f6k ~ log : vol. 3 (juill. - sept. 17)

Allées et venues dans l’Empire Aztèque

Jeu. 6 juill. 2017. — Cuernavaca, Morelos, MX. — Après exactement un an jour pour jour depuis mon précédent départ pour le Mexique, ce 5 juillet 2017 j’embarquais à bord de l’Airbus A380 AF0178, très gros-porteur long-courrier quadriréacteur à double pont, qui décolla avec élégance sous un grand soleil meslinois à 11 heures 44 du matin depuis l’Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Quittant la France par le nord, nous traversâmes l’Angleterre en direction des côtes sud du Groenland. Passant au large de Prins Christianssund et de Nanortalik, le grand albatros déploya pleinement ses ailes et plana au-dessus des côtes est des Amériques du nord ; par le Golfe du Saint-Laurent, séparant Saint-Pierre-et-Miquelon du Québec, puis survolant le New Brunswick maritime, descendant depuis le Maine jusqu’aux abords de Houston et, dans un dernier saut au-dessus du Golfe du Mexique, directement sur Ciudad de México (Distrito Federal), où notre transporteur se posa sans heurts après quelques onze heures de vol sur la piste principale de l’Aéroport international Benito-Juárez de Mexico.

J’avais quitté la France peu avant midi et j’arrivais le même jour au Mexique par la grande porte un peu après quatre heures de l’après-midi — magie du voyage à plus de mille kilomètre par heure et du décalage horaire. Dans de telles conditions, je ne peux m’empêcher de penser à nos ancêtres explorateurs qui, il y a deux siècles, effectuaient la même traversée par bateau en deux mois environ. Il y a certainement de nombreux désavantages à voyager par bateau à voile, comme dans l’ancien temps, mais je me souviens de la description pittoresque faite par M. Ampère dans les premiers paragraphes de sa Promenade en Amérique qu’il publia dans la Revue des Deux Mondes en 1853 ; obéir à l’impulsion du vent et onduler avec le mouvement de la mer, suivre harmonieusement les caprices de l’océan et en faire sa force pour avancer, au lieu de simplement filer tout droit vers le but en brisant ce qui résiste. Et, ne sachant pas vraiment quand l’on va arriver, lire et somnoler, rencontrer ses compagnons de voyage, partager avec eux quelques marches revigorantes sur le pont rustique, et profiter du grand air. L’idée a un certain charme romantique pour moi.

Mais je dois me sortir de mes rêveries, quitter le pont inférieur de l’albatros, et effectuer les démarches administratives qui permettront mon admission sur le territoire mexicain. Rien de sorcier ici ; le personnel de bord nous a fourni un document à remplir, le Forma Migratoria Múltiple, où sera inscrit les noms, prénoms et qualités du voyageur, son numéro de vol ainsi que sa destination finale accompagnée de l’adresse exacte de résidence. Ce n’est pas mon premier voyage mais j’avais complètement omis ce dernier détail ; je tâchais donc de retrouver de mémoire l’adresse en question et, grâce à l’aide bienveillante de ma voisine de siège, j’ai pu reconstruire la forme particulière des adresses postales mexicaines. Il faut reconnaître que les services de l’immigration mexicaine sont bien rodés ; il m’a fallu environ une demi-heure pour passer devant la préposée qui, sans même me poser une seule question, me gratifia d’un permis de séjour de tourisme pour une durée de 180 jours — la période maximale réglementaire au Mexique dans ce cadre. Après avoir récupéré mon bagage, je m’engageai vers la porte de sortie. Il reste une formalité à effectuer. Je dois en donner ici le détail car elle me trouble particulièrement. À quelques pas seulement de la limite séparant la zone internationale du territoire mexicain, des officiers de l’immigration s’occupent de vérifier le contenu des valises. Seulement, tous les voyageurs ne se soumettent pas à cet exercice. En effet un homme en uniforme nous invite, chacun à notre tour, à appuyer sur un bouton rouge. Le résultat est soit une lumière verte, soit une lumière rouge. Si la lumière verte apparaît, vous pouvez passer sans encombre, remercier tout le monde et poser le pied sur l’ancienne terre aztèque. Dans le cas contraire, vous devez vous soumettre à un contrôle. Comment diable ce bouton marche-t-il ? La lumière rouge s’allume-t-elle selon le gré du hasard ? Ou bien existe-il un système de détection de pression ? Je n’en ai aucune idée, je ne comprends pas bien comment tout cela fonctionne et j’avoue n’avoir jamais eu assez de courage pour poser la question. Le fait est que tous les appuis que j’ai effectué sur ce fameux bouton ont toujours donné un résultat vert ; je ne m’en plains pas, je passe donc toujours très rapidement. Mais il n’empêche, cette formalité reste un grand mystère pour moi. À nouveau, le signal lumineux passa au vert et je franchissais, pour la troisème fois de ma vie, la frontière mexicaine.

La première grande étape de mon périple venait de prendre fin ; une seconde, moins coûteuse, m’attendait. Il me fallait me rendre à Cuernavaca dans l’État de Morelos à environ deux cent kilomètres de là. Le moyen le plus simple et le moins onéreux quand on ne dispose pas de voiture est certainement d’utiliser les services de transport par autobus. Plusieurs compagnies se partagent le pays, chacune ayant un domaine réservé. Tout est très bien organisé et tous les grands axes sont entretenus avec soin afin de permettre des déplacements optimaux. Ce qui pèche, par contre, c’est la signalisation, mais c’est un problème récurrent au Mexique ; il m’a fallu tourner un moment avant de trouver d’une part le comptoir permettant l’achat d’un ticket et d’autre part pour trouver effectivement le quai de mon bus. Le billet, pour un européen, est bon marché ; il est demandé 240 pesos mexicains — soit environ 12 euros selon le taux de change du jour — pour un service dit de luxe, mais il ne faut pas se laisser impressionner par l’appellation. Le bus est cependant très confortable, chaque passager ayant une place bien suffisante avec un siège amovible, et l’on nous offre une petite collation avant l’embarquement. Il est permis enfin de se brancher au Wi-Fi de bord mais, bien que la connexion au routeur s’effectue sans problème, aucun accès à internet n’est possible — dommage. C’est ainsi qu’à six heures trente en fin de journée, je prenais place dans mon siège et, après avoir englouti ma boisson à la goyave, je m’endormis tant bien que mal en tentant de faire abstraction du son des films diffusés à bord pendant le voyage. Je me réveillais un peu plus de deux heures plus tard à Cuernavaca qui m’accueillît sous une légère pluie tropicale rafraichissante. J’eu alors la joie de manger à nouveau des tacos al pastor baignés dans une salsa verde bien picante qui ravit les papilles. Voilà qu’enfin, après tous ces mois d’attente, après toutes ces épreuves et ces doutes, je venais finalement de rentrer à la maison.

Mar. 11 juill. 2017. — Me voilà au Mexique depuis cinq jours et, pour ainsi dire, je n’ai encore presque pas eu de temps de repos. Dès le lendemain de mon arrivée, j’ai été sollicité auprès d’une école afin de discuter de la culture française avec des élèves de différentes sections. Au Colegio Morelos, une bonne partie des enfants et adolescents suivent des cours de français, en plus du traditionnel anglais. Malheureusement, ils se sentent assez loin de la francophonie et un certain nombre d’entre eux a du mal à vraiment se dédier à cette matière — cela sans même parler des joies de la conjugaison et des exceptions à la règle grammaticale. Aimant partager le peu d’expérience que je peux avoir, et ne résistant pas à l’opportunité de me retrouver à nouveau devant des élèves mexicains, j’acceptais l’invitation avec plaisir. Cette situation d’ignorance concernant la France est assez étrange d’un certain point de vue. En effet, jusqu’à il y a au moins une cinquantaine d’années il était des plus chic de suivre les mœurs et la mode française, notamment dans la haute société. L’on peut retrouver cet état de fait dans les différents écrits des voyageurs français en villégiature au Mexique mais aussi à travers les vieux films de l’âge d’or du cinéma mexicain. Je ne sais trop ce qui a changé depuis mais je me doute que l’influence des États-Unis d’Amérique y est pour beaucoup.

D’après ce que j’ai pu comprendre de l’éducation au Mexique, une grande partie est pourvue par des écoles privées qui sont plus ou moins onéreuses en fonction des prestations fournies. Il m’a été expliqué que les parents, s’ils en ont les moyens, délaissent l’école publique pour l’école privée, surtout parce cette dernière apporte beaucoup plus d’attention aux élèves. Par exemple, au Colegio Morelos des cours d’anglais sont donnés tous les jours depuis la primaire. Il en résulte que les enfants, arrivés au lycée, ont un excellent niveau. De la même manière, il est fourni très tôt des cours de français. Mais cela demande plus d’enseignants, une méthodologie particulière et du matériel. Ce n’est pas tant, donc, que l’école privée soit meilleure en elle-même que l’école publique mais plutôt que, jouant sur la volonté des parents de donner la meilleure éducation combinée au fait qu’il est laissé une grande liberté aux institutions privées ainsi qu’à une certaine défaillance des moyens fournis aux écoles publiques, celles-ci sont beaucoup moins prisées. L’on sent ici clairement l’influence du système éducatif anglo-saxon où tout se paye. Le Colegio Morelos a été en son temps l’un des meilleurs, sinon le meilleur, de tout l’État de Morelos — il était donc aussi le plus cher. Mais la concurrence a été rude et il a perdu une partie de son prestige avec les années pour devenir une institution certes réputée mais qui ne se trouve plus en haut du tableau. Dorénavant une année dans cette école coûte aux parents 55 200 pesos mexicains, soit un peu moins de 3 000 euros — quand on sait que le salaire minimum est de 60 pesos par jour, cela reste une belle somme que seules des familles assez aisées peuvent se permettre. Cependant il faut noter que certaines écoles coûtent tout de même trois fois plus chères. Une autre étrangeté pour le français que je suis est la prise en charge des enfants dans une même école pour toute leur scolarité. En effet, la grande majorité offrent des cours qui vont de la maternelle jusqu’au lycée. Autrement dit lorsqu’on rentre dans une école à trois ans, l’on y reste généralement jusqu’à ses dix-huit ans. Le Colegio Morelos n’est pas une exception ; l’on y croise tous les âges, depuis la prime enfance jusqu’aux adolescents en quête de liberté. Cela demande évidemment une certaine logistique. L’école est ainsi compartimentée par niveau et chaque section possède son personnel propre, avec un directeur pour chacune. L’on y rajoute tous les enseignants, les services d’ordre veillant à ce qu’aucune personne non habilitée ne pénètre l’école, le personnel d’entretien, de l’administration centrale, de la logistique générale ainsi que ceux qui s’occupent de la restauration, et l’on commence à avoir une idée de la fourmilière que peut être cette école.

Durant trois jours — vendredi dernier, hier et aujourd’hui — j’ai ainsi pu intervenir auprès d’élèves de primaire et de collège, ce que l’on nomme le secondaire ici — le lycée au Mexique étant quant à lui nommé preparatoria. L’idée, dans un premier temps, était de passer dans les différentes classes afin de me présenter et de donner l’occasion aux élèves de poser toutes les questions qu’ils pouvaient avoir sur la France. Nous avons ainsi couvert de nombreux sujets, allant du stéréotype du français mangeur de grenouille et ne se lavant pas, jusqu’aux dernières élections nationales et notre positionnement vis-à-vis des États-Unis d’Amérique, en passant par les diverses raisons faisant de Paris le sacro-saint rendez-vous des amoureux romantiques du monde entier. Ensuite il s’est agit de donner la classe de façon plus formelle, soit au travers de jeux développant l’expression orale ou soit, plus orthodoxe, par le remplissage des fameux textes à trous nécessitant de tout savoir du présent de l’indicatif des verbes faire, aller et être.

Je ne le redirai jamais assez ; j’ai été ravi d’avoir eu la chance de participer à ces classes de français et d’avoir eu l’occasion de découvrir une portion du système éducatif mexicain. Au final, tous les élèves du monde sont les mêmes mais, en même temps, ils ont évidemment chacun leurs spécificités. Je dirai que les élèves mexicains sont peut-être un peu plus turbulents en classe que les élèves français — ce que j’avais déjà noté dès mes premiers jours à l’Alliance Française lorsque j’y avais été chargé de cours il y a deux ans —, mais cela vient en fait du système ; les enseignants se font réprimander par leur hiérarchie s’ils sont trop sévères avec leurs élèves — même quand ceux-ci ont dépassé les limites et que la sanction est amplement méritée — simplement parce que la direction a peur de perdre des clients, et donc de l’argent, dans le cas où les enfants se plaindraient. Pourtant, en tant que parent je serai heureux de savoir que les enseignants font leur travail et usent de discipline lorsque c’est nécessaire. Mais nous avons là peut-être une difference culturelle. Je crois pouvoir dire en effet que, même au-delà du simple cadre de l’école, la discipline fait souvent défaut dans la société mexicaine — en tout cas du point de vue d’un français. Malgré cela, les élèves du Colegio Morelos sont des enfants charmants, évidemment pleins de vie, très chaleureux, curieux et finalement attentionnés quand on sait correctement les prendre. Ils ont toujours eu des questions pertinentes et ont fait preuve du plus grand respect envers moi. De la même manière, j’ai eu droit à un accueil très cordial de tout le personnel enseignant et administratif qui, à mon plus grand étonnement, a aussi fait preuve, tout autant que leurs élèves, de la plus aimable curiosité à mon égard. Ces trois jours vont certainement rester pour moi un très riche souvenir.

Je ne suis cependant pas fâché d’avoir fini mes interventions dans cette école. Je ne l’ai pas encore mentionné mais les horaires me sont assez particulières. Ils commencent en effet les cours à 7 heures 30 du matin et ne s’arrêtent qu’à 14 heures ; avec quarante-cinq minutes de pause vers 10 heures afin de prendre un en-cas. Avec ma dernière semaine en France et cette semaine mexicaine, je peux dire que je suis littéralement rompu de fatigue. Autant dire que je suis enchanté de savoir que demain matin je pourrai dormir tout mon saoul.

Vendr. 14 juill. 2017. — Malgré les quelques jours de travail au Colegio Morelos, j’ai pris le temps ces jours-ci de retrouver mes marques dans la ville de Cuernavaca — l’avantage de finir la classe à deux heures de l’après-midi. Avant toute chose, il faut dire que c’est la capitale de l’État de Morelos. Elle se trouve à un peu plus de deux cent kilomètres de la ville de Mexico, c’est-à-dire que du point de vue de la taille du pays, c’est en somme la banlieue proche — les deux villes ont d’ailleurs de nombreux points communs en terme de culture. Cuernavaca est reconnue pour son climat tempéré tout au long de l’année qui lui vaut le surnom de la ville de l’éternel printemps. Son nom quant à lui vient d’une déformation des espagnols durant la colonisation, ce n’est donc pas la ville des cornes de vaches ; elle se nomme en réalité Cuauhnáhuac qui, en nahuatl, signifierait la ville des arbres. C’est, je dois dire, on ne peut plus vrai. La nature, luxuriante, est omniprésente ici ; à tel point que — et c’est mon hypothèse — l’on a réellement l’impression que la ville a été construite au milieu de la forêt et que, malgré les efforts de la population pour la contrôler, elle continue de vouloir s’étendre envers et contre tout. Il n’est ainsi pas rare de voir des pans de murs entiers recouverts de racines et de plantes. Certains trottoirs sont même presque impraticables dû à la taille des troncs d’arbres qui ont littéralement dévoré le béton. La nature, bien que très épanouie, est cependant moins dangereuse qu’ailleurs au Mexique. Point de jaguar et autres grands carnivores, ni de trop grands serpents venimeux aux abords de la ville — par exemple, le plus dangereux que j’ai vu personnellement est un scorpion suffisamment petit pour n’éveiller chez moi qu’une curiosité bienveillante. Allié à son climat plutôt clément, cela en fait donc l’un des lieux de villégiature préféré des habitants de la capitale du pays qui viennent souvent s’y reposer, fuyant le tumulte de Mexico et sa chaleur. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle cette ville fut l’une des premières à être complètement colonisée ; l’on y trouve ainsi notamment le Palacio de Cortés, le fameux château en pierre volcanique construit par le conquistador Hernán Cortés. Cuernavaca n’est certes pas ma ville préférée du Mexique mais elle est très agréable, vivante et de plus ouverte sur le monde, très cosmopolite. Cela vient du fait comme je l’ai déjà sous-entendu qu’elle a une excellente réputation dans l’enseignement des langues, à la fois pour les mexicains mais aussi pour les étrangers. De nombreuses écoles et universités qui vont en ce sens s’y trouvent — comme la Universidad Internacional de Cuernavaca, que les étudiants nomment simplement Uninter, et qui était initialement exclusivement spécialisée dans ces domaines. Il n’est donc pas rare de rencontrer au croisement d’une rue, dans l’une des taquerías du centre ou en terrasse d’un bar de la plazuela des étasuniens, des canadiens, des haïtiens ou des européens.

J’ai la chance de vivre tout près de ce que les mexicains nomment le zócalo qui est la place centrale du centre-ville. C’est un endroit qui est tous les jours de la semaine pleine de monde. Les gens ont l’habitude ici de sortir dès qu’ils ont un peu de temps libre pour se promener, venir retrouver les amis et la famille, ou simplement s’asseoir sur les multiples bancs, le tout en buvant des boissons trop sucrés, en mangeant des glaces, des épis de maïs bouillis ou grillés, ou encore divers fruits arrosés d’une sauce piquante aigre-douce mis à disposition par les innombrables vendeurs ambulants. Cette place permet d’accueillir de nombreux événements en fonction des fêtes nationales et religieuses officielles, mais aussi des diverses manifestations promues par la ville — comme des concerts, des compétitions sportives ou des marchés. C’est aussi un endroit favorable pour les spectacles de rue ou, plus exotique, pour de petites cérémonies religieuses en faveur des anciens dieux. Durant mes précédents voyages, j’avais eu l’occasion de voir à quoi pouvait ressembler une telle cérémonie, soit dans la capitale du pays ou dans l’État du Yucatan, mais elles étaient toujours faites pour les touristes — ce qui, je dois l’avouer, a toujours enlevé pour moi une grande partie du charme. Cette semaine, enfin, j’ai pu admirer près du Palacio une véritable cérémonie en l’honneur d’Ometeotl qui, m’a-t-on expliqué sur place, est la divinité duelle, à la fois masculine et féminine, de la fertilité, de la nature et de la pluie. C’est l’un des dieux les plus importants de la mythologie aztèque à l’origine de la création du monde. Une quinzaine d’hommes et de femmes, en cercle autour d’offrandes et d’un homme battant un énorme tambour, exercent une danse assez impressionnante en suivant un meneur. Tandis que l’encens, du copal mélangé à des herbes, brûle et enivre de son odeur les alentours, les danseurs en costume traditionnel et nu-pieds suivent pendant deux heures au moins le rythme effréné du tambour dans une valse tribale, lançant parfois des cris vers le ciel et ne s’arrêtant que pour de très courtes pauses, le temps d’arranger les offrandes et de changer de rythme musical. Il est difficile d’imaginer la douleur que procurent ces exercices aux cuisses, mais l’on peut parfois se rendre compte de la souffrance sur leur visage ; à un moment même une danseuse a dû s’arrêter pour soigner une légère blessure à sa voûte plantaire droite à l’aide d’un onguent et du copal — dont la fumée est réputée avoir des vertues médicinales. Après les danses, suants et essoufflés, ils se tournent ensemble vers les quatre points cardinaux tour à tour, puis vers le ciel et enfin vers le sol pour remercier Ometeotl de ses bienfaits et pour s’excuser du mal que font les Hommes à sa création, espérant que le dieu ne leur en tiendra pas rigueur. Ils font alors tourner l’encens et des jarres d’eau dans l’air tout en soufflant longuement dans des conques, avant de se tourner vers le prochain point cardinal, et de recommencer le rituel de remerciements. La cérémonie se termine finalement par le partage de l’eau cérémonielle ainsi que quelques fruits. D’après ce que l’on m’a dit, ce genre de cérémonie est assez fréquente mais c’est la première fois vraiment que j’ai l’occasion d’en voir une. C’est un hommage vibrant au dieu et emprunt d’un grand respect qui se transmet, notamment grâce à la musique et aux danses, très bien à l’assistance. Et jusqu’à plusieurs heures après la cérémonie, j’avais toujours la note grave des conques et le son mat du tambour qui raisonnait dans mon esprit.

Mais cette première semaine à Cuernavaca n’a pas été seulement qu’une partie de plaisir. En effet j’ai répondu présent à une invitation pour un anniversaire samedi dernier. Seulement celui-ci se déroulait dans une maison se trouvant à Temixco, un pueblo proche de Cuernavaca. En fait de simple village comme je m’y attendais, c’est une véritable ville avec ses différents quartiers, mais évidemment plus petit que la capitale de l’État de Morelos. Il faut savoir une chose avec le Mexique, c’est qu’il n’est pas forcément facile, voir même simplement recommandé, de se rendre dans tous les endroits qui existent. C’est un fait généralement connu des touristes qu’il ne faut certainement pas prendre à la légère ; s’éloigner des zones touristiques peut s’avérer parfois catastrophique. C’est le cas de Temixco. Pour bien comprendre la situation il faut noter qu’il y a quelques années la sécurité à Cuernavaca laissait grandement à désirer. Évidemment cela a eu un impact négatif sur la ville et sa vie économique. Ainsi la mairie a décidé de prendre les choses en main et, aidée par les forces fédérales, a tout fait pour repousser la petite et grande délinquance hors des murs de la ville, c’est-à-dire de sorte que celle-ci s’est réfugiée à la périphérie. Temixco est un de ces points autour de Cuernavaca où il n’est pas recommandé de s’y rendre, même quand on est mexicain. Les habitants de Temixco eux-mêmes prennent les plus grandes précautions lors de leurs déplacements. Je me suis ainsi rendu dans un des quartiers reculés de cette ville et je dois dire que tout le long du chemin j’ai pu sentir sur moi les regards pesants. Ce n’est pas forcément qu’ils étaient belliqueux mais plutôt que tout le monde avait l’air de se demander ce qu’un étranger comme moi faisait ici ; non pas que je sois particulièrement excentrique au point de me faire forcément remarquer, mais c’est simplement qu’un touriste — ou à tout le moins un étranger — devient naturellement très visible dans certains coins du Mexique. Le voyage s’est fait en début d’après-midi. Pour arriver à destination il a fallu d’abord prendre un bus qui nous a amené dans le centre de Temixco. De là, et après de longues minutes d’attente, il s’est agit d’attraper une petite camionnette transformée en transport en commun qui nous a amené au centre du quartier où se trouvait l’anniversaire. Il était alors hors de question de parcourir les quelques cinq cent mètres qui nous séparaient de notre destination à pied ; une voiture nous attendait, suivant des consignes préétablies, pour nous amener sur le lieu de la fête. Je le redis, même pour les habitants du quartier la sécurité est un problème et sortir de chez soi à pied à certaines heures de la journée — et a fortiori de la nuit — est dangereux. Mais, bien sûr, je ne regrette en rien cette petite aventure. Sur place j’ai rencontré des gens formidables — et même la première mexicaine musulmane, voilée, que j’ai jamais vu au Mexique — avec lesquels j’ai pu partager, découvrir et m’amuser énormément ; sans parler d’un pozole blanco casero, une spécialité aztèque, dont je me suis délecté et d’une liqueur de café maison dont je me souviendrai longtemps. Suite à cette rencontre, une autre invitation a été formulée pour le quinceañero d’une future femme de la famille. Il n’a pas été décidé encore si l’aventure va être tentée de nouveau mais j’avoue que pouvoir participer à l’une de ces fêtes mexicaines qui consacre le passage de fille à femme nourrit grandement ma curiosité. Quelques jours ont passé depuis cet anniversaire et j’en suis venu à me demander si je n’avais pas un peu exagéré la tension que j’ai ressenti tandis que je traversais la ville. Mais j’ai eu l’occasion d’en discuter depuis avec des gens de Cuernavaca ; j’ai bien compris dans leurs différentes remarques et réactions que je n’avais en fait rien inventé de mon sentiment de danger et qu’il aurait été bien plus prudent de m’abstenir de cette visite. Il n’empêche, j’ai tout de même une très grande envie de me rendre à la prochaine fête. Elle est prévue pour le 20 juillet ce qui me laisse encore un peu de temps pour y réfléchir et, peut-être, pour trouver un moyen de m’y rendre de façon plus sécurisée.

Sam. 15 juill. 2017. — Acapulco, Guerrero. — Nous avons pris la route hier en fin d’après-midi pour nous rendre dans la très fameuse ville balnéaire du Pacifique, Acapulco. La sortie de Cuernavaca a pris plus d’une heure en raison d’une déviation due à l’effondrement d’une portion du périphérique du sud de la ville qui a causé deux morts. Un défaut d’entretien serait à l’origine de cet incident et les hypothèses quant aux raisons de la non prise en charge à temps du problème vont bon train — les plus pessimistes parlant de corruption. Sous une chaleur accablante et à vitesse d’escargot nous avons parcouru de nombreux endroits de la ville que je ne soupçonnais pas ; il m’a même été conté que le Shah d’Iran, après sa fuite en 1979, se serait réfugié dans l’une des villas bordant l’avenue centrale que nous avons traversé avant de rejoindre l’autoroute. Je n’ai pas les moyens au moment où j’écris ces lignes de vérifier cette information, mais qui sait ?

Je l’ai déjà mentionné, les routes entre les grandes villes sont très bien entretenues ; mais ce n’est pas le cas de notre véhicule qui n’est plus à l’aise sur les longues distances, aussi nous avons mis environ cinq heures pour parcourir les quelques quatre cent kilomètres nous séparant de l’océan. Sur le chemin nous nous sommes arrêtés une première fois pour faire le plein et acheter une glace qui, je l’avoue, m’a été d’une grande aide pour lutter contre la chaleur. La station essence qui nous a accueilli se trouvait au bord d’un village d’où émanait une musique traditionnelle. J’aurai voulu aller jeter un œil mais le temps manquait malheureusement. Je réussi malgré tout à savoir qu’il s’agissait d’une commémoration en l’honneur de la Vierge. Nous fîmes plus tard un deuxième arrêt dans la ville de Chilpancingo, la capitale de l’État de Guerrero. Elle s’étend largement entre deux grandes montagnes et paraît assez pauvre vu l’état des habitations qu’il nous est donné d’apercevoir depuis la route. De cette ville je ne connais que la voie centrale qui la traverse de part en part, aussi je serais bien mal aisé d’en dire ne serait-ce qu’un mot de plus. D’une manière générale le voyage vers Acapulco est un régal pour les amoureux de nature sauvage comme moi. L’autoroute traverse de nombreuses montagnes et collines, parfois coupant au travers à même la roche, qui sont toutes recouvertes d’une forêt touffue qui semble infinie. Ils se passent des dizaines et des dizaines de kilomètres sans que l’on ne voit aucune activité humaine — que ce soit villages, simple maison, voir une cabane, ni même de plantations ou de champs. Mon regard finit toujours par se perdre dans cette immensité verte, mon esprit vagabondant vers ce que pourrait être une hypothétique vie au sein de cette nature sauvage et dangereuse ; je m’imagine tel Percy Fawcett se taillant un chemin à travers les arbres et les dangers. Parfois un large cours d’eau sinuant vient briser l’enchevêtrement de la canopée et je me vois alors sur un radeau descendant au gré du courant. Je sais bien que je rêve ; sans guide ni une bonne préparation, survivre à cette nature plus de deux jours serait un exploit. Nous arrivons finalement avec le crépuscule au sud d’Acapulco, du côté de Punta Diamante. Le nom de cette partie de la ville vient de la forme que prend une petite colline dans son avancée sur la mer. Toute la partie basse d’Acapulco a finalement pris le nom de Diamante et est constituée d’une bande de terre prise entre l’océan et un grand lac bordé d’une mangrove quelque peu anarchique, la Laguna de Tres Palos. Historiquement nous avions là plusieurs villages comme Puerto Márquez ou el Revolcadero mais la ville d’Acapulco a fini par les intégrer dans sa commune, les transformant en quartier tout en en créant d’autres, comme Coloso et Colosio. Nous poussons quant à nous un peu plus au sud, vers Playa Diamante où se trouve le complexe d’immeubles privés qui va nous accueillir pour la nuit. Le temps à peine de descendre les bagages et nous voilà à 21 heures dans la piscine à nous rafraîchir. Puis, une heure et demi plus tard, nous faisons un léger repas de quelques œufs brouillés avec du piments verts simplement dévorés à l’aide de tortillas fraîches rapidement réchauffées à même le feu de la gazinière. Il fait maintenant nuit noire et tout le monde s’est endormi depuis longtemps sauf moi. Je suis à la table de la chambre en train de rédiger mon journal aidé par une petite lumière et les halos de vapeur de ma cigarette électronique. Je suis fatigué certes mais je n’ai pas envie de m’endormir. Je veux profiter de la sensation que me procure le fait d’être ici. Il est de très rares endroits dans le monde où je souhaiterais passer quelques années, y rester, trouver de quoi me nourrir, me marier peut-être, ne pas trop penser à demain et simplement vivre. Acapulco est l’un de ces endroits.

Vers midi. — Après un réveil doux et assez tardif, nous avons passé la majeure partie du temps ce matin autour d’un café à préparer notre expédition de la semaine prochaine vers le sud. L’idée est de rallier Puerto Escondido dans l’État de Oaxaca puis, de là, descendre plus encore le long du Pacifique sur environ soixante-dix kilomètres jusqu’à Mazunte et Zipolite en territoire zapotèque. Toute cette dernière partie de l’État se nomme Puerto Angel et la difficulté première vient du voyage. Heureusement les transports modernes vont nous permettre de le faire en environ une journée depuis Acapulco. Concernant la sécurité nous ne savons pas vraiment à quoi nous en tenir mais cette zone est surtout constituée de pueblitos, ce qui devrait être à notre avantage. Les retours que j’ai pu avoir de cette très large baie sont des plus alléchants. L’endroit se veut paradisiaque, calme et emprunt d’une chaleur lourde et apaisante. C’est une terre, m’a-t-on dit, riche en histoire et en culture. Depuis mon premier voyage au Mexique j’entends parler de Oaxaca, de sa nourriture et de son peuple. J’ai hâte de me rendre compte par moi-même de tout cela. Nous devrions partir d’ici dans moins d’une semaine. En attendant, nous allons continuer à préparer ce voyage tout en profitant du climat et des douceurs de la baya de Santa Lucía.

Dim. 16 juill. 2017. — Après avoir passé l’après-midi d’hier dans la piscine du condominium de la Marina Diamante, nous avons pris nos affaires pour nous déplacer vers Joyas del Marqués afin d’y passer la nuit. Aujourd’hui quartier résidentiel, c’était à l’origine un petit village posé près du cours d’eau La Sabana, à l’ouest de la lagune. Vers midi aujourd’hui, nous nous sommes dirigés vers le quartier Coloso, de l’autre côté de la rivière. Il est constitué d’une sorte d’enchevêtrement de petites rues et de maisons. Certaines de ces rues sont minuscules au point qu’elles ne peuvent être pratiquées qu’à pied et que deux personnes ont à peine la place de se croiser. Les habitants en connaissent évidemment chaque recoin mais il est très facile pour un étranger de s’y perdre. Aucune peur à avoir cependant ; même si pauvre — en tout cas en apparence —, la zone est sûre et les voisins sont prompts à aider le passant égaré. Après un rapide repas constitué d’une soupe et de quelques tortillas nous avons pris la direction de la plage. Nous avons choisi celle de Revolcadero non loin de là, où nous avons passé l’après-midi à boire des bières fraîches et à nous restaurer de ce que des vendeurs ambulants nous ont vendu, notamment d’une spécialité mexicaine nommée tamales de pollo, sorte de pâte de maïs recouvrant des morceaux de poulet qui se sert dans une feuille de bananier — à manger avec les doigts et augmenté d’une sauce à base de piments verts. Voilà qui a conclu une fin de semaine reposante et agréable. Dans quelques heures il faudra cependant reprendre la route de Cuernavaca car demain le travail au Colegio Morelos m’attend pour trois derniers jours. Je pensais en avoir terminé avec l’école mais il s’avère que non. Le retour à la réalité va donc être un peu difficile, je le sais, mais je me rassure en me rappelant que je serai très probablement de retour ici dès mercredi soir prochain.

Lun. 17 juill. 2017. — Cuernavaca, Morelos. — En fait de trois jours de travail comme je le pensais, je ne suis finalement revenu au Colegio Morelos que pour quelques heures. En effet les élèves ont terminé la classe vendredi dernier. Mais l’activité de l’école ne s’est pas complètement arrêtée. Ces quelques journées administratives restantes sont le moment, d’une part, pour les enseignants d’avoir quelques réunions permettant d’apprécier le comportement de leurs élèves et de préparer la rentrée prochaine et, d’autre part, pour les élèves de recevoir leur diplôme de fin d’année. Mais ce rapide retour ce matin aura surtout été pour moi l’occasion de rencontrer la responsable community manager de l’école. Cette personne est en charge de la promotion et du marketing autour de l’institution. Comme je l’ai déjà dit, l’aspect financier est de premier plan pour ces écoles privées ; ainsi cette présence fait sens même si j’ai été assez étonné au départ d’une telle fonction ici. Elle m’a expliqué que c’est effectivement encore assez rare à Cuernavaca d’avoir une équipe à plein temps qui s’occupe de mettre en avant les atouts et les projets d’une école mais, à n’en point douter, ce travail, tout comme en Europe, a un grand avenir devant lui. L’objet de cette entrevue était en réalité de réaliser une petite vidéo promotionnelle sur les interventions que j’ai effectué la semaine dernière auprès des élèves du primaire et du secondaire. Participer à une publicité est une expérience nouvelle pour moi et j’avoue n’avoir pas été très à l’aise sous le petit projecteur même si j’ai fait de mon mieux ; je n’ai pas encore vu le résultat ceci dit et l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, n’est-ce pas ? Peut-être même est-ce le début d’une carrière qui me mènera jusque devant les caméras des telenovelas que les mexicains affectionnent tant !

En fin de soirée. — Les plans pour ce que je nomme pompeusement l’expédition de Puerto Angel sur la côte pacifique de l’État de Oaxaca sont maintenant finalisés. D’ici trois jours nous repartirons d’abord pour Acapulco qui sera notre première escale. De là nous longerons l’océan en direction du sud jusque Puerto Escondido où nous devrions passer une nuit, le temps de trouver un moyen d’effectuer les quelques dizaines de kilomètres supplémentaires jusqu’à notre point de chute. Au lieu de Mazunte comme initialement prévu, le camp de base sera le pueblo de Zipolite appartenant à la municipalité de San Pedro Pochutla. Le voyage devrait donc nous prendre deux jours environ et nous espérons rester sur place six jours au minimum, plus si possible, afin d’avoir le temps suffisant d’explorer les alentours. En attendant je vais avoir deux jours de liberté à Cuernavaca ; je pense en profiter pour visiter à nouveau les points historiques centraux de la ville tout en me reposant le plus possible en prévision de l’aventure qui s’annonce.

Der. sem. juill. 2017. — Zipolite, Oaxaca. — Le voyage de l’État de Guerrero à l’État d’Oaxaca est une expérience en soi. En effet il n’existe qu’une seule route qui relie Acapulco à Puerto Escondido, la route 200, une simple double voie qui sinue à travers la nature luxuriante de ce coin du monde. Nous partons le matin du vendredi 21 juillet et le voyage par autobus de la compagnie AltaMar devrait normalement durer environ six heures. Cependant, moins d’une heure après notre départ et à peine sorti d’Acapulco, notre chauffeur s’arrête au bord de la route, au milieu de nulle part, afin, nous dit-il, de prendre le petit-déjeuner. Quelque peu surpris, nous descendons malgré tout et découvrons une sorte de petit restaurant en plein air. Nous prenons donc place autour de l’unique grande table et commandons quelques tacos. Du coin de l’œil, je vois soudain que notre chauffeur s’assied en charmante compagnie ; et je comprends alors que le prétexte de la collation lui sert surtout à passer un peu de temps avec sa petite amie qui l’attendait ici. Quel point de rendez-vous ! Mais je ne m’en plains pas, le lieu typiquement mexicain prodigue à ce repas délicieux et très peu cher un charme tout particulier. Nous reprendrons finalement la route vers notre destination après que le chauffeur ait passé de longues minutes dans les bras de sa belle afin de lui dire au revoir. Sur le chemin, nous croisons de nombreuses petites villes et villages séparés par d’immenses étendues de forêts qui, pour moi, ressemble plus à des jungles assez inhospitalières.

Soudain, passé le village de Juchitán, nous nous retrouvons à l’arrêt complet au niveau du village de Huechuetán. Peut-être un accident, pensons-nous ? Nous prenons notre mal en patience et tentons de voir ce qu’il peut bien se passer à l’avant. Mais la route tortueuse ne permet pas de voir au-delà de quelques centaines de mètres. Après plusieurs heures nous apprendrons finalement qu’un groupe de paysans d’El Sepudo proteste contre la répartition de certaines terres cultivables par le gouvernement de Guerrero. Mécontents, ils ont donc décidé de bloquer la voie au niveau du village de San Juan de los Llamos qui a la particularité d’être un croisement important de la route 200, entre les villes d’Acapulco, d’Ometepec et de Puerto Escondido. Cette action leur permet d’avoir ainsi un impact important puisque, évidemment, cela pose des contrariétés au niveau économique en terme de flux de personnes et de marchandises. Leurs velléités sont peut-être louable mais l’attente qui en résultera sera douloureusement longue ; il nous faudra environ sept heures pour parcourir moins de trois kilomètres. Malgré tout, j’aurai l’occasion d’observer une chose amusante. N’ayant rien de mieux à faire que de regarder par la fenêtre, je remarquais au bout d’un moment un jeune garçon dehors qui charriait différents objets et paquets, dans un sens puis dans l’autre et à chaque fois accompagné de personnes différentes. Je compris assez vite son petit manège. De nombreuses personnes en effet ont emprunté la route 200 à l’aide de taxis. Voyant le blocage, et sachant pertinemment que cela durerait des heures et des heures, ceux-ci abandonnaient leur transport pour effectuer la route à pied, se retrouver de l’autre côté du barrage et, de là, prendre un autre taxi pour continuer leur voyage. Or, parfois, ces personnes étaient encombrés de bagages et, s’il est concevable de marcher quelques kilomètres au soleil pour finalement arriver de l’autre côté et continuer sa route, cela peut devenir assez vite problématique si l’on est trop chargé. Je voyais depuis un moment en effet des gens passer sur la route lourdement chargés de sacs divers, souffrant et suants, mais certains que la peine valait le coût. Malin, notre jeune garçon y vit là une bonne façon de se faire un peu d’argent de poche. Aussi, à l’aide d’un brouette, il allait à la rencontre des voyageurs et proposait ses services ; sorte de bagagiste de fortune mais diablement efficace. Il eût ainsi du travail toute la journée et, à en juger par les innombrables aller et venues qu’il a effectué, dû rentrer chez lui les poches pleines de billets de banque, heureux d’avoir eu une si bonne idée. Malheureusement pour nous, quitter le bus de la sorte et utiliser ses services n’étaient pas possible ; prendre un taxi de là où nous étions aurait été exorbitant — en considérant qu’un taxi accepte de vouloir faire la route. Il nous fallut donc attendre huit heures du soir pour que le flux des voitures, camions et autres bus puissent reprendre un rythme normal. Nous continuâmes donc le trajet de nuit. Vers dix heures du soir, le chauffeur fît une halte dans un village dont je ne saurais jamais le nom pour que nous puissions nous restaurer dans une taquería du coin. Finalement nous arrivâmes à une heure et demi du matin à Puerto Escondido, avec près de huit heures et demi de retard. Sur ce fait, nous nous décidâmes à renoncer à trouver un hôtel, aussi modeste fût-il, et passâmes le reste de la nuit dans un bar à surfeur sur la plage de Zicatela à boire des bières autour d’un grand feu et au son de psytrance et de reggae électronique donné par un Disc Jockey qui, certainement, ne devait plus se sentir sur Terre depuis plusieurs heures déjà. Oui, me disais-je alors, le voyage a été difficile pour en arriver là mais, réellement, juste pour le souvenir de cette nuit, cela en avait vraiment valu la peine.

Au petit matin, nous sommes remontés vers l’artère centrale du sud de la ville, juste au-dessus de la plage, pour prendre un transport en commun en direction de San Pedro Pochutla, à environ cinquante kilomètres de là. Le voyage nous coûtera seulement 50 pesos par personne. De Pochutla, nous avons trouvé un moyen économique de rallier Zipolite. Il existe en effet un service de transport des plus rustiques pour les habitants du coin ; pour quelques pesos, des sortes de petits camions à bétails réaménagés font un tour en déservant respectivement Mazunte, Zipolite et Puerto Angel — ainsi que d’innombrables petits lieux perdus en pleines forêts dont seuls les habitants du coin connaissent le nom — pour finalement revenir à son point de départ. Ainsi, après avoir été trimballés sur la route tortueuse qui arpente les collines environnantes, nous avons été littéralement « déchargés » devant l’avenida Roca Blanca de Zipolite — nom pompeux pour la rue centrale et touristique du village. Remontant la rue vers le nord, il nous fallut bifurquer vers la plage et aller au bout de celle-ci pour atteindre notre destination finale, à savoir Lo Cósmico.

[Récit à terminer]

Jeu. 3 août 2017. — Acapulco, Guerrero. — Le retour à la civilisation est un peu difficile. Cela faut deux jours que nous sommes de retour à Acapulco et je n’arrive toujours pas à me défaire de l’esprit tranquille que nous avons trouvé et adopté à Zipolite. C’est étrange d’observer les différences importantes entre ces deux endroits, à la fois en terme de gastronomie, de manière d’être, de façon de parler, et plus généralement au niveau de la culture et même de la nature elle-même. Il n’y a pourtant que quelques centaines de kilomètres qui les séparent mais j’ai l’impression d’avoir changé de pays. C’est d’ailleurs l’un des grands intérêts du Mexique où chaque région, chaque État dispose de son propre peuple, de ses propres coutumes, de sa propre philosophie. L’on sent bien ici que plusieurs civilisations ont été réunies autour d’un même gouvernement et d’un unique territoire par les espagnols, et cela perdure profondément encore jusqu’à aujourd’hui. Je n’ose imaginer le temps que prendrai le fait de vouloir apprécier chacune des milliers de merveilles qu’a à offrir le seul Mexique ; il faudrait certainement plus d’une vie. Et si l’on souhaite voir plus grand, toute l’Amérique Latine prendrait à n’en pas douter plusieurs générations.

Dim. 6 août 2017. — Pourquoi faut-il toujours se lever tôt lorsque l’on voyage ? Aujourd’hui marque le retour à Cuernavaca. Cette petite semaine passée à Acapulco aura été des plus agréables. Je n’ai pas fait grand chose sinon simplement profiter des atouts disponibles autour du boulevard de las Naciones au sud de la ville ; c’est-à-dire plonger dans la piscine du condominium Marina Diamante entre deux Corona Extra agrémentées de sel et de citron — ainsi que cela se boit ici —, manger des tacos al pastor dans la très réputée chaîne de taquería Los Tarascos, ou encore passer de très bonnes soirées dans les restaurants à thème du coin. J’ai pourtant toujours en moi le flot doux et détendu de Zipolite et je rêve chaque jour d’y retourner, retrouver ses petites plages, ses petites rues pleines d’une vie tranquille où il semble que demain n’arrivera jamais et sa nonchalance reposante. J’espère garder cet esprit présent dans ma mémoire aussi longtemps que possible.

Vendr. 11 août 2017. — Cuernavaca, Morelos. — Cette semaine est passée diablement vite. Je n’ai remarqué que cet après-midi que nous étions déjà vendredi. Je n’ai littéralement rien fait à part louvoyer dans le grand appartement où je réside et à profiter des bienfaits que nous procurent le confort moderne — c’est-à-dire en substance pouvoir prendre des douches chaudes, naviguer sur internet à la vitesse d’1 Mo/s et aller au cinéma. Malgré tout — oui, je vais encore en parler mais cela me hante — la vie à Zipolite me manque terriblement. Je crois que je n’arrive pas vraiment à me remettre du temps passé là-bas. Je sens que j’ai approché ce que je recherche depuis très longtemps, une existence un peu sauvage et vraiment proche de la nature, loin des soucis qui me paraissent superficiels et des contraintes de ma vie de tous les jours. Oh, je ne me dupe pas pour autant ; je sais parfaitement que la vie sur cette plage n’est pas des plus simples et que, même si cela s’en approche grandement, ça n’est pas le paradis. Et pourtant, j’ai le sentiment que, pour moi tout du moins, les inconvénients et les déboires possibles que l’on peut vivre là-bas sont très largement compensés par la tranquillité et l’état d’esprit que procure cette vie un peu en retrait du monde. J’ai songé à plusieurs reprises qu’il me suffirait de gagner de l’argent en France pendant un peu moins d’un an pour pouvoir y revenir et y vivre confortablement sans trop me soucier du lendemain pendant peut-être au moins deux ans, voir plus si je fais attention ou si je trouve une manière de gagner ma vie là-bas. Peut-être en prenant le travail de serveur dont Antonio m’a parlé juste avant mon départ ? Je voudrais avoir le courage de réaliser ce doux rêve. Juste simplement essayer. Pour voir. Pour vivre.

Sam. 12 août 2017. — Nous avons passé aujourd’hui entre amis et en famille la journée à la ex hacienda de Temixco, un centre aquatique se trouvant au sein de la ville de Temixco, près de Cuernavaca — celle-là même où j’étais venu à un anniversaire le mois dernier. Point d’aventures dangereuses cette fois-ci car nous sommes restés dans la partie touristique de la ville au sens où beaucoup de gens de l’extérieur viennent pour profiter de cet endroit placé le long de l’avenue principale auprès des arrêts de bus du centre-ville. Le lieu est vraiment grand et contient de nombreuses piscines à thèmes — île de pirates, tropicale, etc. — mais aussi un rio, sorte de piscine circulaire avec des vagues, ainsi que de nombreux toboggans pour tous les âges. Des espaces de pique-nique sont aménagés, avec même des barbecues mis à disposition, des petits restaurants ainsi que des bars. Nous avons donc passé la majeure partie du temps à faire les grands enfants tout en nous relaxant sur l’herbe à l’ombre de palmiers en sirotant des micheladas. Je discutais d’ailleurs hier soir de cette boisson typiquement mexicaine avec les amies du canal #nanowrimo-france sur le serveur EpiKnet. La michelada est une préparation à base de bière blonde ou brune — clara ou oscura comme on dit ici — à laquelle on rajoute du jus de citron, du sel, de la sauce Maggi et de la sauce anglaise. Le bord du verre est quant à lui enduit de Chamoy qui est une sauce typiquement mexicaine faîte à partir de fruits marinés et pimentés. Ce mélange — surtout avec les sauces anglaise et Maggi — peut paraître étrange mais en réalité cela apporte une saveur toute particulière à la bière et l’on en devient assez vite friand. Mais ce n’est pas tout ; la michelada peut aussi être servie mélangée avec du Clamato, boisson à base de jus de tomate reconstitué aromatisée aux épices et au bouillon de palourdes — très connue en Amérique du Nord et servant surtout pour les mélanges alcoolisées. Oui, l’on peut en conscience se demander ce que vient faire le bouillon de palourdes dans la recette mais il se trouve que cela fonctionne à merveille !

Un peu plus tard. — En rentrant à la maison en fin de journée, j’ai vu que Lhisbei a publié sur le blog du Répertoire de la Science-Fiction le second billet récapitulatif — la deuxième escale — dans le cadre du concours Summer Star Wars Rogue One auquel je participe cet été — cela comme chaque année. Je pensais que ce billet viendrait la semaine prochaine et que j’aurai ainsi assez de temps pour rédiger les six chroniques que j’ai en souffrance. Tant pis, elles apparaîtront à la prochaine escale. Mais en attendant, je m’en vais manger quelques rebanas de pizzas, sûrement arrosées de cerveza clara, à La Fontana Pizza du centre de Cuernavaca.

Mar. 15 août 2017. — Un de mes problèmes récurrents au Mexique est la prise de poids. Cela est lié à trois facteurs combinés. Le premier est que la nourriture est bonne et que l’on a envie d’en manger plus et souvent. Le second vient du fait que l’on mange ici à n’importe quelle heure de la journée. Certes, les trois repas principaux sont respectés, avec une dominance pour le déjeuner qui, culturellement, se prend entre une heure et quatre heures de l’après-midi, mais il est coutumier des mexicains de manger aussi entre les repas pour calmer une petite faim, ou simplement pour le plaisir de manger, cela en achetant par exemple de la nourriture aux nombreux vendeurs qui arpentent les rues ici. De plus la moindre sortie devient une excuse pour grignoter un petit quelque chose. La troisième raison est que la nourriture est souvent très grasse. Les plats ne sont pourtant pas par nature riches en eux-mêmes car beaucoup sont constitués de maïs, de tomate et d’oignon auxquels on rajoutera divers légumes et herbes, mais aussi du riz, des pommes de terre, du poisson ou de la viande. Sur cette base, l’on pourrait donc s’attendre à une nourriture équilibrée et relativement saine. Seulement au Mexique il y a cette très mauvaise habitude de tout cuisiner dans l’huile. Et je ne parle pas ici d’une huile d’olive riche en oméga 3 à peine chauffée mais bien de cette huile à friture recomposée de mauvaise qualité et très peu couteuse. Ainsi la plupart des viandes, même les moins grasses, sont cuisinées avec ce genre d’huile. Tous les tacos, tamales, enchiladas, etc., que l’on trouvera chez les vendeurs ambulants ou dans les restaurants économiques auront vu passer cette huile. Encore les caldos, sortes de bouillon qui peuvent être par exemple de poule ou de crevettes, en contiennent aussi en quantité non négligeable. Les exemples de ce type sont innombrables. L’huile se retrouve vraiment partout, même là où je ne m’y attendais pas forcément ; par exemple même les salsas pimentées qui assaisonnent à l’envie les plats, et qui sont faites uniquement de légumes, n’y échappent pas car, après préparation, elles sont cuites à l’huile dans une casserole afin de leur donner plus de saveur. L’on en arrive alors à avoir des proportions calorifiques parfois délirantes pour des plats qui devraient pourtant être normalement parfaitement sains.

Ma dernière découverte sur ce sujet concerne les fameux tacos de canasta. Littéralement cela signifie tacos de panier. Ils portent ce nom simplement parce que les vendeurs ambulants les transportent dans un panier, généralement en osier. Ce type de tacos fait maison se trouvent partout et sont assez simples, à savoir qu’il s’agit typiquement d’un seul ingrédient que l’on enrobera dans une tortilla de maïs. Ils sont très économiques, les meilleurs coins en proposant cinq pour dix pesos, soit environ cinquante cents. De ce fait, ils contiennent rarement de la viande, car trop chère, et sont ainsi très souvent végétariens. Les vendeurs ont donc généralement un large choix de ces tacos qui peuvent être au mole — une sauce épaisse à base de cacao et de cacahuète —, aux riz, aux pommes de terre, etc. Voilà, me disais-je, quelque chose de peu cher et loin d’être gras ; du riz certainement cuit à l’eau et peut-être assaisonné de quelques herbes, des pommes de terre cuites aussi à l’eau, ou cette sauce typiquement aztèque, le tout pris dans une simple galette de maïs, tout ceci ne peut pas être mauvais, n’est-ce pas ? Évidemment je me trompais dans les grandes largeurs. L’on m’a en effet expliqué hier soir que ces innocents tacos sont en réalité plus gras qu’une pizza de chez n’importe quel fast-food. Tout d’abord il faut comprendre que les tacos étant fait maison et transportés dans ce panier doivent être protégés par un linge pour garder la chaleur et l’humidité. Et pour être sûr qu’ils ne sèchent pas, chaque tacos est recouvert d’une fine pellicule d’huile. Cette même huile qui a été utilisée pour cuire le riz — cela donne de la saveur et évite aussi que le riz sèche —, les pommes de terre — idem —, et même cette fameuse sauce, uniquement composée d’ingrédients sains, a été cuite dans l’huile pour, oui, lui donner de la saveur. Ensuite, le tacos confectionné ainsi est lui-même réchauffé quelques secondes dans l’huile avant d’être déposé dans le panier. Sans parler du fait que, puisse qu’ils sont économiques, ils ne doivent pas coûter cher à faire ; dès lors hors de question d’utiliser de l’huile propre chaque jour, elle sera filtrée et réutilisée autant de fois que possible, voir plus encore. Enfin n’oublions pas que les tacos se mangent avec de la salsa piquante qui, rappelons-le, a aussi été cuite dans le même genre d’huile. Étrangement cette abondance de gras ne paraît pas trop au goût et il se trouve que les tacos de canasta sont généralement très bons. C’est réellement une chose à goûter lorsque l’on est au Mexique. Par contre, effectivement, il faut absolument éviter d’en abuser si l’on tient à sa santé et à sa ligne.

Dans la nuit. — Je suis allé en début de soirée au village de Santa Maria, à quelques kilomètres au nord de Cuernavaca, afin de profiter du premier jour de la feria qui s’y tient chaque année à partir du 15 août. L’objet, bien sûr, est de fêter l’Assomption de Marie, ce jour si important chez les chrétiens catholiques et orthodoxes, le Dormition, tel qu’instauré depuis le VIe siècle sous l’empereur byzantin Maurice. Au long des rues autour de l’église ont été disposés de nombreux stands qui fournissent nourriture en tout genre — tacos, helotes, helados, pan de ferias, dulces, etc. —, des attractions pour petits et grands, ainsi que de petits vendeurs d’artisanat local. A aussi été montée une grande scène sur laquelle se produit un groupe de banda qui égaye la soirée et fait danser les passants. Les rues et la place centrale de l’église sont littéralement noires de monde. La feria de Santa Maria est très courue dans la région et l’on s’y presse sans ménagement en famille et entre amis. Dans l’après-midi, sur le parvis de l’église et en face de la scène, a été construit ce que l’on nomme un castillo qui est une grande structure métallique sur laquelle a été disposé des feux d’artifice sur des girouettes. Après la tombée de la nuit, vers neuf heures du soir, les feux sont tirés au son de la musique du groupe qui se démène alors pour jouer aussi fort qu’ils le peuvent en rythme avec ce spectacle à la gloire de la Vierge. Ce sera le clou de la soirée et le début des festivités qui dureront, si j’ai bien compris, jusqu’à dimanche où se déroulera une messe spéciale en l’honneur de Marie. J’aime beaucoup ce type de fête de village qui nous plonge littéralement et sans fioriture dans le Mexique le plus typique et vrai qu’il puisse être donné d’apprécier.

Sam. 19 août 2017. — Cuautla. — Hier en milieu d’après-midi, nous avons pris un bus pour venir dans la seconde ville la plus grande de l’État de Morelos, Cuautla, qui compte dans sa zone métropolitaine près d’un demi-million d’habitants. C’est un haut lieu de l’histoire moderne du Mexique puisqu’elle a été à la fois le théâtre de batailles importantes menées par le général José María Morelos lors de la guerre d’indépendance, ainsi que lors de la Révolution mexicaine où elle fut la première ville conquise par les forces paysannes dirigées par Emiliano Zapata. D’ailleurs les restes de ce dernier ont été ramenés ici à sa mort, qui est fêtée avec grand respect chaque 10 avril depuis 1912. Et je ne présente là que quelques faits marquants pour poser le cadre. En réalité son patrimoine est si riche que la ville est nommée la Heroica e Histórica Cuautla — ce qui sous-entend clairement son importance. Malheureusement je ne vais pas avoir l’occasion de visiter les différents monuments que l’on peut trouver un peu partout ici car je n’y reste que pour quelques heures. Comme l’an dernier à la même date, je suis venu participer à l’anniversaire d’une amie, Dulce. J’ai donc passé avec joie la fin de journée ainsi que la soirée avec elle et son mari, Ramón, qui nous ont réservé un accueil des plus sincères et des plus chaleureux. Je n’ai que peu d’amis chers au Mexique et je regrette de ne pas pouvoir passer au moins quelques jours en leur compagnie. Chaque visite est trop courte mais me laisse pourtant un souvenir indélébile ; la bienséance (pour ne pas dire la honte) m’empêche de conter dans le détail la soirée de l’an dernier qui fut des plus mémorables, pour dire le moins. Bien que moins arrosée cette fois-ci — peut-être tant mieux, devrais-je dire — j’ai passé un excellent moment à rire et à me divertir, à partager anecdotes, souvenirs et projets de vie en leur charmante présence.

Il est maintenant deux heures et demi du matin passé et je n’arrive pas à trouver le sommeil, je ne sais pourquoi. Cela fait plusieurs jours que cela dure, comme un cycle d’insomnie qui reprendrait sans pourtant de véritables raisons. Qu’à cela ne tienne je vais en profiter pour continuer un des ouvrages que je suis en train de lire en ce moment en m’efforcant d’en choisir un qui soit peu captivant ; avec de la chance il m’aidera à vouloir dormir, ou tout du moins m’anesthésiera suffisamment pour que je puisse ne rien vouloir d’autre que me reposer. Nous devons repartir dès demain matin pour la capitale de l’État et j’aimerais être le plus en forme possible car un autre anniversaire nous attend.

Quelques minutes plus tard. — J’allais presque oublier ; avant de nous emmener chez eux, Ramón a souhaité faire un arrêt dans une taquería afin de nous faire découvrir une spécialité du coin nommée bariqueso. Il s’agit de différentes sortes de viandes coupées en dés et cuites à la poêle que l’on vient ensuite déposer dans une autre poêle dont le fond aura été recouvert d’une couche uniforme de fromage. L’on fait alors chauffer ce fromage sur un feu assez vif de sorte qu’il forme une croûte au-dessous et qu’il soit fondant au-dessus, c’est-à-dire du côté de la viande. Lorsque la cuisson est satisfaisante, l’on vient replier le tout à la manière d’une calzone ; la bariqueso y ressemble beaucoup à ceci près qu’il n’y a donc pas de pâte. Ce plat pourra se manger tel quel à l’aide d’un couteau et d’une fourchette mais il est beaucoup mieux d’en couper des tranches que l’on placera dans une tortilla de blé avant d’y rajouter un trait de salsa verde bien piquante. Je sais, je parlais de problèmes de poids il y a à peine quelques jours mais, d’une part, il est toujours mal venu de refuser une invitation — n’est-ce pas ? — et, surtout, c’est tout simplement délicieux.

Lun. 21 août 2017. — Cuernavaca. — Il s’est déroulé aujourd’hui un évènement important en Amérique du Nord et qui a été largement médiatisé à travers le monde ; à savoir la fameuse éclipse solaire. Celle-ci a traversé de part en part, d’ouest en est, le sol des États-Unis d’Amérique. L’éclipse a été partielle au nord du Mexique et il a été possible d’en voir les effets depuis l’État de Morelos. Elle a atteint ici son point maximum à exactement 13 heures 21 minutes pour une couverture du soleil à hauteur de 25 %. L’effet a donc été relativement léger, de mon point de vue en tout cas car j’ai un souvenir assez prégnant de l’éclipse partielle qui a touché le Liban de manière beaucoup plus importante au mois d’août 1999. L’éclipse a été très suivie ici mais n’a pourtant pas grandement bouleversé la vie tumultueuse du centre de Cuernavaca. L’information qui a surtout été retenue est l’entrée en activité du Popocatépetl quelques minutes avant l’éclipse. Ce volcan, qui se trouve dans l’État de Puebla, est parfaitement visible depuis les collines environnantes et fait parti de la vie quotidienne des habitants depuis l’aube des temps. Il est intéressant de noter que le « rugissement » du Popocatépetl libérant plus de trois kilomètres de cendres et de fumée en direction de l’ouest coïncidant avec l’éclipse n’a pas l’air de surprendre outre mesure les quelques personnes avec qui j’ai pu en discuter. Doit-on y voir quelques réminiscences de vieilles croyances où la « montagne qui fume » prévient à sa manière la disparition prochaine du dieu Soleil ? Sorte d’avertissement des forces prodigieuses qui gouvernent notre monde ? Dans tous les cas ces deux évènements combinés ont une particulière saveur dans ce coin de pays encore bercé non seulement par les mythes ancestraux des aztèques mais aussi par des légendes modernes ; notamment une, celle d’El Tiempero que je souhaite retranscrire ici.

Il y a cela de très nombreuses années, un jeune garçon du village de Santiago Xalitzintla bordant les flancs du Popocatépetl décida de partir faire une promenade sur l’un de ses versants. Après plusieurs heures de marche en direction du cratère, lui apparu un très vieil homme qu’il n’avait jamais vu et qui lui dit s’appeler Gregorio Chino Popocatépetl. Il lui parla longuement et lui expliqua qu’il était la personnification en chair et en os de l’esprit millénaire du volcan. Il ajouta que par cette rencontre il avait fait du jeune homme El Tiempero, sorte de gardien du Temps, et qu’il se présenterai à nouveau à lui, et uniquement à lui, soit dans ses rêves ou soit lorsqu’il reviendrai se promener sur le volcan. Son but, en apparaissant ainsi, sera de prévenir d’une prochaine éruption ou simplement de rassurer les villageois au cas où il ne cracherait qu’un peu de fumée sans pour autant se réveiller complètement. Le jeune garçon revint alors à Xalitzintla pour raconter son étrange tête-à-tête. Par la suite les habitants se référèrent à l’esprit en utilisant le diminutif de Gregorio qui en espagnol est « Goyo ». Ce nom se généralisa bientôt aux villages alentours et, plus tard, se répendit dans tout le Mexique. C’est la raison pour laquelle les mexicains nomment affectueusement et respectueusement leur volcan « Don Goyo ». El Tiempero a donc cette faculté unique de pouvoir communiquer avec le Popocatépetl et, aujourd’hui, le détenteur de ce titre qu’il porte avec fierté est Antonio Anulco Sevilla, seul à pouvoir parler à l’esprit. De plus, les habitants du village de Xalitzintla décidèrent de célébrer le volcan chaque 12 mars, le jour de la saint Grégoire, par des chants, des danses et diverses offrandes afin de le remercier et de le garder heureux, tentant d’éviter ainsi une colère qui aurait tôt fait de leur être dramatique.

Cette histoire ne fait pas cependant qu’enrichir un peu plus le patrimoine folklorique de la région. En effet de nombreux habitants des villages alentours croient fermement en la capacité surnaturelle d’El Tiempero à pouvoir communiquer avec le volcan, sa renommée ayant été de plus largement augmentée par des couvertures dans les journaux nationaux. Ils sont ainsi persuadés que lui seul pourra les prévenir d’un désastre futur, cela au grand dam des autorités locales et nationales qui surveillent constamment le volcan dans un but de sécurité publique. La question est d’ailleurs suffisamment prise aux sérieux pour que, régulièrement, des communiqués soient fait dans ces villages rappelant l’importance de rester attentif aux alertes que pourraient faire le gouvernement. Et ce n’est pas là un exemple isolé. Il n’échappera pas en effet au voyageur s’aventurant en dehors des grands centres urbains que de nombreuses croyances mystiques de ce type existent et marquent encore profondément tout le Mexique. Plus que de simples histoires que l’on se raconte sous couvert de gentille superstition, ce sont bien de véritables convictions qu’il serait bien mal habile de tenter de raisonner, à moins de passer pour une personne irrespectueuse au possible. Et c’est là, je crois, un des éléments clés pour comprendre ce pays mais qui malheureusement est compliqué à appréhender et plus encore à expliquer clairement. En effet il est assez difficile pour un européen né dans le scepticisme et la rationalité la plus cartésienne de se représenter cette réalité qui fait cohabiter à niveau égal dernière technologie et esprit tellurique, où toute sorte de divinités et d’être fabuleux préhispaniques mêlés de catholicisme continuent d’avoir un impact prépondérant dans la vie quotidienne. Il est évident que je suis loin encore d’avoir saisi ne serait-ce que les subtilités les plus élémentaires de la culture et des croyances mexicaines. C’est pourquoi je continue à garder une oreille attentive à ces récits que l’on me raconte parfois, mettant de côté mes propres certitudes aussi sérieuses et probantes soit-elles, afin de tenter de m’immerger complètement dans ce réel si différent du mien.

Mar. 29 août 2017. — J’ai entamé hier ma dernière semaine au Mexique, le retour étant prévu pour lundi prochain. J’ai profité de ces derniers jours pour m’immerger dans la vie quotidienne qui s’écoule doucement au rythme des repas et des sorties entre amis. J’ai eu de plus l’occasion samedi dernier de participer à un tres años, c’est-à-dire à l’anniversaire d’une petite fille fêtant ses trois ans. J’avais déjà évoqué le quinceañero qui consacre le passage de jeune fille à femme. L’anniversaire des trois ans quant à lui se fait autant pour les filles que pour les garçons et permet à la famille de présenter officiellement l’enfant à la société. C’est donc un moment important. Pour cette raison, le rituel veut qu’une petite messe regroupant les parents proches soit célébrées en début de journée avant de recevoir la famille élargie et les amis autour de divers plats et animations. Bien sûr des cadeaux sont offerts à l’enfant qui soufflera ses bougies sur un immense gâteau qu’on présentera devant ses yeux écarquillés. Mais le clou de la fête reste la piñata. Il est ici question de cette fameuse structure en carton et papier mâché qui peut prendre diverses formes, la traditionnelle étant l’étoile à sept branches. Cette coutume, connue pour être centrale au Mexique, est en fait originaire de Chine. Elle fût apparemment ramenée par Marco Polo en Italie, a été adoptée en Espagne avant d’être utilisée comme moyen d’évangélisation en Amérique latine, surtout au moment de Noël. Ainsi les sept pointes de l’étoile représentent les sept péchés capitaux et les couleurs chatoyantes symbolisent la tentation. En la frappant, l’on démontre alors sa volonté de lutter vertueusement contre ces maux. Aujourd’hui elles sont toujours utilisées dans leur forme première mais aussi, notamment pour les anniversaires, elles sont confectionnées sous la forme de personnages divers et variés — allant de Bob l’éponge à Superman, en passant par la Princesse Sofia. Le moment venu, l’on place l’enfant au centre du groupe en dessous de la piñata suspendue et, armé d’un bâton, il frappe de toutes ses forces au rythme d’une chanson que tout le monde entonne avec joie — dale, dale, dale, no pierdas el tino porque si lo pierdes, pierdes el camino ; ya le diste una, ya les diste dos, ya le diste tres, y tu tiempo se acabó, ¡se acabó! Lorsque la comptine est terminée, c’est au tour d’un autre enfant de l’assistance de prendre le relai. Au final, et après plusieurs reprises de la chanson, la piñata se rompt et libère une pluie de bonbons qu’elle renfermait en son sein. Tous les enfants présents bien sûr se ruent alors pour les ramasser. Mais, et cela à ma plus grande surprise, les adultes n’hésitent pas à se précipiter pour essayer d’en avoir aussi ! La fin de journée s’est finalement terminée entre adultes autour de bières à la mexicaine, c’est-à-dire con limon y sal, ainsi que de quelques verres de tequila et, comme partout ailleurs, en refaisant le monde.

Mercr. 30 août 2017. — Il y a, évidemment, de nombreux supermarchés à Cuernavaca. Dans le centre, deux enseignes sont disponibles, à savoir la Comercial Mexicana et la Bodega Aurrerá. La seconde étant sur le créneau du discount, j’y fait plus volontiers mes courses. Il existe aussi bien sûr un Walmart mais celui-ci est beaucoup plus loin, en plus d’être plus cher. L’on m’a souvent fait remarqué que, si c’est le côté économique que je recherche, je devrais mieux aller faire mes achats au mercado du centre. Comme son nom l’indique, c’est un marché mais, à la différence de la France, tout y est moins cher qu’en supermarché. Au contraire de la France aussi, le mercado est ouvert du matin au soir, tous les jours de la semaine sur toute l’année. En fait de marché, cela ressemble beaucoup plus à un bazar ou à un souk comme on peut les trouver au Moyen-Orient.

L’histoire de ce marché est très ancienne. Au cours du XIXe siècle, il se tenait à ciel ouvert sur l’antique Plaza Morelos en face du Palacio de Cortés et se nommait officiellement alors mercado Colón mais les habitants continuaient de l’appeler tianguis ou tianquiztli — signifiant simplement marché en nahuatl. Au cours du XXe siècle, il y eut de nombreux projets visant à déplacer ce marché. En 1909 le gouverneur Don Pablo Escandón le centra du côté de ce qui est connu aujourd’hui comme étant la Plaza Lido. Quelques années plus tard, il fût déloger vers la Plaza Cuernavaca qui venait à peine d’être construite, et devint le mercado Juárez. Seulement la ville de Cuernavaca vit sa population augmenter grandement, à tel point qu’un nouveau projet de marché dû être mis en œuvre. C’est ainsi qu’en 1964 fut inauguré le mercado Adolfo López Mateos, place actuelle du marché.

Il est constitué de quatre immenses dômes recouvrant dix mille huit cent mètres carrés de surface, découpés en plusieurs zones sur plusieurs niveaux que l’on franchit par quelques volées de marches. Véritable petit village dans la ville, l’on y ère au sein de petits passages larges seulement d’un mètre ou deux. L’on y trouve littéralement des milliers de commerçants dont les échoppes, collées les unes aux autres, ne font souvent pas plus de trois mètres carrés mais qui peuvent facilement s’élever par des structures en bois ou en métal à quatre mètres de haut afin d’y garder le stock. C’est un amoncellement de maraîchers, de bouchers, de crèmeries, de vendeurs de fleurs, d’épices, de croquettes pour animaux de compagnie, mais encore de produits pour la maison, d’électroménagers, de fournitures scolaires, de vêtements, et de milliers de produits encore en tout genre. C’est donc bien plus qu’un simple marché comme on peut l’avoir en France par exemple mais bien un endroit où il est possible d’acheter tout ce dont on pourrait avoir besoin — au même titre qu’un supermarché. Mais pas seulement car, entre deux vendeurs de chaussures, l’on y trouve aussi des taquerias, des tortillerias, des centres de manucure, de massage et encore même des coiffeurs ! Par surcroît, les prix sont rarement affichés ce qui ouvre de grandes possibilités de négociation. L’on s’en doute aussi, l’étroitesse des ruelles fait qu’il est difficile d’y manœuvrer, de s’y repérer, amenant le néophyte à s’y perdre sans difficultés. C’est donc une véritable fourmilière où il est clairement difficile de se repérer — en tout cas les premiers temps —, tout cela sans même parler du bruit. S’y aventurer en semaine est un exercice en soi mais le week-end, cela devient presque éprouvant. En effet, c’est le moment où les gens ont suffisamment de temps libre pour faire leur propre course, rendant le mercado pratiquement impraticable du fait de la congestion qui s’y créé. Malgré tout cela, c’est un endroit vraiment magique et pleins de surprises. Évidemment il y a de nombreux produits que je ne connais pas ; autant du côté des fruits exotiques que de préparations vendues pour faire des mets qui me sont encore inconnus. Nous sommes pris par les odeurs des épices qui se mêlent à celles des vendeurs de café et d’infusions de toute sorte. Je n’hésite plus ainsi à m’y aventurer de longues heures, me reposant parfois sur un banc improvisé afin d’y déguster quelques tacos ou quelques fruits que j’achète sur place.

Je ne vais donc plus dans les grands supermarchés sauf pour de rares produits. Non pas qu’ils n’existent pas dans le mercado, simplement je n’ai pas encore trouvé où ils sont vendus. Comme dit, cela fait déjà plusieurs jours que j’y vais et je m’y repère de mieux en mieux, mais clairement il me reste encore de nombreuses choses à y découvrir. Surtout ce que j’apprécie c’est sentir le tumulte de la vie telle que peuvent la vivre la majorité des habitants de Cuernavaca, m’y plonger sans ménagement et croire, l’espace de quelques heures, que je fais pleinement parti de cet univers.

Vendr. 1 sept. 2017. — J’ai pu récupérer quelques recettes de salsa. En réalité, et sauf exception, il s’agit toujours plus ou moins des mêmes ingrédients mais qui sont préparés et cuisinés de manière différente selon le résultat et le goût attendu. Je vais en retranscrire quatre ici. La première est plus naturelle si l’on peut dire, a une apparence plus granuleuse et la saveur des légumes à l’état brut est bien présente. La seconde est complètement liquide avec une saveur particulière due à la cuisson. Ces deux-là s’utilisent généralement comme accompagnement pour les tacos. Il faut noter ici que la plus grande différence entre elles réside dans la préparation. Soit les ingrédients sont fris ou grillés, mais il est possible aussi de simplement les mixer sans autre forme de préparation ou bien encore de faire bouillir le mélange résultant dans une poêle. Dans chacun de ces quatre cas, le goût final de la sauce mais aussi sa texture seront très différents alors que nous utilisons pourtant exactement les mêmes ingrédients. La troisième recette quant à elle ressemble plus à une potée de légumes mais s’utilise tout de même en accompagnement d’un plat. La dernière enfin est beaucoup plus concentrée et s’utilise tant pour faire la cuisine que pour agrémenter un plat lors du repas — c’est en réalité une huile pimentée. Notons tout d’abord que le nombre de piments ainsi que l’espèce utilisée dépend du goût de chacun, fonction du degré de piquant et de la saveur que l’on recherche ; il ne faut donc pas hésiter à utiliser celui de son choix évidemment. Il faut savoir de plus que le piquant se trouve surtout dans la veine centrale et dans les graines ; ils peuvent donc être retirer si l’on souhaite que le piment soit moins fort. De la même manière, on peut varier la proportion des tomates ou de l’oignon selon le résultat que l’on recherche. Enfin, nous verrons que c’est généralement toujours la même base c’est-à-dire des tomates, des piments, de l’oignon et de l’ail ; les ingrédients supplémentaires servant surtout à modifier la saveur du résultat final.

Salsa verde asada

Ingrédients. — 12 petites tomates vertes ; 4 piments manzano frais ; 2 gousses d’ail ; 2 branches de coriandre ; 1 oignon (optionnel) ; sel.

Préparation. — Mettre les tomates et les piments dans une poêle sur feu moyen. Les faire tourner de temps à autre afin qu’ils ne brûlent pas mais de sorte qu’ils soient grillés. Dans le même temps, effeuiller le coriandre, le couper grossièrement et le mettre dans un mixeur avec l’ail et une pincée de sel. Quand ils sont prêts, rajouter les tomates et les piments dans le mixeur ainsi qu’un fond de verre d’eau. Mixer jusqu’à ce que le mélange forme une sauce homogène. Laisser refroidir avant de servir en accompagnement.

Salsa verde frita

Ingrédients. — 12 petites tomates vertes ; 2 piments habanero frais ; 1 gousse d’ail ; 1 demi oignon ; 2 branches de coriandre ; huile végétale ; sel.

Préparation. — Dans une casserole, faire chauffer un fond d’huile végétale — le niveau d’huile sera au goût de chacun mais il en faut suffisamment tout de même pour que les légumes puissent frire. Découper grossièrement les tomates ainsi que le demi oignon et les déposer avec les piments dans la casserole. Remuer régulièrement jusqu’à ce que les tomates prennent une tinte jaune. Une fois prêt, verser le tout dans un mixeur en y rajoutant l’ail, le coriandre et une pointe de sel. Mixer jusqu’à obtenir une sauce homogène. Laisser aussi refroidir avant de servir en accompagnement.

Salsa mexicana

Ingrédients. — 5 tomates rouges ; 3 piments manzano frais ; 10 piments serrano frais ; 2 gousses d’ail ; 1 oignon ; huile végétale ; un cube de Knorr.

Préparation. — Découper finement les tomates et les piments ; hacher l’ail et l’oignon. Mélanger le tout. Faire chauffer un fond d’huile végétale dans une poêle. Une fois chaude, y déposer le mélange. Remuer régulièrement jusqu’à cuisson complète. Il est possible d’utiliser cette sauce comme base en y rajoutant par exemple de la viande hachée. Elle peut être aussi utilisée froide ou chaude comme simple accompagnement d’un autre plat.

Salsa de chile de árbol en aceite y semillas

Ingrédients. — 50 grammes de piments de árbol séchés ; 1 tasse d’huile ; 1 gousse d’ail ; 2 cuillères à soupe de graines de sésame ; 2 cuillères à soupe de cacahuètes ; 1 cuillère à soupe de graines de lin ; 1 cuillère à soupe de graines de citrouille.

Préparation. — Faire chauffer une poêle à feu doux. Y déposer l’huile et rajouter les piments. Les remuer de temps en temps jusqu’à ce qu’ils soient dorés. Bien vérifier le feu tout au long du processus afin qu’il reste doux de sorte de ne pas brûler les piments. Mettre la gousse d’ail et la laisser dorer à son tour. Pendant ce temps toaster rapidement à feu très doux les différentes graines en les remuant constamment. De la même manière, elles doivent être juste dorées et ne pas brûler. Lorsqu’ils sont croustillants, retirer les piments et l’ail de la poêle à l’aide d’une spatule et les placer dans un mortier. Les écraser jusqu’à ce qu’aucun gros morceau ne reste. Quand le résultat est satisfaisant, verser peu à peu l’huile dans le mortier où se trouvent les piments tout en mélangeant lentement. Rajouter finalement les graines et mélanger de nouveau jusqu’à obtention d’un résultat homogène. Cette sauce peut être utilisée comme base de cuisson pour d’autres plats ou comme accompagnement. Son grand intérêt est qu’elle peut se conserver jusqu’à un mois et demi dans un bocal au réfrigérateur.

Lun. 4 sept. 2017. — Quelque part au-dessus du Bassin du Mexique. — Sur la carte qui s’affiche sur mon pupitre je peux voir que nous sommes actuellement au large de la ville côtière de Corpus Christi qui fut frappée de plein fouet par l’ouragan Harvey, celui-là même qui a ravagé le Texas il y a à peine quelques jours. Transformé en simple tempête tropicale, il fait malgré tout encore voir ses effets sur la moitié nord du Mexique. La capitale s’est retrouvée sous de grandes inondations ; ce fut le cas aussi à Cuernavaca, notamment dans le centre où les intempéries ont provoqué, entre autres dégâts, des coupures de courant. Et ce n’est pas terminé puisqu’un second ouragan, Irma, vient d’arriver aux Antilles et devrait remonter vers le nord-ouest. C’est donc durant une courte accalmie que nous traversons la mer, longeant la côte est en direction du Canada — le voyage que j’ai effectué à l’aller, je le fais maintenant pour revenir. Comme j’aimerais ne jamais être monté dans cet avion qui me ramène vers Paris. Il est difficile de partir, ou de revenir devrais-je dire. Il me reste cependant des images, des sons et des odeurs qui m’accompagneront durant les prochaines semaines. Dans environ onze heures, je toucherai le sol français et reprendrai le train-train quotidien. Je dois retourner à Caen pour finaliser certaines choses. Heureusement cela ne prendra que quelques mois, quelques petits mois. J’ai certains projets qui me rassurent, certains projets qui m’amèneront, si tout se déroule comme prévu, à traverser l’Atlantique de nouveau. Bientôt. Bientôt.