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(17). — Je viens de recevoir via Messenger une vidéo délirante de Camille et Cassandra depuis la vie scolaire au lycée Jules Verne de Mondeville m’annonçant que j’avais validé ma matière de droit social passée au premier semestre et, de là, qu’à la fin d’année j’aurai donc ma licence en droit. Devoir refaire toute une année pour une seule et unique matière a été plutôt difficile à encaisser au départ mais, finalement, cela a été pour moi une bonne opportunité afin de prendre ce que l’on pourrait appeler une année sabbatique dont six mois se passent au Mexique. Il n’empêche, je suis quand même content d’avoir finalement décroché ce diplôme et d’avoir la perspective d’aller dans une direction qui, bien que je la saches très difficile, me plaît et m’attire au plus haut point. La suite de cette aventure attendra la rentrée en septembre prochain. En attendant, et plus immédiatement, je vais commencer à me préparer pour aller faire un tour à l’UNINTER et rencontrer l’enseignante que je remplace demain.

Un peu avant minuit. — J’ai donc eu mon rendez-vous. Au-delà de la préparation pour le cours à l’Alliance Française, nous nous sommes entendus pour que je fasse quelques interventions auprès de ses étudiants à l’université d’ici deux semaines environ, mais j’en reparlerai plus tard. En fin d’après-midi, elle m’a envoyé un message pour m’annoncer que malheureusement le cours de demain où je devais la remplacer a été annulé. Tant pis ; au moins l’entrevue aura porté quelques fruits puisque cela m’a permis d’avancer un pied à l’université. J’ai appris qu’ils manquaient cruellement de professeur de français, ce qui est bon pour moi. Je vais creuser dans cette direction et voir où cela aboutit. Dans tous les cas, je suis assuré de pouvoir participer à quelques classes, grâce à son invitation.

Quittant l’UNINTER vers quatorze heures, je me suis dirigé directement en taxi vers le Colegio Morelos pour y retrouver des amis enseignants. De là nous sommes allés chez Zahira où nous avons passé toute la fin de journée à voir un film, écouter de la musique et à nous amuser longuement au jeu de rami. Je rentre à peine et tombe littéralement de sommeil. Je vais quand même entamer le dernier tome de la trilogie Spin de Robert C. Wilson avant de dormir.

(16). — Il y a environ quinze jours je disais que j’aidais à la préparation d’une candidature pour devenir assistant de professeur d’espagnol en France (5.9). La réponse concernant la première étape est finalement arrivée plus tôt que ce que je ne pensais ; et elle est positive ! Un rendez-vous a donc été donné pour passer une entrevue la semaine prochaine à la capitale. Cela me réjouit d’autant plus que cela va me permettre de sortir de Cuernavaca quelques jours et d’aller dans un endroit que j’apprécie particulièrement. Je ne suis pas certain d’avoir beaucoup de temps à consacrer au tourisme car je pense que je n’y serai que deux jours. Mais c’est déjà ça. Cela va avoir le mérite de rompre la monotonie qui s’installe malgré mes efforts depuis quelques jours. Il faut dire que Cuernavaca, nonobstant sa taille imposante, ne recèle pas de mille et une merveille à découvrir au fur et à mesure des jours. Y passer quelques jours, visiter et découvrir les lieux, y revenir de temps à autre est parfaitement envisageable. Mais y vivre et y rester plus longtemps qu’une semaine ou deux, et l’on se rend compte que l’on en fait, finalement, assez vite le tour. Ceci dit, je sais que si la ville se trouvait en bord de mer, je verrais les choses d’un autre œil. En effet l’on pourrait certainement tenir le même discours, j’imagine, sur Acapulco. Après un certain temps, l’on finit par s’habituer. Cependant je pense que, personnellement, j’aurai du mal à me lasser d’Acapulco et cela pour deux raisons principales. La première est la chaleur qu’il y fait — je suis définitivement quelqu’un qui apprécie plus les chaleurs, même fortes, qu’un temps modéré — et la seconde est la présence de la mer — ou l’océan plutôt en l’espèce. Je ne me plains évidemment pas cependant. Il me reste tout de même plusieurs choses à voir ici mais disons que je les garde pour un peu plus tard.

La ville de Mexico m’attend donc et j’aurais souhaité y aller dès samedi. Malheureusement — si j’ose dire — ce jour-là j’aurai mon fameux remplacement à l’Alliance Française (5.8). D’après ce que j’ai compris je serai en charge de deux élèves durant quatre heures. J’avoue n’avoir pas encore la moindre idée de ce que je vais pouvoir leur raconter, surtout pendant autant de temps. J’espère voir l’enseignante que je remplace demain afin qu’elle me donne plus de détails. Elle m’avait aussi proposé de faire un remplacement auprès du Colegio Jurista mais il s’agit d’un cours d’anglais et je ne me sens absolument pas en capacité de donner une leçon dans cette langue même si elle a essayé de me rassurer en m’indiquant qu’il s’agit d’un niveau A2. J’ai donc refusé. Peut-être aurais-je dû accepter ? J’avoue que l’attrait de l’institution interfère et me fait douter de ma réponse négative. Mais il faut que je sois raisonnable, je ne pense vraiment pas être compétent pour cela et je n’ai certainement pas envie de me ridiculiser.

Plus tard, dans la nuit. — Dans tous les cas, je donnerai de toute façon ce cours de français. Je n’ai certes pas le contenu de cours à leur donner mais j’espère pouvoir prendre le temps de leur faire découvrir un tant soit peu la culture française — en quatre heures, je devrais pouvoir le trouver, le temps. C’est ce qui me plaît vraiment dans ce genre d’exercice — et c’est ce qui m’avait poussé à continuer à donner des cours lorsque je suis arrivé ici la première fois, il y a quatre ans. J’aimerais pouvoir leur montrer comment un français avec un accent plutôt typé parisien (ou disons du nord ouest) parle, les formes et le language informel que nous utilisons dans la vie de tous les jours (et qu’ils ne trouvent pas dans leur manuel), notre façon de vivre, de penser et même, soyons fous, de voir le monde qui peut être radicalement différent de la leur.

En effet, même si les problèmes du quotidien peuvent se ressembler par bien des aspects — comment vais-je boucler la fin du mois ? que vas-t-on faire ce week-end ? etc. —, beaucoup de choses, à un niveau plus global, sont très différentes. L’on me l’a d’ailleurs expliqué il y a longtemps d’une assez jolie façon, même si assez cynique. Lors de l’une des nombreuses discussions que j’ai eu, et que je continue à avoir, avec celui que j’appelle Papa Fernando, il m’a bien montré que, effectivement, le Mexique peut se voir comme ayant beaucoup de ressources économiques (notamment) à offrir au monde — et je ne parle pas que du pétrole. Mais bien sûr il n’est pas au niveau, si l’on peut dire, d’un pays comme la France. Et ça n’est pas qu’une perspective économique. Oui, ici le niveau de vie est plus bas c’est certain, mais il y a aussi des gens très pauvres en France. Non, le vrai problème, m’expliqua-t-il, est l’envergure que se donne le peuple et la vision qu’il a pour l’avenir. Ce n’est pas, fondamentalement une question d’économie mais plutôt sociétale. Ainsi m’a-t-il dit, « pendant que les français rêvent à aller sur Mars, nous, nous rêvons d’être membre permanent et d’avoir un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies ». Implacable. Il y a cette différence d’échelle absolument invraisemblable entre les deux pays. Le mexicain moyen rêve d’institutions fonctionnelles, d’une sécurité minimum dans ses rues et, pourquoi pas, d’une certaine indépendance internationale. La France, évidemment, est loin d’être parfaite mais, il faut le dire sans détour, sur ces plans nous ne jouons pas dans la même cour d’école. Nous pouvons avoir ce luxe de rêver d’aventures spatiales en tant que société. Cela reste magique pour nous, bien sûr, mais nous y rêvons sérieusement, et Thomas Pesquier récemment nous a encore montré que ces rêves se réalisent pleinement. Les mexicains, quant à eux, ont des rêves presque plus terre à terre, cela dit sans mauvais jeux de mots.

Je me souviens, il y a environ cinq ans, lorsque j’ai rencontré des élèves mexicains en échange international à l’Université de Caen, j’ai eu l’occasion de participer à leur demande à une visioconférence avec des étudiants de l’UNINTER ici à Cuernavaca. L’idée pour eux était de présenter un vrai français afin qu’il réponde dans un mauvais espagnol aux questions que les élèves restés au pays pouvaient se poser. La finalité pour l’UNINTER, bien sûr, était une certaine publicité pour leur programme d’échange et donc pour leur université — j’ai déjà mentionné le côté très commercial des institutions éducatives ici et de leur besoin de se promouvoir (3.2, 3.6). Je me suis donc prêté au jeux avec un certain amusement, m’attendant à répondre à des interrogations sur la manière de vivre, la cuisine, les relations amicales ou amoureuses, etc. Ce que j’ai eu d’ailleurs. Mais, assez vite, les échanges se sont orientés sur des questions plus politiques. L’on m’a demandé si l’État était très corrompu ; probablement un peu, ai-je répondu, mais pas suffisamment pour faire disfonctionner le système. Puis, pendant un long moment, l’on m’a interrogé sur la sécurité. Et là, ce sont mes compères mexicains à Caen qui ont répondu avec un vif enthousiasme, expliquant qu’en France on pouvait sortir le soir et rentrer à pied entre amis, en pleine nuit noire, sans grande crainte ; que si l’on se perdait en bon touriste dans les rues, l’on pouvait toujours demander à un aimable policier la route et qu’ils étaient toujours ravis d’aider, et ne profitaient pas de la situation pour en abuser — je n’ai pas compris à l’époque les implications que pouvaient avoir la réponse pour ces mexicains, ni l’importance d’ailleurs que cela pouvait avoir pour eux, tellement cela me paraissait normal. Même, ont-ils continué sur le sujet, l’on ne croise pas tant de policiers que cela dans les rues. Mais, n’y a-t-il alors pas beaucoup de danger, ont demandé les élèves de l’autre côté de l’Atlantique, presque interloqués ? Pas du tout, ont répondu mes camarades, ici la sécurité est presque même palpable, vous sentez que vous n’avez rien à craindre. Je me souviens encore aujourd’hui du silence de l’autre côté de l’écran qui a suivi cette affirmation. C’était pour eux presque incroyable et je voyais bien qu’ils avaient du mal ne serait-ce qu’à se le représenter, à se l’imaginer, à le vivre comme sensation. Tout cela m’a beaucoup étonné à l’époque mais j’ai vite oublié cette anecdote. Jusqu’à ce que je vive un peu ici au Mexique, que je lise les nouvelles locales ; que l’on me dise de ne surtout jamais rentrer à pied de nuit d’un bar si c’est à plus de dix minutes (et encore), même à dix heures du soir ; que l’on m’a dit de ne jamais demander ma route à un policier, quel qu’il soit, d’ailleurs d’éviter de demander à n’importe qui ma route si je suis perdu ; que l’on me raconte toutes ses histoires que chacun ici a vécu, de leurs amis qui s’en sont sortis, et de ceux qui, malheureusement ont eu beaucoup moins de chances.

Il y a deux jours, l’on m’a dit que le Mexique paraît normal à première vue. Quand on se balade dans les rues, l’on ne voit rien d’autre que des gens qui travaillent, qui flânent, qui s’amusent, qui vont au travail, qui en reviennent ; que des gens normaux et une vie normale en somme. Mais, en réalité, si l’on gratte juste un peu, l’on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas, comme une sorte de système sous le système, caché, en filigrane, et qui ne se révèle que si l’on y prête bien attention, comme l’on chercherait les éléments obfusqués d’un billet de banque à la lumière d’une lampe. Un système qui n’est pas sain, une sorte de cancer qui a tout pris ou presque, qui se nourrit, qui vampirise plutôt cette apparente normalité. Et de là naît une sorte de mal sans nom, de paranoïa flottante et d’insécurité profonde, et le sentiment, partagé par beaucoup ici dans un fatalisme ambiant, que rien ni personne ne va pouvoir les sauver ni vraiment changer les choses. C’est pourtant un si joli pays et un si beau peuple.

(15). — Ce fut une fin de semaine pour le moins peu productive. Vendredi soir, après avoir passé quelque temps au Mercado Comonfort, j’ai souhaité, avant de rentrer, manger quelques tacos histoire de ne pas dormir le ventre vide. Joyeux à cette idée, j’ai eu la lubie de les badigeonner de salsa roja faite à base de chile de árbol — ces petits piments rouges mexicains que l’on nomme en France « piments oiseaux ». Habituellement, je n’en mets que quelques gouttes, pour le goût. Cette fois-ci, j’ai eu la main vraiment lourde. Au point que le lendemain matin, après mon café, de violentes douleurs à l’estomac puis aux intestins se sont déclarées. J’avais déjà entendu dire qu’il était possible de tomber malade à cause d’une trop grande ingestion de certains piments. Il se trouve que les piments oiseaux sont non seulement très forts mais surtout très irritants. Je me suis donc retrouvé avec tous les symptômes d’une gastrite aiguë. Surtout le café que j’avais bu le matin n’a pas du tout aidé puisque c’est un aliment acide et qui aggrave dès lors la douleur — je ne l’appris plus tard en me renseignant sur mes maux. Bref, je restais donc alité et en position fœtale toute cette fin de semaine et n’ai pu remanger plus ou moins normalement que ce dimanche après-midi. Heureusement mon affection a été bénigne et j’ai évité l’ulcère — bon, sur ce dernier point, je suis peut-être trop alarmiste mais j’avoue que l’idée d’en être arrivé là m’a tenu quelques heures.

Cette mésaventure passagère m’aura cependant fait découvrir un site pour le moins intéressant et utile, à savoir Hesperian health guides et dont j’ai donné un lien ci-dessus en relation avec mon cas. C’est une petite organisation née dans les années 1970 à Ajoya au Mexique. Son but initial était de fournir une assistance sanitaire à des communautés reculées. Leur travail le plus important a été la mise en page d’un guide en espagnol en 1973 intitulé Donde no hay doctor éprouvé sur le terrain par de nombreux bénévoles — ce qui a impliqué la création de l’organisation en tant que telle. Plus tard, ils ont traduit leur manuel en anglais et dans d’autres langues. Puis, en 2011, ils ont porté toutes leurs ressources en ligne et ont ouvert leur site internet afin de toucher un plus grand nombre. Il existe ainsi une partie en français mais tout n’est pas encore traduit — notamment certaines parties de Là où il n’y a pas de docteurs manquent encore à l’appel.

Ce qui est intéressant aussi c’est que toutes leurs ressources sont disponibles suivant une licence qu’ils nomment open copyright et qui, comparée au droit d’auteur (ou au copyright), est assez permissive. Un point important dans leur licence porte sur les versions papiers des manuels qui doivent être traduits et vendus sans recherche de profit ; comprendre par là que si l’on souhaite participer au projet, au pire, le prix du livre traduit et vendu sera le prix de production. Autre point important est celui de l’auteur ; l’ouvrage traduit et vendu doit comporter le nom de l’organisation ainsi que toutes les informations pour la contacter. Notons aussi que le traducteur et/ou le diffuseur doit formellement rester en contact avec l’organisation mère afin que celle-ci puisse voir l’avancement du projet et envoyer toute mise à jour ou correction nécessaire. En ce qui concerne les supports numériques par contre, rien d’explicite n’est dit, il faut contacter l’organisation. Mais on peut imaginer quelque chose de ressemblant. Pour terminer, il est laissé une possibilité de vendre à profit les manuels sous couvert de former un contrat particulier avec Hesperian. Il est intéressant de voir comment on se rapproche ici d’une licence creative commons et je me demande pourquoi est-ce qu’ils ne l’utilisent pas. Peut-être parce qu’ils veulent absolument garder un contrôle plus fort, notamment pour les supports numériques ? Ou bien simplement leur licence est plus ancienne que les creative commons et ils n’ont pas ressenti le besoin de la modifier puisqu’elle fonctionne bien pour eux. Je ne me suis pas vraiment posé la question mais je trouverai intéressant de voir leur wiki évoluer vers une licence libre. On pourrait peut-être arriver à terme à l’équivalent d’un wikipedia orienté sanitaire et santé.

(14). — Dans mon esprit, nous sommes encore jeudi mais selon l’heure, nous venons juste de rentrer dans vendredi — il est minuit quarante présentement. Bref, ceci pour dire que je fais comme si nous étions hier alors que nous sommes déjà demain. Aujourd’hui donc, et après cette petite introduction temporelle loufoque, je peux dire que je n’ai pas vu passer la journée. Je passe la matinée sans grand intérêt où le plus clair de mon temps à consister à me remettre de l’après-midi et de la soirée d’hier. Ce faisant, et quinze heures arrivant, je suis allé manger un pozole avec des amis à La casa de los abuelos dans le centre de Cuernavaca. Comme son nom l’indique, c’est un petit restaurant où l’on mange comme à la maison, une cuisine typique mexicaine comme la font les grands-parents. Il se trouve qu’au Mexique il y a une sorte de dicton qui dit « jueves pozole! », autrement dit « le jeudi, c’est pozole ! ». Ce plat est un héritage de l’époque précolombienne et se prononce en náhuatl pozolli venant du mot de la même langue tlapozonalli qui signifie « bouilli ». C’est une soupe dont l’ingrédient principal est un maïs mexicain nommé cacahuazintle ayant un grain de couleur blanche gros comme une fève. L’on y rajoute une viande, qui peut être du poulet ou du porc, du chou râpé, de l’oignon tranché et de l’ail. On peut y mettre aussi du radis, du piment, du citron et de l’avocat. En réalité, la base est surtout constituée du fameux maïs et d’une viande ; pour le reste c’est au goût de celui qui mange. Ce qu’il y a de particulier surtout dans ce plat c’est la manière dont on prépare le maïs. Celui-ci en effet, et à l’instar du maïs utilisé pour les tortillas, est précuit dans une solution à base d’eau et d’hydroxide de calcium ; un processus que l’on nomme nixtamalisation et dont l’un des éléments est l’utilisation de la cendre — nextli en náhuatl veut dire cendre tandis que tamalli renvoie au tamal qui est de la farine de maïs moulu. Évidemment après la précuisson, les grains sont lavés ; aucun goût parasite ne subsiste. Il existe différents styles de pozole selon la région. Mon préféré est certainement le style guerrero — de l’État mexicain du même nom — qui peut venir rouge ou vert en fonction du type de piment que l’on utilise pour le cuisiner — j’ai une préférence personnelle pour le rouge. Le pozole s’accompagne aussi généralement de tacos dorados qui ne sont rien d’autres que des tacos roulés que l’on aura fait frire — cela rajoute un côté croustillant à l’ensemble, côté dont sont très friands les mexicains. Je pense pouvoir dire que ce plat, avec les différentes sortes de mole, est l’un des plats majeurs du Mexique. Il est inconcevable de visiter ce pays sans y goûter au moins une fois.

Après avoir dévoré le pozole et une Corona bien fraîche, nous sommes ensuite allés faire un tour au Forum, grand mall à ciel ouvert à l’est de la ville. Comme tous mall, ce n’est rien d’autre qu’un regroupement de boutiques en tout genre mais j’avoue apprécier celui-ci parce que ce n’est pas un bâtiment fermé. Nous y avons mangé une glace énorme à Santa Clara. Après cela, nous avons été au cinéma voir une comédie mexicaine intitulée La boda de Valentina qui, pour dire la vérité, à part deux ou trois blagues nous tirant un sourire, n’a pas beaucoup d’intérêt. C’est malheureusement le genre de film où la bande-annonce est plus attrayante que le film lui-même, ce dernier nous décevant dès le premier quart d’heure passé.

Plus intéressant a été le film australien sorti ce 13 février que j’ai vu en rentrant à la maison, The Gateway (ou Alpha Gateway selon les distributeurs) par John V. Soto. La vie de Jane Chandler va être boulversée de deux manières. D’une part elle va découvrir un moyen de voyager dans d’autres mondes parallèles et, d’autre part, elle va perdre son mari dans un accident de voiture. Détruite par le chagrin, elle décide de visiter une Terre parallèle et d’y retrouver son défunt mari. Seulement, évidemment, tout ne va pas se dérouler comme prévu et ses actes vont avoir des conséquences pour le moins importantes. Ce n’est pas particulièrement un grand film. La réalisation fait plus penser à un téléfilm et les acteurs sont parfois peu convaincants. Par contre le scénario et l’histoire sont vraiment plutôt bien ficelés et font vite oublier la photo facile et le jeux des acteurs parfois bancal — cela mis à part Jaqueline McKenzie, l’actrice principale, même si elle ne fait pas des étincelles. L’on pourrait se dire, avec le sysnopsis rapide que j’ai fait, que c’est du déjà vu et que cela ne va rien apporter de nouveau. Et pourtant cela fonctionne. Certes les mécanismes sont connus et l’on sait, au moins depuis Sliders, que les mondes parallèles, même si très ressemblant apportent toujours leurs lots de suprises. Oui, je me suis laissé prendre, la tension monte petit à petit et finalement on se fait porter tout en ayant conscience de la qualité toute relative du film. À part un début un peu lent à se mettre en place, il n’y a pas de temps morts ni d’ennui. Si cela avait été un épisode d’une série, il aurait été vraiment bon. Je ne suis pas forcément très objectif ; j’adore les films de voyage dans le temps et de voyage dans des univers parallèles, et il y aurait sûrement beaucoup de critiques à faire ici mais le point central du film est bien ficelé et bien tourné. Jane, en cherchant à contrer le destin, va complètement chambouler sa propre vie ainsi que celle de ses enfants. C’est, selon moi, un bon film à voir. Je ne sais pas si je le reverrai mais j’en garderai de toute façon un bon souvenir. J’essayerai de développer tout cela dans une chronique un peu plus fournie rapidement.

Il est maintenant une heure et demi du matin. Je pense que je vais aller lire ce que raconte Cyrille Borne dans son complément 26 avant de me remplonger dans le Spin de Robert C. Wilson.

(13). — La Saint-Valentin — ou la Journée de l’Amour et de l’Amitié comme on la nomme aussi ici, histoire de ne laisser personne de côté — est je pense un peu plus fêtée au Mexique qu’en France. Moins commerciale, et intégrant le côté namitié, il y a de nombreux évènements qui sont organisés en ce jour. Celui auquel j’ai participé s’est déroulé, comme déjà annoncé les jours précédents, au Colegio Morelos. À deux nous avons présenté dans l’auditorium, face à une foule d’élèves et de leurs enseignants, la ville de Paris en tant que cité de l’amour et ses principaux lieux où les amoureux peuvent se rendre — e.g. le pont des Arts ou Montmartre. S’en est suivi la diffusion de trois vidéos en français réalisées par des groupes d’élèves. Enfin, un petit jeu sous forme de questions réponses à été soumis aux élèves ; ceux répondant bien gagnaient le droit d’avoir leur cadenas accroché sur l’un des ponts de Paris avec une note personnelle. Notre présentation devait durer trente minutes mais nous avons dépassé de quinze. Mon espagnol n’étant pas le meilleur, ma prestation ne fut pas des plus grandiose ; heureusement que ma partenaire était là pour rattraper le coup. Après cela, et nous étant déplacé dans le public, d’autres animations ont pris le relai. La première fût une danse de quelques élèves sur des musiques romantiques. S’en est suivi des courts-métrages sur l’amour et l’amitié. Pour terminer plusieurs quizz ont été organisés, sur le thème des chansons d’amour, des couples de dessins animés célèbres ainsi que des couples réels célèbres — les gagnants repartant avec des donuts ! La dernière animation n’en était pas vraiment une ; il s’est agi de remettre le prix du ou de la meilleure amie de l’année. Une fille, nouvellement arrivée cette année dans l’école, a remporté le cadeau et s’est empressée de faire un discours de remerciements ponctués de nombreux whaou — ce sont des collégiens, je le rappelle. Commencée à 9 heures, la manifestation s’est terminée vers 10 heures 30. Les élèves ont ensuite été invités à manger des tacos al pastor — l’école ayant carrément fait venir un taquero et son matériel dans la cour de récréation. Les cours, après cet encas, ont je crois ensuite repris normalement ; je ne suis pas resté assez longtemps pour m’en assurer.

Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà entendu parler d’une telle animation dans une école en France — en tout cas personnellement aucun des établissements que j’ai fréquenté n’en avait organisé. L’ambiance était agréable et les jeux ont vraiment animé les élèves qui, parfois, étaient même complètement survoltés — notamment pour savoir qui gagnait lorsqu’il y avait des ex aequo. Je suis surtout charmé par le fait que les élèves n’étaient pas simplement spectateur du spectacle mais y participaient pleinement et sans retenue. Vraiment ce fut un moment très sympathique.

(12). — « Les rêves, avait dit un jour Diane, sont des métaphores devenues sauvages. » — Robert Charles Wilson, Spin, 2005.

(11). — Journée passée à la maison. J’ai travaillé un peu sur la présentation pour le 14 février au Colegio Morelos dont je parlais vendredi dernier (5.9). Les grandes lignes sont en place mais rien n’est encore vraiment prêt. Peu importe, j’y reviendrai demain. J’ai vu aussi qu’aujourd’hui le site et webzine de science-fiction Futurs Présents s’était doté d’un nouveau nom de domaine et d’un nouveau moteur de blog. Cela ne fait que me motiver plus à me mettre à la rédaction des chroniques que j’ai en vue. À ce propos, j’ai fini cette nuit Le monde inverti de Christopher Priest ; je l’ajoute donc à la liste des revues à faire. Il y a aussi quelques films que je dois voir et qui pourrait intéresser le site. Enfin, en me baladant dans les articles récents, j’ai découvert la série Audible consacrée à X-Files dans un article de Célindanaé ! Je n’en avais même pas entendu parler alors que je suis pourtant le compte Twitter de la série (@thexfiles) ; l’information a du me passer sous le nez j’imagine. Je vais donc m’empresser de récupérer cela et de m’y plonger. Cela me fait d’ailleurs penser qu’il pourrait être sympa d’écrire une chronique sur la dernière saison en cours. À voir. En attendant, ce soir je vais très probablement me poser devant Murder on the Orient Express de Kenneth Branagh sorti l’an dernier. J’ai lu le livre il y a longtemps et je me souviens avoir vu la verion de 1974. En espérant que ce remake soit aussi bon ; mais il y a du beau monde parmi les acteurs, cela devrait donc aller.

(10). — Procrastination aujourd’hui. Je voulais m’atteler à l’écriture des chroniques des romans que j’ai terminé mais je remets cela à plus tard. Les deux seules sorties de la journée ont consisté à aller m’acheter du Coca-Cola Zero à l’OXXO du coin afin de m’aider à me remettre de la sortie d’hier soir, et à aller manger des ailes de poulet sauce mangue-habanero à Alas de Alado sur l’avenue Río Mayo avec les amis en fin de journée — elles étaient excellentes d’ailleurs, soit dit en passant.

Ce soir dans mon lit, j’ai lu un article de Fahrad Manjoo pour le New York Times sur L’avènement de l’Internet visuel prédisant un futur post-texte. Est-ce que les gens ont réellement tendance à moins lire sur la toile et à se diriger plus facilement vers des contenus audios et vidéos ? Peut-être bien. Dans un autre genre, je me mets de côté un papier publié en 2002 par Nick Szabo sur Les origines de la monnaie. L’auteur a l’air de remonter assez loin ; je pense que ça peut être assez intéressant. Enfin j’ai vu cet après-midi que Karl Dubost s’est remis à publier quelques pensées dans ses carnets sur La Grange. Dans l’entrée de ce 3 février il pointe vers une nouvelle du National Geographic mettant en avant la découverte grâce à des scans lasers d’une « megalopolis » maya au milieu de la jungle guatemaltèque. C’est marrant ; quand j’en parle autour de moi ici, cela n’a l’air d’étonner personne. Ils ont une conscience aiguë, que la science commence seulement à comprendre, que les mayas — et les aztèques, mais pas seulement — avaient des cités dans la jungle qui abritaient des millions d’individus. J’ai l’impression que cette vérité est inscrite en eux et s’est transmise à travers les générations, imprégnant totalement leur conscience collective. Cela me rappelle qu’il faut que je lise l’ouvrage de Stéphen Rostain Amazonie : les 12 travaux des civilisations précolombiennes qui, s’appuyant sur les découvertes les plus récentes, cassent tous les mythes et les préjugés que les européens peuvent avoir des peuples précolombiens. Pourtant leurs descendants, eux, n’ont pas oubliés apparemment. Cela me donne envie de revoir The Lost City of Z de James Gray sorti en 2016 et dont il faut que je lise le roman éponyme de David Grann sur lequel il se base.

(9). — Peu de mouvements aujourd’hui. Après m’être levé j’ai passé du temps sur IRC avant de me préparer pour sortir. Je suis allé manger des tacos de cecina à La Princesa sur l’avenue Teopanzolco, juste en face du Colegio Morelos où j’avais fait une intervention l’été passé (3.2). Je vais à nouveau y aller d’ici quelques jours afin de présenter en français une animation autour du 14 février. Je ne sais pas exactement comment cela va se dérouler sinon qu’il faut tenir trente minutes avec support numérique dans l’amphithéâtre de l’école devant un parterre d’élèves, de professeurs et d’administratifs. On verra demain pour le contenu. Je suis ensuite monté quelques rues plus au nord afin de participer à un cours particulier de français à domicile pour deux sœurs de huit et douze ans, je crois. Elles sont motivées et toutes deux très agréables ce qui change, je dois dire, des élèves habituels que l’on peut avoir dans une école. L’heure n’est payé que cent pesos, soit quatre euros trente-cinq environ selon le cours du jours. C’est peu, très peu même, mais il faut bien comprendre que le métier d’enseignant au Mexique n’est pas reconnu. Ce qui est un comble lorsque l’on comprend que l’éducation dans ce pays est primordiale. Mais j’en avais déjà parlé l’été dernier, je ne reviens pas dessus.

Cet après-midi va se terminer tranquillement en aidant à finaliser une candidature pour devenir assistant d’un professeur d’espagnol en France. Cela se présente sous la forme d’une bourse attribuée à un enseignant mexicain pour aller effectuer des cours sur le territoire français. Chaque année un peu plus d’une centaine sont sélectionnés et envoyés pour une durée d’un an selon une convention internationale franco-mexicaine — la concurrence est donc assez rude. La date finale d’envoi des candidatures est le 14 février jusqu’à 11 heures. Nous avons de l’avance, il ne reste plus qu’à uploader le dossier sur le site du gouvernement et remplir quelques champs dans les pages idoines. La réponse pour les premières sélections sera le 25 février. Si cette étape est remplie, un entretien est prévu à la capitale. À ce niveau, et si l’entrevue se passe bien, les autorités mexicaines donnent leur accord au candidat pour continuer. Un nouveau dossier doit alors être envoyé à l’ambassade de France qui fera, à nouveau, une sélection. Finalement le candidat ayant vaillamment franchi toutes les étapes se verra affecté à une région et à un poste en fonction de son classement et de ses choix — notamment concernant la ville et le niveau des classes. Le voyage est pris en charge et un salaire de 800 euros par mois est versé en échange d’une douzaine d’heures de cours par semaine. C’est un véritable parcours du combattant mais cela en vaut vraiment la peine. Enfin, pour le moment, nous n’en sommes qu’au tout début du parcours ; croisons les doigts.

Pour finir cette journée, je pense que je vais mettre de côté mon heure de jogging quotidien et à la place aller boire quelques verres au Mercado Comonfort (5.5). C’est moins bon pour le corps mais c’est certainement un plus pour le moral.

(8). — Il fallait bien que cela arrive. Je ne pouvais pas rester éternellement là, à vivre une vie de patachon — selon l’expression de ma mère. Alors qu’hier je passais à la Universidad Internacional (UNINTER) de Cuernavaca, j’ai eu l’occasion de rencontrer une enseignante de français. Il se trouve qu’elle donne aussi des cours à l’Alliance Française et, apprenant que j’y avais moi-même opéré, m’a proposé de lui rendre service en la remplaçant un jour où elle ne serait pas là. Je dois dire que je ne suis pas très enthousiaste pour prendre un travail régulier mais un remplacement ne me rebutte pas. Seulement elle m’a demandé ensuite si elle pouvait transmettre mes coordonnées à la directrice de cette institution. Je vois le truc venir.

Pour les mexicains il est assez inconcevable de ne pas travailler — même pour une courte durée. Si vous n’avez pas d’emploi alors vous ne faîtes rien. Qu’importe si vous avez une activité autre qui ne soit pas de l’ordre du travail ; vraiment, si vous ne travaillez pas alors vous ne faîtes juste rien. Cela vient très certainement de l’absence d’aide sociale dans ce pays. Si vous n’avez pas de travail, vous n’avez pas d’argent et étant donné l’absence de soutien de la collectivité, vous ne pouvez pas vivre. Je crois par surcroît qu’il est assez mal perçu ici de dépendre de quelqu’un d’autre, d’une institution, ou simplement de vivre de quelques petites rentes. Pour cela il y a assez peu de personnes dans la rue qui font la manche. Et si vous le faîtes quand même, alors que vous êtes apparemment bien portant et en forme, personne ne vous donnera. Ainsi, et au pire, si vous n’avez pas de diplôme, pas d’habileté particulière ou si personne ne veut vous embaucher, vous vendez dans la rue. Vous vendez n’importe quoi ; depuis des paquets de chips ou des bonbons, en passant par des sacs poubelles, jusqu’à des boîtes de chewing-gum. Les seules exceptions que j’ai pu observer concerne les personnes agées — et dans ce cas seulement, il n’est pas rare de voir des passants donner quelques pièces.

Cette nécessité de trouver une manière de gagner de l’argent amène des situations assez bizarres pour un européen. Par exemple dans tous les supermarchés à la caisse il y a des personnes qui remplissent les sacs de courses des clients, et il est de bon ton de leur laisser un ou deux pesos en échange. Pareillement si l’on vient à ce même supermarché en voiture et que l’on entend se stationner sur le parking du magasin, une personne viendra faire de grands gestes, généralement complètement inutiles, pour aider à se garer ; idem, en partant, il est de bon ton de lui laisser un ou deux pesos — alors même que, évidemment, le parking est gratuit. On trouve même ce type d’aide dans certaines rues où, bien que les places soient gratuites et publiques, il y a une personne qui va venir réclamer une pièce au prétexte qu’elle vous aura fait deux ou trois gestes de marche arrière.

Comme je le disais plus haut, on trouve donc des tas de gens qui vendent tout et n’importe quoi dans la rue. Celle où j’habite par exemple est littéralement remplie de petits vendeurs au point de gêner le passage. Au pied de mon immeuble se trouve d’ailleurs quotidiennement un monsieur assez âgé qui vend des petits pains exposées sur des cagettes en bois. Être clown dans les bus, laveur de vitre aux feux rouges, remplisseur de sacs de courses, aide pour se garer, vendeur de fruits à pied sur la plage, distributeur à pied de chips et de cigarettes à l’unité auprès des bars de nuit, et tant d’autres choses sont des métiers en soi ici. J’ai même vu des gens vendre des tickets promotionnels pour de la restauration rapide ! Interrogeant mon entourage à ce sujet, on m’a effectivement dit que si l’on donne ici une plaquette offrant, mettons, une pizza gratuite pour une pizza achetée, ou une boisson offerte pour une pizza achetée les gens ne se déplaceront pas pour profiter de l’occasion. Pourquoi ? Simplement parce que dans l’imaginaire collectif, si l’on vous donne quelque chose gratuitement sans vous connaître, c’est qu’il y a une arnaque. Soit que la nourriture n’est vraiment pas bonne — si elle l’était pourquoi la donnerait-on gratuitement ? — ou bien qu’on cherche à vous vendre quelque chose en plus sans vous prévenir — et là vous vous faîtes arnaquer. Aussi, et considérant cela, il y a des entreprises dont la fonction est de récolter les plaquettes promotionnelles auprès des chaînes qui les proposent, d’embaucher du personnel payé à la commission et de l’envoyer dans la rue vendre ces tickets à qui en voudra bien. Et les mexicains les achètent ! Effectivement, vous vous procurez une plaquette de dix tickets pour, disons, cent pesos, et chaque ticket vous donne droit à une pizza gratuite. Vous aurez donc payer une de deux pizzas pour dix pesos au lieu du prix normal de cent cinquante pesos. Et le fait que, tout de même, à l’origine il s’agit d’un plan promotionnel pour mettre en avant la marque et vous amener effectivement à y venir consommer ? Cela passe à la trappe. Et des métiers ou à tout le moins des activités comme celle-là, il y en a des dizaines.

Je m’interrogeais au départ sur la légalité de tout cela — surtout en ce qui concerne les vendeurs à la sauvette. Et je pense avoir compris qu’il y a, au minimum, une tolérance des pouvoirs publics. Et même dans certains cas une reconnaissance de leur part. J’ai vu en effet ces derniers temps par exemple un sigle apparaître sur les cagettes des vendeurs installés dans la rue. En y regardant de plus près je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la marque d’un syndicat. Est-ce qu’ils payent une autorisation d’occupation de l’espace public ? Ont-ils seulement eu cette autorisation ? Je n’en sais rien, je n’ai pas encore demandé — et, pour dire la vérité, je me demande même si je pourrais seulement leur poser la question sans leur apparaître agressif.

« À Rome, on fait comme les romains », dit le fameux dicton populaire. Je vais donc très certainement me conformer — même si a minima — et voir ce que peut me proposer l’Alliance Française. Ainsi, si on me pose la question, je pourrais dire que j’ai effectivement une activité, même si non rémunératrice. Et ainsi effacer les regards curieux de mes interlocuteurs quand j’essaye de leur expliquer que mon occupation quotidienne principale consiste à découvrir et à m’enrichir de leur charmant pays.

(7). — Demain marquera la première année d’existence de ce journal. Je me souviens avoir déjà été étonné qu’il puisse durer plusieurs jours sans que j’y renonce (2.9), alors le fait que je continue de l’alimenter après un an me surprend assez. Ceci dit, je pensais qu’au fur et à mesure du temps il serait plus facile d’y écrire semaine après semaine mais je me rends compte que cela constitue toujours un certain effort. Pas un effort immense, certes, mais tout de même. Je me rends compte aussi, et ainsi que je l’ai déjà dit en ouverture de ce présent volume, qu’il n’a pas de finalité particulière ni de but précis. Ce n’est pas tant que cet état de fait me gène mais j’ai envie de remédier à cela. Depuis pratiquement le début je me suis mis à lire d’autres journaux, principalement pour voir comment d’autres personnes utilisaient ce medium et, pourquoi pas, prendre exemple. Ce dimanche d’ailleurs, alors que je parcourais le marché aux livres de la rue Comonfort (5.5), je suis tombé sur le Diario de Bolivia d’Ernesto Che Guevara. De retour à la maison, j’ai cherché à me le procurer en français gratuitement sur internet, mais sans succès. Par contre le site internet Todo sobre el Che en Bolivia en diffuse une transcription complète en espagnol avec une introduction faite par Fidel Castro. Je me suis donc finalement rabattu sur cette option. Je ne lis pas très bien cette langue mais avec un dictionnaire, j’arrive à m’en sortir sans trop de problème — et puis cela me fait un bon exercice dans sa pratique. Je dois dire qu’il est assez intéressant à lire même s’il apparaît évident que c’est surtout un journal de travail, de terrain pourrait-on dire, imprégné du quotidien, ce qui n’a pas empêché ce document d’être classé secret d’État après la mort du Che pendant plusieurs années — il y a d’ailleurs de nombreuses pages dans l’introduction de Carlos Galvarro qui en parle ainsi que de l’implication de la CIA autour de son contenu. Au-delà des informations qu’il recèle ou de l’intérêt historique de la chose, ce qui m’a attiré en tout premier lieu a été le fait qu’il y ait une entrée pour chaque jour, même si parfois il ne s’agit que de quelques mots simplement pour dire qu’il ne se passait rien. Je me dis que cela pourrait être un bon exemple à suivre ; me forcer tous les jours à raconter ou dire quelque chose afin d’en garder une trace, même minime, et quitte à ce que ce soit un peu ennuyeux parfois. De toute façon — je l’ai déjà répété — mon journal n’a pas vocation à être utile à personne d’autre qu’à moi, ni même à être vraiment lu. Entendons-nous bien, il est public donc je serai évidemment ravi de savoir qu’il est effectivement lu par quelqu’un, voir même — soyons fous — qu’il est apprécié. Mais force est de constater que ce n’est pas nécessairement son propos. Pour le dire autrement, disons que je l’écris et le publie pour moi-même avant tout et tant mieux si quelques lecteurs intéressés passent quelques temps à en lire certains passages.

(6). — Aujourd’hui c’est le Jour de la Constitution. Je n’ai cependant vu aucune manifestation particulière dans le centre-ville, ni sur les places, ni ailleurs. La seule chose que je retiens de ce jour est que beaucoup de mexicains ne travaillent pas et que pratiquement tout est fermé sinon les grands centres commerciaux.

(5). — Je suis allé ce matin dans la rue Comonfort donnant sur la cathédrale de Cuernavaca où chaque fin de semaine se tient une sorte de marché aux livres couvert. C’est une petite rue pavée, tranquille et typique du centre-ville historique où l’on trouve cafés en tout genre, ainsi qu’un ou deux restaurants plus ou moins bon marchés. C’est aussi dans cette rue que se cache le Mercado Comonfort, endroit au nom trompeur puisqu’il n’a rien d’un marché. Il s’agit en réalité d’une large place fermée et accessible par une porte dans le style hacienda postcoloniale hornée d’une petite Vierge Marie. À l’intérieur se côtoient de nombreux bars que la jeunesse de Cuernavaca fréquente dès la fin de journée jusque tard dans la nuit ; c’est l’une des places prisées de la ville et qui se trouve être l’un de mes lieux privilégiés de sortie. Je suis donc allé déambuler parmi les rayonnages de livres. Un large choix s’offre aux passants, depuis les classiques des grands philosophes, en passant par la littérature victorienne, les auteurs contemporains occidentaux, sans oublier bien sûr tous les auteurs faisant la force de l’Amérique latine. On trouve donc sans problème dans cette grande libraire à ciel ouvert les ouvrages d’Octavio Paz ou d’Ernesto Sabato, les écrits de Guevara, de Camus, Nietzche, à côté de la nouvelle édition de Ça par Stephen King, du Monde de Sophie de Jostein Gaarder, entre lesquels se trouve le Mein Kampf d’Adolf Hitler et, plus loin, L’Art de la guerre de Sun Tzu, avant de tomber sur des romans de cowboy en vogue dans les années 1960 — j’en passe évidemment beaucoup mais disons qu’il y en a vraiment pour tous les goûts et toutes les envies. Au milieu de tous ces livres se trouvent aussi quelques vendeurs de joaillerie et autres manufactions artisanales. Mais ce qui m’a surtout amusé a été la découverte sur l’un des stands, entre L’Antéchrist de Nietzche et Le Capital de Marx, de trois petites bouteilles de spray renfermant un liquide transparent. Interpellé je m’approche et je fus surpris d’y lire qu’il s’agissait d’eau bénite de San Benito ! Oui, déjà apprendre que l’on pouvait acheter de l’eau bénite en spray m’a grandement surpris mais moins j’avoue que d’en trouver fièrement exposées à la vente entre ces deux auteurs ! À la place du marchand, j’aurai personnellement remplacé le livre de Marx par Dieu et l’État de Bakounine, mais bon Le Capital reste un excellent choix c’est évident.

Je dois maintenant me préparer pour aller assister à l’anniversaire d’un enfant auquel j’ai été convié et se passant dans une maison perdue dans les montagnes boisées au nord de Cuernavaca, non loin du village de Huitzilac. Rétrospectivement, accepter l’invitation n’a peut-être pas été une grande idée, considérant surtout que je me serais mieux vu aujourd’hui passer la fin de journée dans un bar à regarder le Super Bowl LII avec des amis. Cependant, qui sait ? Peut-être qu’une aventure m’attend là-haut ? Mais peut-être pas…

Dans la nuit. — Il faut dire que j’avais clairement sous-estimé les fêtes d’anniversaire d’enfants ici. Pour le résumer (trop) brièvement parce que je suis bien fatigué, nous avons eu droit à un buffet de mets typiquement mexicain, des mariachis, des jeux pour les enfants et les adultes, deux piñatas, deux gâteaux d’anniversaire puis, la journée se terminant et la nuit se découvrant, les bouteilles de tequila et de mezcal (en plus de bières déjà présentes) ont fait leur apparition sur les tables tandis que les enfants étaient occupés à manger tous les bonbons qu’ils avaient gagné. De la musique, beaucoup de musique même, énormément de rires, d’amusements et de joie ; ce fut une fin de journée, une soirée et une nuit qui restera longtemps gravée dans ma mémoire.

(4). — J’ai passé une semaine somme toute assez tranquille. J’ai terminé le Baranger dont je parlais lundi dernier, j’ai commencé et fini en un tant record Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach — très bon, au passage — et il me reste moins d’un quart du Phare 23 de Hugh Howey à lire. Autrement dit, j’ai trois jolies chroniques à écrire que j’espère soumettre à publication sous peu. À part cela ? Vraiment pas grand chose. Cuernavaca, bien qu’assez cosmopolite, ne m’offre plus vraiment de surprises. Il y a certes de beaux endroits pour sortir et prendre un verre, manger quelque chose, mais rien qui me motive pour le moment à en écrire des pages dans ce journal — mise à part peut-être le Jardín Borda que je n’ai toujours pas visité et qui me laisse espérer quelques histoires intéressantes. J’ai surtout des envies de bouger hors de cette ville ; je pense essayer de monter quelques jours à la capitale d’ici peu. Ainsi donc je me laisse bercer par le train-train quotidien de la vie à Cuernavaca, par mes lectures et par mes séances d’activité physique quotidienne. Autrement dit, je prends le temps et me laisse un peu vivre. Après ces derniers mois en France c’est, je dois dire, tout à fait agréable. J’ai conscience que cela ne peut durer, donc j’en profite autant que je peux. D’ailleurs, je vais déjà laisser là ce journal pour aujourd’hui et sortir m’offrir une glace.

(3). — Je me suis enfin remis à lire sérieusement ! À la fin du Summer Star Wars de l’été dernier, j’avais commencé le Dominium Mundi de François Baranger. L’envie de lire s’étant assoupie, je m’étais arrêté courant septembre au milieu du Livre 2. Le laissant donc de côté, j’avais plus tard entamé Salem de Stephen King sur les conseils d’une amie. Je n’ai complètement terminé ce dernier que la semaine dernière, c’est-à-dire qu’il m’a fallu près trois mois pour aller au bout alors que c’est pourtant un genre de lecture que j’affectionne et que c’est un très bon roman par ailleurs — et puis c’est du King, cela se lit tout seul normalement. Il y a des moments comme ça j’imagine, des passages à vide où la lecture est difficile, pour une raison ou une autre sans que l’on ne se l’explique vraiment. Cette nuit, pourtant, j’ai ouvert de nouveau l’ouvrage de Baranger et l’ai pratiquement dévoré jusqu’au bout. Aujourd’hui, j’ai fini le dernier chapitre et je suis, en ce moment même, en train de lire l’épilogue. J’espère avoir le courage d’en écrire une review et, peut-être, la soumettre au blog collaboratif Futurs Présents. Il y a de nombreuses semaines en effet, j’avais parlé de mon envie d’y publier quelques articles à Xapur (@xapur), qui le gère, et il avait accueilli favorablement l’idée. Je le recontacterai dès que ma review sera écrite ; on verra bien si mes contributions l’intéressent toujours.

La question suivante est de savoir ce que je vais lire ensuite. Alors que je discutais cet après-midi avec Kemenyx sur IRC, elle m’a donné l’adresse de son blog et, le parcourant, je suis tombé sur son article traitant du roman de Dmitry Glukhovsky, Metro 2033. Je ne sais pas trop de quoi cela traite, mais quand j’en avais entendu parler à l’époque de sa sortie en terme favorable, j’avais été intéressé. Je me le suis donc procuré mais je vais attendre avant de me lancer dans cette histoire. En effet, je ne veux pas m’immerger tout de suite dans de longs romans — et cette saga comporte trois tomes. Je vais donc fouiller ma pile à lire et y piocher des romans courts qui me remettront doucement mais sûrement dans le bain à la fois de la lecture et, pourquoi pas, de la publication de review.

À propos d’écriture justement, et alors que je me remets tranquillement à ce journal, il me trotte une idée dans la tête depuis quelques temps. Il y a moment déjà, j’avais entendu parler du Projet Bradbury qui consiste à écrire cinquante-deux nouvelles en cinquante-deux semaines. L’idée est d’ailleurs très bien expliquée par Neil Jomunsi sur son blog page42. Comme l’explique M. Jomunsi, c’est un peu un anti-Nanowrimo au sens où il ne s’agit pas de faire une course aux plus de mots écrits en un mois mais bien de s’inscrire dans une régularité. Dans son bilan, il évoque le fait qu’il avait un objectif de quarante à cinquante mille signes par nouvelles. Ayant l’habitude de parler en mots plutôt qu’en signes je ne me rends pas réellement compte de la longueur que cela peut avoir. Dans tous les cas, si je devais me lancer dans un tel projet, je ne pense pas me fixer un tel quota à atteindre. Alors que j’en discutais aujourd’hui avec IMG sur IRC — et qu’elle m’insitait sans vergogne à me lancer dans ce défi — elle me parla de toute la richesse que cela lui a apporté, à la fois d’un point de vue de l’écriture bien sûr mais aussi sur un plan plus personnel, comme l’a d’ailleurs fait remarquer M. Jomunsi lui-même dans son bilan. Elle a terminé son Projet Bradbury en décembre dernier et en est très contente et très fière — et il y a de quoi ! Il se trouve que Kemenyx s’est aussi lancée dans l’aventure et en est à sa neuvienne semaine si je ne m’abuse.

Ce défi m’intéresse, c’est certain. Oh, je doute d’écrire quoi que ce soit d’intéressant qui mérite lecture, non. Mais cela me captive malgré tout d’un point de vue purement personnel. Peut-être y trouverais-je le moyen de développer, pour moi et dans mon coin, certaines des idées qui me trottent dans la tête. Par contre, en ce qui me concerne, le point noir est certainement d’effectuer ce défi sur une année entière. Autant je sais que ces prochains mois, je vais avoir à peu près le temps qu’il faut à y consacrer, autant dès que les mois d’été arriveront, il en ira autrement. Sans parler qu’en septembre, je suis susceptible de me retrouver dans d’autres sphères qui m’auront éloigné d’un tel projet. Ainsi je me dis que je pourrais adapter quelque peu le défi à mes contraintes personnelles. Peut-être en essayant d’écrire cinquante-deux textes en six mois au lieu d’un an ? Et aussi en n’écrivant pas que des nouvelles (voir pas du tout ?) mais peut-être de courts essais ? Je ne sais pas vraiment. Disons que l’idée est là, l’envie aussi mais qu’il me manque encore une conviction tangible de ce que j’ai envie de réaliser de ce point de vue. Je pense laisser tout cela mûrir encore quelques temps et attendre de voir si quelque chose de concret en sort.

Enfin pour le moment, je vais déjà finir de lire le Livre 2 du Dominium Mundi.

(2). — J’ai vu il y a trois jours, je crois, le dernier film de Darren Aronofsky, mother!, sortie à la fin de l’an dernier. D’après ce que j’ai lu ensuite, il y a autant de bonnes critiques que de mauvaises. Personnellement j’ai été énormément intéressé et touché. C’est une très belle allégorie avec sa dose de violence qui mène parfois à l’insupportable — quand on comprend finalement la source d’inspiration, cela prend évidemment tout son sens. Le film est très bien mené, la photo est belle, le jeu des acteurs sans fautes, et le message, même s’il manque d’une certaine fraîcheur, est bien sûr prenant pour qui se sent attaché, de près ou de loin, à la protection de notre planète et les impacts néfastes que nous y avons.

En lisant ici ou là quelques articles pour comprendre mieux certains points obscurs du film, j’ai appris qu’il y avait selon certains une référence à un court texte de Charlotte Perkins Gilman publié en 1892 intitulé Le papier peint jaune. Il s’agit des notes d’un journal d’une femme souffrant apparemment de dépression et maintenue enfermée pour son bien par son mari médecin. D’ennui, elle rédige donc son journal, en cachette, et l’on y découvre son obsession pour le papier peint jaune de sa chambre, qu’elle déteste. Intrigué par ce résumé, je me suis empressé de lire le texte (que l’on peut retrouver ici en version complète). C’est une lecture très rapide, très prenante, qui m’a rappelé par certains traits à la fois Le journal d’un fou de Nikolai Gogol, La métamorphose de Franz Kafka, ainsi que Le journal d’une schizophrène de Marie-Anne Sechehaye (d’ailleurs, apparemment, il existe une adaptation cinématographique de ce dernier, il faudra que je le vois). C’est un classique dont je n’avais même jamais entendu parlé et, définitivement, c’est vraiment une lecture que je recommande.

(1). — Cuernavaca, Morelos, Mexique. — Cela fait environ un mois que je suis arrivé au Mexique. Je n’ai rien écrit dans ce journal depuis lors, ni ne l’ai même simplement ouvert. J’ai néanmoins publié quelques petites choses, ailleurs, sur les réseaux sociaux modernes — Twitter, un peu, Instagram, surtout. Je ne suis pas un grand fan de ces moyens de communication. Sur Twitter, je me sens noyé dans la masse ; je vois mal mes publications se mettre aux côtés des nouvelles locales et internationales de journaux que je suis, ni des mots fins que peuvent écrire les gens érudits et très actifs dans leurs domaines respectifs qui peuplent mon fil d’actualité. Instagram est un peu différent car j’y ai surtout mes amis et une partie de ma famille. Je suis les moments qu’ils partagent de leur vie et eux les miens ; je m’y retrouve donc plus. Mais pourtant, sur les deux, j’y ressens une assez grande frustration. C’est dû au format je crois. Je pense donc que je vais délaisser mon envie d’utilisation active de Twitter ; je garderai simplement le compte pour suivre les actualités. Quant à Instagram, je vais voir où cela me mène.

Je reviens donc à mon petit journal que j’écris dans mon coin sans que personne ne le lise vraiment. Je pense que cela me convient mieux. Je dois dire que cela m’avait même manqué, un peu. Si l’on met de côté le volume 1 que je ne publierai probablement jamais, il va bientôt fêter sa première année. C’est peu mais au départ je n’aurai jamais cru qu’il durerai aussi longtemps. Je ne sais toujours pas quelle direction il devrait prendre et je me rends compte qu’il n’a toujours pas de thème bien défini, ni de buts particuliers ; mais doit-il nécessairement en avoir ? Après tout, c’est mon journal et le fait qu’il soit public n’y change finalement pas grand chose. Comme pour Instagram, je verrai bien où cela me mène. En attendant, je dois aller changer de l’argent et faire quelques courses au Bodega Aurrerá à deux rues d’ici si je veux manger quelque chose aujourd’hui.