toutes ces aventures que vivent Ulysse et ses compagnons. Transposer l’Olympe et les dieux dans un espace (apparemment) infini est une riche idée qui permet d’ouvrir toutes les portes de la créativité. On rencontrera alors toute sorte de créatures et personnages, imaginés pour l’occasion ou tirés de la mythologie grecque, ainsi que toute sorte de planètes, naturelles ou artificielles. Sans avoir forcément été passionné par chaque épisode, je ne me suis pourtant pas ennuyé. Au début de chacun d’entre eux, il y a toujours cette petite question qui se pose, on se demande ce qui va bien pouvoir lui arriver cette fois-ci, qui ou quoi va entraver le chemin de l’Odysseus. J’ai cru comprendre que cela avait été un vrai phénomène à cette époque, tant en terme de design, de dessins, qu’au niveau du scénario. Et cela se ressent clairement, bien que la série accuse tout de même un peu plus de trente ans. En somme, selon moi, c’est vraiment une série sur laquelle il est intéressant de se pencher ; de plus elle sera sûrement intéressante à voir — ou à revoir — pour tous les fans de séries d’animation baignant dans le space opera. Pour en savoir bien d’avantage, je vous conseille d’ailleurs d’aller faire un tour sur deux sites de fan — apparemment assez complets sur la question — à savoir d’une part Ulysse 31, le site français sur la série culte et sur Bienvenue sur le site d’Ulysse 31 qui, non content de founir une foule d’informations et d’interprétations, nous ravissent aussi par leur interface et leur charte graphique très années 90.

Poul Anderson, Tau Zéro, 1970

Rédigé le 26 juin 2015.

couverture Tau Zéro est un roman écrit par Poul Anderson, publié en 1970, qui nous conte le fabuleux périple du Leonora Christina vers sa destination l’étoile Beta Virginis. Au XXIIIe siècle, l’humanité décide de lancer le fleuron de ses vaisseaux spatiaux afin de découvrir une nouvelle Terre. À son bord, cinquante explorateurs — vingt-cinq femmes et vingt-cinq hommes — choisis tant pour leur qualité intellectuelle, physique, psychologique mais aussi reproductive. En effet, au terme d’un voyage de cinq années afin de parcourir les trente-deux années-lumière qui les séparent de leur destination, ces hommes et ces femmes devront étudier en profondeur la planète sensée les accueillir et, si elle est viable, ils y resteront afin d’y établir leur colonie. Dans la cas contraire, il est prévu qu’ils prendront le chemin inverse pour retourner sur Terre.

Tau Zéro est considéré comme une pièce maîtresse de la hard science contemporaine et, déjà durant la lecture, on se rend compte à quel point cette affirmation est vraie. Nous y retrouvons clairement tout ce qui fait l’intérêt de ce genre de science-fiction. Tout d’abord Poul Anderson n’est pas avare d’explications à propos du fonctionnement du vaisseau spatial. J’avoue sans détour n’avoir pas forcément compris tous ces détails. Ayant quelques connaissances concernant la relativité générale et de cosmologie, je ne me sentais pas forcément perdu, mais il est clair que les détails techniques des calculs et théories qu’il développe m’ont parfois échappé. Mais sincèrement, ça ne m’a absolument pas gêné dans ma lecture. Les encarts sur ces questions ne s’étalent pas et laissent la place assez rapidement à l’autre intérêt du roman, à savoir la vie sur le vaisseau. Parce que cinquante personnes, autant d’hommes que de femmes, enfermés dans une boîte de conserve, loin de chez eux, vers une destination où tous les dangers peuvent les attendre, forcément, ça amène une ambiance particulière, avec des amitiés, des relations amoureuses et, bien sûr, des conflits. Je dois dire que l’on s’attache très vite à tous les personnages qui sont développés — même les plus antipathiques. Le scénario du roman paraît tout tracé d’avance, à tel point que je me demandais comment cela pourrait tenir dans un si petit nombre de page, au vue de ce qui est proposé. Mais pourtant, au fur et à mesure que l’on avance, les intrigues se nouent, se dénouent, et il est difficile de fermer le bouquin pour aller se coucher. C’est vraiment un très bon roman, riche à de nombreux points de vue et dont je recommande évidemment la lecture.

Deux petites choses cependant. La première est un regret à propos du roman en lui-même. Comme dit, l’un des aspects intéressants de ce huis clos est justement toutes les relations interpersonnelles et groupales entre les membres d’équipage. Comme déjà dit aussi, le roman est assez court. J’avoue que j’aurai voulu qu’Anderson développe un peu plus cet aspect. Il n’est certainement pas négligé mais, malgré tout, je reste de ce point de vue un peu sur ma faim. Avec le matériel qu’il avait entre les mains, il avait vraiment la possibilité de monter quelque chose de bien plus gros. Mais peut-être n’en avait-il pas l’envie ? Ou bien pensait-il que cela n’allait pas dans le sens de ce qu’il voulait exprimer ? Je ne sais pas. Un dernier point à ce propos. Il est clair, dès le début, que des couples doivent se former à la fois pour répondre à des besoins naturels mais aussi dans l’idée de fonder des familles en vue de la colonisation ; et pourtant les personnages restent bloqués dans des carcans de schéma de couple très terriens, voir puritains. Anderson essaye d’expliquer cela par des éléments culturels, voir cultuels mais, malgré les esprits brillants et progressistes à bord, personne n’émet jamais vraiment l’idée de former une nouvelle manière de voir ce type de relations, vers quelque chose de plus évolué correspondant mieux à la situation du vaisseau. Certes, cela devient assez libéral sous certains aspects (sexuel notamment), mais cela reste libéral par rapport au schéma culturel typique judéo-chrétien d’un homme avec une femme. Il aurait été intéressant de voir émerger des formations comme celles que développe Robert A. Heinlein dans son cycle Histoire du futur par exemple. Et puis mince quoi ! Pourquoi toujours ce voile chaste sur la sexualité ? Une ou deux scènes érotiques n’auraient vraiment pas juré dans ce roman — à nouveau à la manière d’Heinlein. La deuxième chose que je voulais noter concerne mon édition de ce roman. Comme vous avez peut-être pu le remarquer avec la couverture qui illustre cette chronique, mon epub vient du Bélial. La qualité, pour un epub commercial, est pas mal, disons mieux que ce que j’ai pu voir ailleurs — mais malheureusement toujours moins bien que ce que font des passionnés amateurs dans leur coin. J’y ai trouvé deux gros couacs, des espacements apparemment absents entre certains paragraphes, et d’autres petites choses qui ne gênent pas la lecture en soi mais suffisants pour être remarqués. Et puis, sérieusement, payer un epub au même prix qu’un format poche, ça me paraît toujours aussi exorbitant… Mais, au moins, il n’y a pas de DRM, et c’est diffusé dans un format libre et ouvert, c’est déjà ça et c’est un excellent point !

Retrouvez les avis sur ce roman chez lorhkan, dans les lectures d’Efelle, sur le journal extime de Cyrille, et enfin par Thom sur son blog Homeostasie. Cette chronique est aussi prise en compte dans le cadre du challenge S4F3.

Frank M. Robinson, Destination Ténèbres, 1991

Rédigé le 26 juin 2015.

couverture Publié en 1991 et écrit par Frank M. Robinson, Destination Ténèbres est un roman de science-fiction qui nous plonge dans un monde fermé et riche d’intrigues. La Terre, en quête de la découverte d’une civilisation extraterrestre, a lancé l’Astron à travers les étoiles. Point de vitesse supraluminique, ni de trous de ver, ni même de tau se rapprochant de zéro ; vaisseau multigénérations de la taille d’une petite ville, depuis deux mille ans il file lentement dans la nuit galactique. Le récit débute sur Séthi IV par un accident qui fera perdre la mémoire à notre narrateur. Nous le suivrons alors à travers la découverte de la vie pullulante du vaisseau mais aussi dans sa propre quête pour retrouver la mémoire.

Je me plaignais avec Tau Zéro d’un certain manque de développement autour de la vie à bord du vaisseau. Ici, on peut dire que je ne suis pas déçu. En effet, plus de cent générations qui se succèdent dans un même vaisseau, quelque trois cent habitants à bord, ça promet de nombreuses interrogations tant sociales qu’idéologiques mais aussi un certain nombre de rebondissements. Grâce à son personnage principal, frappé d’amnésie rétrograde, Robinson nous fait découvrir tous les mystères que peuvent receler une vie en vase clos de ce type ; comment gérer la mort dans une telle situation, quelle importance peut avoir la vie quand on est seul perdu en collectivité depuis si longtemps au milieu de l’espace, les questions autour de la généalogie, de la sexualité ou encore de la procréation où la compétition spermatique en devient l’axe central, etc. Mission d’exploration à caractère scientifique à l’origine, l’Astron devient un monde à part, fort de son propre mode de pensée, avec ses aspirations personnelles qui apparaissent finalement bien lointaines de la Terre — cette dernière devenant elle-même une sorte de mythe. Et c’est ce qu’il y a de passionnant dans ce roman. Puisque l’on part de rien en suivant le personnage principal, qui lui-même ne sait pas dans quel monde il vit, on se rend compte que tout cet écosystème qui pouvait nous paraître, d’une certaine façon, familier de prime abord, se révèle en réalité très différent de nous. Et l’on part alors à la découverte d’une nouvelle culture à la manière d’un anthropologue découvrant au fil des pages les caractéristiques de ce peuple, pourtant si proche de nous. Mais Destination Ténèbres n’est pas seulement ça. C’est aussi un monde rempli d’intrigues, allant du potin sans conséquence à de véritables théories du complot, où des luttes se font jour entre différents acteurs, parfois simplement pour un regard mal placé, mais aussi où des amitiés solides se construisent et des amours naissant peuvent s’épanouir — tout ce qui peut faire la vie en société finalement. Mais ne retenir que cela du roman serait oublier le but premier de l’Astron à savoir établir le contact avec d’autres civilisations par delà les étoiles. Et sur ce sujet, chaque habitant du vaisseau a sa petite idée sur la question, penchant à grand renfort de théories et équations diverses d’un côté ou de l’autre de la balance. Psychologiquement, dès lors, le questionnement devient intéressant car, finalement, rechercher un autre différent de nous, nous pousse nécessairement à chercher en nous ce qui fait notre individualité, notre spécificité, et nous renvoie enfin aussi bien à nos forces qu’à nos démons les plus obscurs. Destination Ténèbres est un livre facile d’accès, complet et généreux par de nombreux aspects. C’est une lecture que je conseille vraiment à tous.

Retrouvez aussi les avis sur ce roman chez lorhkan (dont l’avis m’a donné envie de le lire), chez Lune, dans les carnets de bord de Cachou, dans la Grande Bibliothèque d’Anudar, dans la bibliothèque de Vert, ou encore dans les lectures d’Efelle.

E. C. Tubb, Le Navire Étoile, 1956

Rédigé le 27 juin 2015.

couverture Le Navire Étoile est un roman écrit par E. C. Tubb en 1956 et publié en 1958 aux très connues éditions Fleuve Noir (0107). Dans ce court roman nous nous retrouvons à bord du Vaisseau qui semble s’effacer totalement en tant que tel pour devenir l’unique monde de ses habitants — son nom, si jamais il en a eu un, ainsi que sa fonction n’étant qu’à peine un vague souvenir pour ceux-ci. Mais pour survivre dans ce milieu depuis au moins seize générations, les hommes et les femmes n’ont finalement que faire d’un passé obscure terrien et du rêve oublié des Bâtisseurs, sans parler de l’avenir dont le futur lointain est bien vite remplacé par des réalités présentes bien plus concrètes. À bord du Vaisseau, chacun a une tâche bien spécifique à accomplir, pour le bien de tous, et gare à celui qui viendrait à enfreindre le code. En effet, le moindre écart et c’est l’élimination ; mieux encore, celui qui est soupçonné d’agir, même avec les meilleures volontés du monde, à l’encontre du code, suivra le même chemin. Et le code, sur cette question, est clair ; en son paragraphe 1927, tous les inaptes doivent être envoyé à la Récupération, « inapte s’appliquant à n’importe qui et désignant tous ceux qui sont incapables de faire leur travail : les malades, les malsains, les improductifs, les infertiles, les névrosés, les boulimiques, ceux qui ont des réflexes lents, ceux qui sont physiquement en dessous de la normale, ceux qui sont mentalement instables. Les inutiles, ceux dont on n’avait pas besoin, les vieux. Spécialement les vieux » — et pour bon nombre de tâches, avoir trente ans, c’est déjà être trop âgé. Jay West quant à lui, Psycho-Policier à bord du Vaisseau, est un jeune homme de vingt ans. Assistant au procès d’un jardinier accusé de gaspillage criminel, il est soudain appelé à se rendre au secteur trois pour constater la mort accidentelle de Hans Jenson. Seulement Edwards, le compagnon de cabine de Hans, soutient qu’il s’agit d’un meurtre…

Tubb nous plonge dans un monde assez impitoyable contrôlé par un ordinateur où, au contraire de ce que l’on peut avoir dans Destination Ténèbres, la vie d’un seul n’a pas vraiment de valeur en soi car seule compte la survie du groupe. D’ailleurs, d’emblée, l’auteur compare le Vaisseau à une ruche ou à une fourmilière, sauf qu’ici la population doit être strictement contrôlée et ne doit jamais atteindre le point de non-retour que constituerait une mutinerie. Pour éviter cela, les règles sociales ont dû être adaptées afin de gérer les frustrations. Pour ceux et celles qui ont le statut de célibataire, et donc dont l’unique fonction est de continuer à faire tourner la machine, les provocations en duel sont monnaie courante et la sexualité entre eux est assez libre. Les jeunes couples mariés, quant à eux nécessaires à la survie de l’espèce, ont une place plus privilégiée, avec bien sûr les officiers de la Psycho-Police du fait de leur position. Il en résulte une atmosphère tout à fait particulière où l’on s’attend à peu près à tout en tournant les pages ; c’est un vrai thriller social emprunt de théorie du complot qui ne fait pas de détour, rapide et efficace, mais soulevant tout de même un certain nombre de questions chez le lecteur. Une aventure à lire à la lumière d’une lampe tamisée, avant d’aller se coucher.

Cette lecture est aussi prise en compte dans le cadre du challenge S4F3.

Le Navire Étoile, 1962

Rédigé le 28 juin 2015.

affiche Mardi 11 décembre 1962. Début de soirée. Sur les petits écrans cathodiques apparaît, dans un dégradé de gris, l’image en direct du présentateur de la Radiodiffusion-télévision française qui, de sa voix vive, introduit le programme en modulation à bande latérale réduite du soir ; « on n’a pas tous les jours l’occasion d’assister à une première, entame-il sans d’autre préambule, pourtant c’est aujourd’hui le cas. Avec cette émission, la science-fiction fait ce soir son entrée officielle à la télévision française ». L’instant est solennel. Il nous présente la toute première dramatique de science-fiction à la télévision française, Le Navire Étoile. Adapté par Michel Subiela depuis le roman éponyme d’E. C. Tubb, ce téléfilm, du fait des conditions techniques de l’époque ne permettant pas un enregistrement préalable, sera réalisé en direct par Alain Boudet. Cette véritable pièce de théâtre télévisée sera donnée durant 0148h dans des décors de Jean-Jacques Faury par les huit acteurs principaux composant la distribution, habillés par Rosine Delamare, et accompagnés de la musique originale d’Yves Baudrier et de la musique expérimentale de Bernard Parmegiani.

Le téléfilm ne suit pas exactement le roman de Tubb. Tout d’abord, point de Jay West mais Eddy Burns (pourquoi donc changer le nom du personnage principal ? Mystère). Celui-ci, au lieu d’être sélectionné et entraîné depuis sa naissance pour sa tâche, sera recruté, à l’âge de vingt ans, après qu’un officier de la Psycho-Police ait été éliminé pour carence physique. Ce recrutement tardif est l’occasion pour le spectateur de se familiariser avec les règles principales de l’Astronef (et non plus du Vaisseau) concernant le gaspillage mais aussi l’âge limite de vie à bord — soit quarante ans. C’est là qu’un hic apparaît. En effet, autant dans le roman tout le monde ou presque est clairement jeune, autant dans le téléfilm, ils ont tous l’air d’avoir presque trente ans bien tassés, voir la quarantaine bedonnante — mis à part peut-être Eddy et Suzanne — et alors que, si on se réfère au roman, après sélection génétique et des conditions favorables ils sont tous censés être en parfaite forme et très sveltes. Pour continuer sur la forme, les conditions de diffusion en direct donne un rendu très théâtral (avec bruits hors-champ des autres acteurs lorsqu’ils se cognent une chaise et toussent), ce qui rend le tout assez étrange au début pour le téléspectateur habitué à des films plus récents où le jeu d’acteur est plus travaillé et recherché. D’une manière générale, il est admis que le jeu des acteurs français, dans la plus pure tradition de la Comédie-Française, a tendance à être surjoué, ce qui prête parfois à sourire même si ça n’était pourtant pas le but recherché — mais ça n’est en soi pas très étonnant puisque l’une des définitions de « comédie » selon le Larousse est justement de « provoquer le rire » (oui, c’est gratuit). Ce téléfilm ne fait donc pas exception à la règle et va même plus loin tellement parfois on se prend à avoir l’impression de se trouver devant une pièce jouée par des lycéens — ce qui d’un coup colle mieux avec le roman puisqu’ils sont en grande majorité supposés avoir à peine vingt ans. Bon. Stoppons là les sarcasmes et revenons sur le fond. Le téléfilm ne suit donc pas totalement le roman et il serait vain de faire un catalogue des différences. Mais, cependant, malgré des modifications substantielles parfois importantes, l’adaptation en reprend les éléments principaux et s’arrange pour les agencer de telle manière qu’on y retrouve très clairement la trame du livre. Ainsi l’histoire développée par Tubb n’est finalement en rien dénaturée et, la forme se laissant finalement oubliée, on se retrouve pris dans l’intrigue sociale et les réflexions philosophiques qui font la force du Navire Étoile. La pièce n’est pas en elle-même un chef d’œuvre — même s’il faut reconnaître que les conditions de réalisation représentent un vrai tour de force et excuse certainement certaines petites erreurs — mais elle a tout de même le mérite d’exister et d’avoir ouvert la voie pour l’avenir. Elle se base sur un fondement solide et, malgré le jeu parfois incertain des acteurs (ou alors est-ce juste l’époque ? Mais je ne le crois pas), on peut dire que la magie opère ; l’amateurisme (au bon sens du terme) passionné y jouant pour beaucoup. Bon, j’avoue avoir un certain attrait pour ce genre de curiosité historique de la science-fiction qui me plonge avec joie dans une ambiance retrofuturiste que j’affectionne assez et qui explique sûrement pourquoi je préfère généralement les romans de science-fiction datant de « l’âge d’or » jusqu’aux années 1970-1980 — mais qui parfois laisse un drôle d’arrière-goût quant à la position des femmes, ce téléfilm ainsi que l’ouvrage ne faisant malheureusement pas exception. En somme j’ai quand même passé un bon moment en regardant Le Navire Étoile et je ne peux manquer de le conseiller à toutes celles et ceux qui aiment faire de l’archéo SF ainsi qu’aux autres souhaitant simplement y jeter un œil par curiosité.

De la buée sur Andromède VI, 2013

Rédigé le 28 juin 2015.

affiche Jane Nelson est une convoyeuse d’épaves de satellites et de vaisseaux spatiaux. À bord de son remorqueur LEDA 400 pour un voyage de routine vers la décharge d’Andromède VI, elle se retrouve à traverser un champ d’astéroïdes non répertorié qui va endommager son réservoir. À la dérive aux abords de la décharge, isolée dans l’immensité de l’espace et ne disposant que d’une radio à faible portée, elle lance malgré tout un appel à l’aide… De la buée sur Andromède VI est une fiction sonore one shot réalisée par Anthony Touzalin et diffusée par AudioDramax. Très courte, 15 minutes, cette fiction sonore m’a dès les premières secondes assez impressionné par sa qualité audio. L’histoire est bien ficelée et on n’a vraiment aucun mal à rentrer dedans tant la qualité est soignée, à la fois dans l’univers sonore que dans le scénario. Un petit regret pour les acteurs que l’on sent bien jouer la comédie — au moins au début — ; avec un tout petit peu plus de conviction et de naturel, cela aurait été parfait. N’hésitez vraiment pas à aller télécharger cet épisode et à vous munir de votre meilleur casque ou de vos enceintes en augmentant les basses pour profiter au maximum de ce mélange agréable d’angoisse et de space opéra.

Eden, 2011

Rédigé le 28 juin 2015.

affiche Hélène Fresh, étudiante sans le sou, se porte volontaire suite à une annonce passée à la faculté de sciences de son université recherchant un cobaye pour une expérience du Professeur Stanislas Delétère. Embarquée vers la station militaire Espérance, elle rêve déjà à la nouvelle poitrine et à la belle voiture qu’elle pourra s’acheter avec la prime offerte pour avoir seulement passé trois jours à dormir dans une capsule — sans parler de la jalousie provoquée chez les copines. Choisie pour ses qualités génétiques, et après avoir été présentée au parterre de scientifiques et de responsables militaires, elle est donc placée dans la fameuse capsule qui fait bing zing pouf. Son objet ? La cryogénisation ! Cela afin d’un jour permettre les voyages à longue distance à travers l’immensité de la galaxie. « C’est mortel ! » s’exclamera Hélène pleine d’entrain — bien que le contraire soit à espérer, selon l’avisé professeur — avant de se lancer dans l’aventure. Mais voilà, au lieu de revenir à la vie après trois jours comme prévu, elle ne se réveillera qu’au bout de 8000 ans à bord du Belbeth System, vaisseau commandé par le ténébreux capitaine Thomas Delisse.

Eden est une saga mp3 réalisée par Antoine Rouaud et diffusée par AudioDramax. Dans la plus pure tradition des séries radiophoniques comme The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy et des sagas mp3 comme Les Aventuriers du Survivaure avec une belle influence Star Wars, cette série, découpée en trois saisons de vingt-six épisodes chacune — pour une durée totale d’un peu plus de six heures —, est un mélange savant de space opéra, d’aventure, de thriller et d’intrigue, le tout avec une touche d’humour extrêmement bien dosée. Les effets sonores tantôt nous bercent et tantôt nous projettent littéralement dans le décor, les voix sont là, présentes à telle point que l’on a l’impression que les personnages sont juste en face de nous, le montage sonore colle parfaitement, les personnages sont très travaillés et tout de suite très attachants, le scénario est complet, l’univers est fouillé et l’histoire pleine de rebondissements. Eden, c’est du grand cinéma pour vos oreilles, vous n’avez pas besoin de fermer les yeux que vous y êtes déjà. Vous riez, vous rêvez, vous partagez le stress des personnages, vous fuyez et combattez avec eux, et vous n’hésitez pas à les suivre à la recherche du « dernier refuge de l’humanité, la mythique Eden ». Franchement, ça ne se prend pas au sérieux, c’est frais, bref c’est tout simplement excellent. Si vous aimez les sagas audio et que vous n’avez encore jamais entendu Eden, il vous faut absolument pallier ce manque ; et pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce genre de séries, ou très peu, c’est une parfaite occasion de s’y mettre, vous ne serez clairement pas déçus — nota bene : il y a des liens vers les saisons complètes en un seul fichier sur la page principale de la série. En attendant, moi, je vous laisse, j’ai encore deux saisons à écouter qui promettent d’être remarquables.

  1. « This exploration of the unreliability of reality and the power of the human unconscious, this great examination of the limits of rationalism and the perverse power of even the most ill-fated love, needs to be seen as widely as possible before it’s transformed by Steven Soderbergh and James Cameron into what they ludicrously threaten will be 2001 meets Last Tango in Paris. What, sex in space with floating butter? Tarkovsky must be turning over in his grave ». — Rushdie, S., Step Across This Line: Collected Nonfiction 1992-2002. New York, Random House, 2002, p. 335. 

  2. « To my best knowledge, the book was not dedicated to erotic problems of people in outer space. (…) Indeed, in Solaris I attempted to present the problem of an encounter in Space with a form of being that in neither human nor humanoid. (…) This is why the book was entitled Solaris and not Love in Outer Space ». — Goscilo, H., 10. Fraught Filiation : Andrei Tarkovshy’s Transformations of Personal Trauma, dans Helena Goscilo et Yana Iashamova, Cineparternity : Fathers and Sons in Soviet and Post-Soviet Film, Bloomington, Indiana University Press, 2008.