f6k ~ log : vol. 2 (févr. - juill. 17)

Nemo auditur propriam turpitudinem allegans

(1). — J’ai des problèmes de sommeil depuis pas mal d’années maintenant. Je ne me classe pas comme insomniaque pour autant. Je n’ai pas de probème pour m’endormir, juste je ne veux pas aller me coucher. Pour me pousser vers le lit malgré tout j’ai testé pas mal de choses et dernièrement je m’essaye aux sons relaxants. Melanie Curtin publiait en octobre dernier les résultats d’une étude démontrant le caractère bienfaisant de certaines musiques, la palme revenant au morceau Weightless du groupe Marconi Union en collaboration avec la British Academy of Sound Therapy. On peut d’ailleurs retrouver sur youtube une version de ce morceau étalé sur un peu plus de dix heures. Dans un tout autre genre, il y a aussi des sons d’ambiance comme ce que produit un brise-glace pris dans l’océan arctique complètement gelé ou bien les bruits d’un vieux navire qui craque et tangue sous la pluie en plein océan atlantique. J’avoue qu’à cette heure tardive (il est 2:39am), j’ai une préférence pour ce dernier lien ; sous l’effet de mon cerveau un peu embrumé, je me prends pour le jeune Darwin écrivant son Journal de bord du voyage du Beagle — qu’il utilisera pour écrire notamment Voyage d’un naturaliste autour du monde. Tout cela ne résoud pas mon problème de sommeil évidemment. En fait je crois simplement que je n’ai pas envie que demain arrive.

Dans l’après-midi. — J’ai continué à découvrir ces ambiances sonores relaxantes. Histoire de garder une trace autre que dans mon historique youtube, je colle ici les liens qui ont retenu mon attention :

Et encore je passe les ambiances basées sur, par exemple, Blade Runner, Star Wars ou Harry Potter. Et tout ceci n’est qu’un début, m’a dit Fumzukiwi avant de m’inviter à aller faire un tour sur Ambient Mixer.

(2). — Comme je l’ai déjà indiqué par ailleurs, en début d’année scolaire j’ai succombé aux sirènes de la modernité pas chère en remplaçant mon vieillissant IBM Thinkpad X60 par un Lenovo IdeaPad 100s-11IBY flambant neuf qui n’est pas spécialement encore bien supporté par les kernels Linux — surtout concernant l’aspect nomade. Résigné, j’ai fini par réinstaller le Windows 10 fourni par défaut en m’accoutumant, tant bien que mal, à cet environnement que je n’avais pas touché depuis au moins dix ans. Venant d’un ratpoison propulsé par une Slackware, j’avoue que les choses n’ont pas été aisées. Ma première tâche a donc été de faire en sorte d’épurer autant que possible mon interface de travail. Malheureusement pour arriver à un résultat qui me convienne j’ai du passer notamment par l’utilisation de logiciels non libres. Ainsi le but de la manœuvre ici va être de supprimer tout le superflu en commençant par les effets visuels de Windows et les icônes du bureau. Pour cela, il faut faire une recherche depuis le centre de contrôle de Windows. Mon système étant en anglais, dans mon cas il me faut chercher Adjust the appearance and performance of Windows et, dans la nouvelle fenêtre qui s’affiche, sous l’onglet Visual Effects, sélectionner Adjust for best performance — ce qui aura pour effet de décocher toutes les options. Ensuite il faut chercher Show or hide common icons on the desktop et, dans la nouvelle fenêtre qui s’affiche, décocher toutes les icônes du bureau. Ceci étant fait, l’on va s’occuper aussi de la barre des tâches en supprimant toutes les icônes systèmes inutiles — Turn system icons on or off — ainsi qu’en dégraffant toutes les icônes des applications — comme celle de Microsoft Edge ou de l’explorateur de fichiers — ainsi que celle de Cortana. À ce stade, il ne reste plus que le bouton démarrer de Windows, la barre des tâches, la zone de notification, l’heure et quelques pixels au bout à droite permettant de faire rapidement apparaître le bureau lors d’un clic. Passons maintenant aux applications tierces :

Start Killer (non libre)
Start Killer est une application qui permet simplement de venir supprimer le bouton démarrer sous Windows. Le menu démarrer reste toujours accessible cependant via le bouton idoine du clavier. Cela n’est pas utile en soi, mais ça fait de la place à l’écran.
MiniBin (non libre)
MiniBin va venir remplacer la corbeille qui n’est plus présente sur le bureau par une icône dans la zone de notification qui sera différente selon qu’elle est pleine ou vide. Si celle-ci est pleine, un double-clic la vide. Il est aussi possible d’afficher son contenu via le menu contextuel accessible par clic droit.
AutoHideMouseCursor (non libre)
Comme son nom l’indique, cette application permet simplement de cacher automatiquement la souris après un temps déterminé (cinq secondes par défaut). Sous GNU/Linux j’utilise unclutter et la fonction banish de ratpoison mais je n’ai malhereusement pas (encore) trouvé d’équivalent libre.
Don’t Sleep (non libre)
Du même éditeur que l’application précédente, Don’t Sleep permet la même chose que la fameuse application Caffeine pour Mac OS X, à savoir d’empêcher la machine de se mettre en veille.
f.lux (non libre)
Application bien connue, f.lux permet de modifier les couleurs de l’écran en fonction du moment de la journée notamment en les rendant plus chaudes la nuit par la suppression de certains bleus. Cette application a une alternative libre, à savoir Redshift. Malheureusement la version pour Windows est expérimentale et je l’ai bien ressenti lors des mes tests. Dommage, je reste donc pour le moment avec son équivalent non libre.
Launchy (libre)
Launchy est un lanceur d’application. Par l’intermédiaire d’un raccourci clavier (alt+espace par défaut) une fenêtre s’ouvre et attend de recevoir des commandes qui peuvent être des noms d’application ou de fichiers à lancer, des dossiers à ouvrir, etc. Très pratique et remplace avantageusement le menu démarrer, les icônes du bureau et, dans une certaine mesure, l’explorateur de fichier.

Tout ceci étant en place, je me retrouve avec un environnement de bureau sommaire, sans fioriture aucune, fonctionnel et qui répond plus ou moins à mes habitudes. Pour ces deux derniers points, Launchy est d’une grande aide. Je le recommande d’ailleurs à tous les maniaques du clavier comme moi qui œuvrent au bannissement de la souris. À ce propos, et au besoin, j’utilise aussi quelques raccourcis claviers fournis par Windows 10 à savoir la touche Win seule pour faire apparaître le menu démarrer, Win+e pour lancer l’explorateur de fichiers, Win+m pour réduire toutes les fenêtres, Win+a pour affichier le centre de notification, Win+i pour lancer le panneau des paramètres, Win+s pour afficher le menu de recherche Cortana et Win+x pour le menu contextuel du menu démarrer (voir ici pour plus de raccourcis claviers pour Windows 10).

(3). — Depuis apparemment pas mal de temps, le dessinateur de presse Chaunu se produit à l’auditorium du Musée des Beaux Arts de Caen qui se trouve être au sein du château de Caen. Jusqu’à décembre dernier, il faisait, m’a-t-on dit, un spectacle autour de Guillaume le Conquérant. Depuis le début de cette année, il refait l’actualité politique avec, évidemment, énormément d’humour. Je dois dire que je ne connaissais pas cet homme ni son travail sinon les quelques dessins que j’ai pu voir de lui dans le Ouest-France. Nous avons passé un excellent moment ; il est très drôle, délicieusement délirant et ses dessins qu’il fait en direct et nous présente par l’intermédiaire d’un vidéoprojecteur sont remarquables. Sur une même planche, au fur et à mesure des traits, il nous emmène dans une histoire tout en arrivant même à créer des suspens comiques ! Il se produit tous les vendredis soirs, alors si vous avez l’occasion de passer par la ville de Caen, je vous invite vraiment à aller le voir, vous passerez un bon moment.

(4). — Sous GNU/Linux, il y a un petit utilitaire que j’aime utiliser, conky, qui permet d’afficher des informations pratiques concernant le système directement sur le bureau. Après une recherche rapide j’ai trouvé que les administrateurs systèmes Windows utilisent quelque chose de similaire, à savoir BgInfo. C’est un outil développé par Microsoft et qui permet d’afficher sur le bureau différentes informations de façon non dynamique — à la différence de conky donc (pour du dynamique, il faut plutôt se tourner vers Desktop Info). L’utilisation courante de BgInfo est ainsi d’initier le programme au lancement de la session de l’utilisateur soit suivant ce que les administrateurs précités nomment une stratégie de groupe (GPO) ou bien, plus simplement pour un poste unique, via un raccourci dans le dossier Startup. Sa configuration de base n’est pas très compliquée (voir ici aussi) mais j’ai remarqué que la majorité des initiés préfèrent l’utiliser en passant par des VBScripts. Ne connaissant rien à ce language, je me suis dit que je trouverais peut-être un site centralisant des scripts. Mais non. Alors pour trouver (en partie) mon bonheur, j’ai principalement écumé le forum officiel.

(5). — « C’est un jour comme un autre et pourtant tu t’en vas, tu t’en vas vers une autre sans me dire un seul mot et je ne comprends pas, comprends pas. C’est un jour comme un autre mais nous sommes déjà éloignés l’un de l’autre. De nous deux, il ne reste que moi mais pourquoi, mais pourquoi ? Toi tu étais pour moi tout ce que j’espérais, toi tu étais ma vie et même un peu plus, tu étais l’amour. C’est un jour comme un autre et pourtant tu t’en vas, tu t’en vas vers une autre sans me dire un seul mot et je ne comprends pas, comprends pas. C’est un jour comme un autre mais moi j’ai mal de toi, moi qui riait des autres, aujourd’hui c’est vous deux qui devez rire de moi, rire de moi. Toi tu prends à jamais tout ce que j’espérais, toi tu me prends la vie et même un peu plus, tu me prends l’amour. C’est un jour comme un autre et pourtant tu t’en vas, et pourtant tu t’en vas, et pourtant tu t’en vas. » — Brigitte Bardot, Un jour comme un autre, Bonnie and Clyde, 1968.

(6). — Il y a quelques jours le Metropolitan Museum of Art de New York a annoncé que dorénavant il diffusait librement les copies numérisées d’œuvres d’art disponibles sur son site dont il dispose des droits ou qui sont dans le domaine public. Pour cela le musée a passé les copies en question sous la licence Creative Commons Zero. Dans son article Le choix du Metropolitan Museum et les pathologies du domaine public, Calimaq revient sur cette annonce en expliquant pourquoi, selon lui, l’utilisation de cette licence est un meilleur choix que la Public Domain Mark.

(7). — « Il est environ 11 heures, le deuxième jour du procès, quand le président du tribunal fait citer Dylan à la barre. Dylan doit expliquer pourquoi son père a tué sa mère, le 14 février 2014, jour de la Saint-Valentin. (…) Seulement voilà : Dylan a 8 ans. À l’époque des faits, il en avait 5. » — Emmanuel Denise, L’assassinat de la Saint-Valentin, epris-de-justice.info, 2017.

(8). — L’an dernier Pierre Col se demandait ce qu’il se passerait si l’on revenait au modem 56k. Force est de constater que ça ne serait pas très fluide étant donné la tendance à l’embonpoint des pages Web. Autant pour une fraction du monde ça ne pose finalement pas trop de problèmes, mais il faut savoir qu’une bonne partie de la planète n’a qu’un accès très réduit à Internet. Afin d’aider les développeurs à faire mincir leur site, la société Aptivate a regroupé différents outils permettant leur optimisation. Ils proposent ainsi un analyseur de page Web qui donnent diverses informations enrichissantes en terme d’accessibilité sur une page donnée, mais aussi un simulateur de bande passante faible basé sur le navigateur loband. Très instructif.

(9). — Cela fait des années que j’ai l’envie de tenir une sorte de journal personnel en ligne. J’ai essayé plusieurs fois et de différentes manières mais sans succès. Ce fichier est la première réalisation qui dure aussi longtemps — et pourtant ça ne fait qu’à peine plus d’une semaine. Certains ne se posent tout simplement pas de questions et commencent à écrire ; mais je suis de ceux qui s’en posent dix avant d’ouvrir mon éditeur de texte. Je tiens ça de ma mère je crois. Elle a besoin de penser, structurer ce qu’elle va écrire avant de le faire effectivement. Par exemple, lorsqu’elle a une lettre à écrire, elle passe du temps à la formuler dans sa tête avant de la poser sur le papier. Je fonctionne comme ça aussi. Cette méthode est bonne à mon sens pour l’écriture par exemple d’un chapitre d’un livre, d’un article ou d’une présentation, mais dans le cadre d’un journal que l’on est censé enrichir assez régulièrement, et j’allais dire presque instinctivement, cela devient contre-productif. J’ai réussi, je ne sais comment, à mettre de côté l’absence de réponse que j’ai à la question du pourquoi le faire, mais il m’en reste d’autres et de nouvelles se créent. Je ne suis pourtant pas le premier à me les poser. D’autres bien avant moi les ont eu, notamment des pionniers du genre comme Claudio Pinhanez — que j’ai déjà évoqué par le passé — ou bien Rebecca Blood qui, plus largement, a aidé ses contemporains à résoudre différentes questions pratiques, éthiques et personnelles. Puis-je parler des autres, des amis et dans quelle mesure ? Dois-je les rendre anonymes ou bien mettre leurs noms (avec ou sans leur consentement) ? Jusqu’où parler de moi personnellement ? Évidemment lire les questionnements des autres et les tentatives de réponses qu’ils y apportent pour eux ne résoud rien pour le débutant que je suis, mais ça aide. Et aussi, il y a ce conflit que j’ai entre vouloir écrire publiquement, partager certaines de mes pensées ici que je ne veux ou ne peux partager avec d’autres dans ma vie quotidienne, et le désir de ne pas forcément vouloir être lu. J’ai pour le moment trouvé un compromis à ce paradoxe ; ce fichier est certes public mais le lien qui y mène se trouve tout en bas d’un obscure site que personne ne visite de toute façon. Je sais que Cioran a raison, l’on « n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose » (Écartèlements, 1979). Toute la question est d’arriver à matérialiser cela, et ne pas avoir pleinement conscience de ces choses que l’on a envie de dire rend le processus encore plus complexe.

(10). — Le premier numéro du webzine de science-fiction Futurs Présents (pdf) est sorti. L’on y trouve notamment la première partie d’un dossier sur la série Battlestar Galactica de 2003.

(11). — On me fait souvent remarquer que j’ai une manière particulière de naviguer sur le toile. C’est le cas. Sous GNU/Linux j’utilise principalement le navigateur Dillo qui affiche les pages dans leur plus simple appareil — c’est-à-dire sans feuilles de style, javascript, etc. C’est une habitude que j’ai gardé depuis l’époque, pas si lointaine, où ma machine principale était un Intel 80486 et où il était plus simple d’utiliser au quotidien un navigateur léger plutôt que Firefox. Malheureusement Dillo n’est pas vraiment disponible sous Windows. Je n’ai pas réussi à me faire à des navigateurs comme WebbIE, développé pour des besoins spécifiques, et je me suis donc rabattu sur des extensions pour Firefox. La principale est Policy Control qui permet de désactiver différents types de ressources comme les feuilles de style, le javascript ou encore les contenus médias. Elle n’est pas très efficace cependant car, par exemple, si le CSS est contenu directement dans la page web, il continuera d’apparaître. De la même manière, certaines images ne sont pas bloquées. Quant au javascript, c’est beaucoup moins bon que NoScript. Mais l’avantage est que toutes ces fonctions sont réunies en une seule extension. Pourtant, pour parfaire un peu les choses, j’en utilise deux autres en plus, à savoir Image Block et Disable CSS. Le résultat final n’est pas à la hauteur de ce que j’attends, mais c’est un bon début pour disposer d’une navigation plus rapide et moins tape à l’œil.

(12). — Sur fond de grisaille normande, j’ai pris ce matin le bus en direction de Rennes. Nous traversons laborieusement des paysages vert-bruns parsemés çà et là de tâches d’un ocre délavé. Au fur et à mesure de notre progression, ce décor se perd de plus en plus dans une brume opaque, lourde. Malgré la chaleur de la cabine et la protection salvatrice de la fenêtre, le froid de cette nature désolée nous entoure et cherche inlassablement à pénétrer au plus profond de notre âme. Un arrêt est prévu à Avranches afin que notre chauffeur se fasse remplacer. Je m’interroge. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à vouloir descendre du bus, délibérément, de lui-même, presque au milieu de nulle part, pour aller s’enfoncer dans ce brouillard inquiétant et glacé ? La promesse sans doute de retrouver la joie de son foyer. Et tandis que mon regard se perd à travers les squelettes des arbres cassants, il me revient des images d’une nature chaude et paradisiaque. En esprit se superpose à ma vue le spectacle sauvage des jungles mystérieuses et luxuriantes du Yucatán, comme si mon inconscient cherchait à me protéger du film morbide et déprimant qui se joue devant mes yeux. Il reste encore 108 kilomètres avant d’arriver à destination.

(13). — Paraît-il que le chouchenn est un alcool qui tue lentement. Enfin bon, disent les bretons, on s’en fout, on n’est pas pressé.

(14). — Nous l’avons attendu impatiemment ! Et finalement la NASA a tenu aujourd’hui sa conférence pour annoncer la découverte d’un système à sept exoplanètes dont trois de la taille de notre planète pourraient abriter de l’eau liquide — information reprise évidemment par de nombreux médias. Elles ont été détectées par le télescope spatial Spitzer puis étudiées par le télescope belge TRAPPIST sur lequel travaille une équipe de chercheurs dirigée par Michaël Gillon de l’Université de Liège et basée à l’Observatoire de La Silla au Chili. Suite à la conférence, cette découverte a fait l’objet d’une annonce dans la revue Nature.

(15). — Cory Doctorow relaye le travail d’Ed Felten qui s’est borné à expliquer le plus simplement possible les basiques de la cryptographie. Le document qui ne fait que quelques pages s’adresse aux juristes qui doivent rédiger des documents en lien avec cette pratique en introduisant le fonctionnement du stockage chiffré puis des communications chiffrées.

En début d’après-midi. — « L’on ne saurait appliquer une mauvaise loi sans partialité. Vous ne sauriez que détruire, vous ne sauriez que punir. Et je vous avertis ! Une mauvaise loi c’est le choléra, elle ronge et infecte tout ce qu’elle touche, ses défenseurs aussi bien que ses opposants. Essayez de comprendre que si vous attaquez la loi de l’évolution et faites un crime de l’enseigner en public à l’école, demain vous ferez peut-être un crime d’enseigner en privé cette loi, et que demain peut-être en faire lecture sera un crime. Et un jour vous finirez par tout supprimer, tout ! Et ce jour-là vous dresserez les catholiques contre les protestants, les protestants contre les protestants, et ferez tout pour imposer votre religion à l’esprit humain. Si vous le faites une fois, vous le ferez une autre parce que le fanatisme et l’ignorance ne s’avouent pas vaincus et ont de l’appétit. Et un jour, votre honneur, vos bannières aux vents et vos tambours battants vous ferez tous marche arrière, marche arrière ! Et nous reconduirez aux temps glorieux du XVIe siècle où les bigots brûlaient l’homme qui osait apporter la lumière et l’intelligence à ses semblables. » — Maître Henry Drummond dans Procès de singe, 1960.

(16). — Désolé. J’ai oublié ce que je voulais écrire.

(17). — En fin de journée, sebsauvage a mis en page un article sur la fatigue visuelle sur écran et les différentes manières pour la réduire. Nous sommes beaucoup à essayer d’expliquer à notre entourage que les écrans sont des lampes qui agressent nos yeux et qu’il faut absolument prendre des mesures pour les protéger. Cet article simple et didactique apporte de nombreux conseils pour y arriver.

(18). — Christophe Blaess explique comment renforcer une distribution Raspbian en appliquant certains principes que l’on retrouve dans les systèmes embarqués. Je retiens surtout la désactivation du swap et le passage du système de fichiers principal en lecture seule ; le premier pour éviter les écritures intempestives sur la carte SD et l’autre pour éviter les problèmes en cas de coupure impromptue du Raspberry Pi. Il montre aussi comment déplacer les fichiers relatifs aux traces d’activité en mémoire vive en faisant simplement un lien symbolique de /var/log vers /run/log — solution plus simple et plus pratique que celle que j’ai utilisé — et parle du cas spécifique du fichier /etc/resolv.conf qui doit toujours rester accessible en écriture malgré le système de fichier principal en lecture seule (il utilise la même technique que pour les traces d’activité). Il y explique dès lors comment avoir un point de montage accessible en écriture pour l’utilisateur principal, ce qui devient du coup absolument nécessaire si l’on souhaite disposer de ses fichiers personnels. Enfin il traite d’une compilation personnalisée du noyau mais je n’y ai vu en l’espèce aucun intérêt pratique (sinon pour dire qu’on l’a fait). Quand mes examens seront passés, il faudra que je pense à la mise en pratique de certains de ces points. Je désactiverai certainement le swap (d’ailleurs comment je n’y ai pas pensé seul ?) mais par contre je ne suis pas certain de passer la racine en lecture seule étant donné que dans mon cas personnel cela n’apportera pas grand chose. À voir. Sinon, lors de son développemment, il explique à juste titre que le système de fichiers principal a tout à gagner à être en ext2 car l’on divise par trois le nombre d’écritures en cas de modification d’un fichier comparé à un système journalisé — ce qui est un plus pour préserver la carte SD. Or par défaut Raspbian est en ext4, système journalisé, et les captures de Christophe montre qu’il n’a pas changé le sien (voir son /etc/fstab). Bref, il pointe le problème mais n’y apporte pas de solution ; c’est dommage. D’après mes souvenirs il est tout à fait possible d’indiquer dans le fichier fstab ext2 au lieu de ext4, ce qui désactivera la journalisation sans pour autant avoir à formater la partition. Mais je n’en suis pas sûr, il faudra que je me renseigne sur ce point.

Le soir venu. — J’ai le temps de faire quelques recherches ce soir suite à mon questionnement de ce matin et, finalement, mon souvenir concernant une simple modification du fstab pour repasser à ext2 était erroné. Ce truc fonctionnait de ext3 vers ext2 mais pas avec ext4. En réalité il existe une façon de désactiver la journalisation pour ext4. Après avoir démonté la partition cible (mmcblk0p2 chez moi), il suffit d’ajuster ses paramètres de la façon suivante : sudo tune2fs -O ^has_journal /dev/mmcblk0p2. Cela étant fait, pour la forme il est de bon aloi de vérifier la partition en question : sudo e2fsck /dev/mmcblk0p2. Pour terminer, l’on contrôle que le paramètre has_journal est bien absent de la sortie suivante : sudo dumpe2fs /dev/mmcblk0p2 |grep "Filesystem feature". Par contre, désactiver la journalisation est assez dangereux. À chaque fois que la partition ne sera pas bien démontée (typiquement lors d’un arrêt à chaud du système), il faudra impérativement lancer une vérification du système de fichier (avec e2fsck, ce qui peut être automatique en fonction des distributions). De plus, dans ce genre de cas, il y a de très grandes chances de perdre des données ou d’endommager le système. Bon, j’ai déjà eu du ext2, c’est-à-dire un système de fichier non journalisé, notamment sur mon vieil Intel 80486 dont j’ai déjà fait mention, et je n’ai jamais eu de problèmes. Est-ce que cela vaut le coup de prendre le risque pour préserver un peu plus la carte SD ? Je ne me suis pas encore décidé, mais je pense que oui pourvu que l’on ait un bon système de sauvegarde.

(19). — Depuis quelques semaines je remarque que, suite à l’ouverture complète en accès libre des décisions de justice par la loi Lemaire, un débat sur la justice prédictive commence à prendre peu à peu de l’ampleur. Plusieurs questions se posent notamment concernant l’efficacité et les mises en jeu du procédé mais surtout à propos de la future place que ces systèmes prendront effectivement auprès des avocats et surtout des magistrats. En doctrine l’on s’interroge alors pour savoir si les juges doivent craindre l’arrivée de l’intelligence artificielle (D. 2017.104), une minorité d’entre eux réclamant déjà l’anonymisation des décisions (D. actu. 2016/02/06). Effectivement le sujet est vraiment intéressant et peut amener à pas mal de projections et conjectures. Cependant, même si de grands changements dans les pratiques sont à venir, les choses sont à tempérer car, selon Roseline Letteron, les visions les plus alarmistes — principalement sur l’automaticité des peines — n’ont pas lieu d’être puisque notre Constitution prévoyerait en réalité déjà des mécanismes de protection ; ce qui va dans le sens des propos de Virginie Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats, qui affirme que « ce n’est pas un robot qui prendra la décision de justice ».

(20). — Après plusieurs semaines avec Windows 10 dans les mains, je vois que j’arrive de mieux en mieux à me faire à ce système. Bon, c’est un demi-mensonge car en réalité je triche dans les grandes largeurs. J’utilise en effet quotidiennement Cygwin qui me permet d’avoir un semblant de système Unix au travers d’un émulateur de terminal vraiment pas trop mauvais (mintty, pour le citer). Je retrouve ainsi la très grande majorité des applications en ligne de commande que j’utilise sous GNU/Linux — avec évidemment les indispensables util-linux. Je ne quitte ainsi plus mon terminal, surtout depuis que j’ai découvert comment ouvrir des fichiers présents sur le système de fichier Windows depuis la ligne de commande — cygstart.exe monfichier.png par exemple. Couplé à Launchy dont j’ai déjà parlé, c’est clairement acceptable (sur le plan pratique, s’entend). Ceci étant dit, Cygwin peut rapidement prendre beaucoup de place (et il en prend déjà pas mal par nature) ce qui peut en déranger certains. Aussi il existe alternativement une solution à savoir Gow (GNU on Windows) qui, pour environ 18Mo au lieu des 100Mo de la base Cygwin, permet d’utiliser les outils standards linux depuis l’interpréteur de commande Windows (cmd.exe).

(21). — J’ai configuré un système sur mon Raspberry qui me permet d’être informé par SMS lorsqu’il y a de nouvelles connexions sur le serveur. La méthode fonctionne très bien mais elle a un gros désavantage. En effet depuis la version 1.0.1-6 de pam, le bloc par défaut du fichier /etc/pam.d/common-auth est automatiquement généré par le programme pam-auth-update(8) ; cela fait qu’à chaque fois que pam est mis à jour, ce dernier va venir réinitialiser le fichier en question. Enfin, pas complètement parce qu’il laisse mon ajout vers le script qui gère les SMS mais il modifie quand même la première ligne qui dit quoi faire en cas de succès. Bref, et autrement dit, chaque mise à jour casse ma configuration — ce qui est déjà un problème en soit — mais surtout, et c’est là le pire, cette modification a pour effet de casser aussi la possibilité de se connecter au serveur. Il faut donc que je pense à bien corriger ce fichier à chaque mise à jour de pam sous peine de me retrouver dans l’impossibilité de me connecter. Ce n’est pas vraiment viable et il va falloir que je trouve une autre façon de faire.

(22). — À chaque période de révisions pour les examens, c’est la même chose : il y a toujours mieux à faire que de bosser ! Même faire le ménage paraît plus attrayant que d’apprendre par cœur les tenants et les aboutissants de l’usucapion. Cette fois-ci ne fait pas exception. En tombant je ne sais plus comment sur les Let’s Play! de Bluescreenofdeath sur le jeu Slash’EM Extended, je me suis remis à jouer à NetHack. J’ai d’ailleurs vu que la DevTeam avait finalement sorti en décembre dernier une nouvelle version du jeu après 10 ans d’inactivité. Il y a évidemment eu pas mal de changements avec notamment l’intégration de divers patchs qui sont en vogue au sein de la communauté. Dans la même veine, je me suis aussi remis à jouer à DoomRL qui lui aussi a pris quelques versions depuis la dernière fois où je l’ai lancé. Mes révisions sont donc bien mal parties et les notes à mes contrôles continus ne risquent pas d’être très glorieuses. Il faut vraiment que je me mette à travailler plus, beaucoup plus. D’ailleurs, assez ironiquement, je suis tombé aujourd’hui sur la lettre écrite par les enseignants d’Assas à destination des premiers années et diffusée par le groupe Bordel de droit. D’après ce que j’ai compris, les élèves se sont plaints de la moyenne déplorable en droit administratif au premier semestre. La réponse de leurs professeurs n’a pas tardé ; elle est tranchante et sans pitié mais, au final, c’est eux qui ont raison. Il faut vraiment que je me remette à travailler.

(23). — Par l’intermédiaire de la page Wikipédia sur les journaux, j’ai passé cet après-midi un peu de temps sur trois archives de magazines en ligne sur la question. Pour mémoire, je les note ici. Il y a tout d’abord J.mag, le magazine de la théorie et de la pratique du journal où l’on retrouvait des interviews, des réflexions et des liens (pour la plupart mort) vers des journaux. Ensuite, Claviers intimes se voulait être un espace de réflexion sur la pratique du journal en ligne avec des thèmes spécifiques pour chaque numéro. Enfin le site de l’intimiste qui regroupait les réflexions de Michèle Senay sur ce sujet ainsi que des conseils pratiques. Des lectures intéressantes dans l’ensemble pour celles et ceux qui se posent des questions à propos des journaux.

(24). — Ce matin eingousef nous a fendu d’une dépêche sur la sortie de Freedoom en version 0.11.1 qui redevient dès lors compatible avec les moteurs de jeu FPS 3D Id Tech 1 d’id Software dans leur version vanilla — c’est-à-dire celui-là même utilisé par les jeux originaux de Doom. Au programme de cette nouvelle version, des cartes revues et corrigées avec de nouvelles textures, d’autres qui sont nouvelles, de nouveaux sprites pour certains objets, des évolutions de monstres, de nouvelles musiques, etc. Autrement dit, c’est une version majeure. De plus cette nouvelle compatibilité fait que les wads de Freedoom peuvent être utilisées avec Chocolate Doom, moteur qui cherche à reproduire exactement le moteur d’origine. Attention cependant, prévient eingousef, Freedoom n’est pas exempt du savegame buffer overrun qui, je cite, « apparaît lorsque le joueur tente de sauvegarder une partie qui prend plus de place en mémoire que ce qui était prévu par le moteur id Tech d’origine, ce qui cause un crash du jeu ». C’est un bug présent dans le moteur d’origine que Chocolate Doom reproduit par défaut. Ceci dit une correction peut être appliquée en passant la variable vanilla_savegame_limit de 1 à 0 dans le fichier de configuration ou bien en décochant cette option au travers de l’outils de configuration du moteur (menu Compatibility). Apparemment cette modification dans la configuration par défaut sera faite automatiquement lors de la diffusion de cette nouvelle version de Freedoom avec Chocolate Doom dans les distributions GNU/Linux. Il faut dire que cette dépêche me fait grand plaisir. J’ai eu Doom sur le premier ordinateur familial (un antique i386) et j’y ai passé de nombreuses nuits blanches dans la lumière tamisée de ma chambre à sursauter à la vue d’un Cacodémon qui se cachait ou à courir à toute jambe pour fuir des hordes de Former Sergent, d’Imp et de Démon. Plus tard j’ai pu jouer à Doom II chez un ami qui l’avait. Depuis ce temps, j’ai installé Doom sur tous les ordinateurs que j’ai eu — celui que j’utilise en ce moment ne faisant pas exception — et j’y rejoue de temps à autre avec plaisir. Je pense que c’est le jeu sur lequel j’ai passé le plus de temps en tout. Je me souviens avoir déjà joué un peu, il y a quelques années, à Freedoom à l’époque où le projet n’était pas encore aussi abouti. Je vais profiter de cette nouvelle version pour le reprendre et le finir. De la même manière il va aussi falloir que je me plonge dans Chex Quest qui a aussi sa petite notoriété dans la communauté des joueurs.

(25). — Dans le cadre d’un examen à l’oral pour mon cours d’espagnol de demain, je suis en train de travailler sur l’article Colombia: El camino a la paz de Javier Lafuente, Sally Palomino et Ana Marcos pour El País. C’est une enquête très poussée sur la situation de la Colombie à l’heure actuelle au regard de l’histoire récente, et la difficulté de parvenir à une paix durable entre l’État et les FARC. Les auteurs ajoutent de plus les points de vue, parfois tranchés, à la fois d’anciens combattants mais aussi des victimes. Ce reportage est clairement à mettre en relation avec le documentaire Impunité, Enquête sur l’effroyable violence d’État de Juan José Lozano sorti en 2010 où il est justement mis en évidence les difficultés d’arriver à un processus de paix et de justice notamment pour protéger certains intérêts d’État. Suivant ces travaux il manque cependant un élément à mon sens important, à savoir l’origine historique de tout cela. Il est alors intéressant de lire la partie reprenant l’histoire des FARC sur Wikipédia couplés à certains éléments que l’on peut retrouver dans la série Narcos.

(26). — La revue de science-fiction, fanstasy et fantastique Etherval fait actuellement un appel à texte sur le thème « Administration, Pactes et contrats » prenant fin le 31 juillet 2017 ; « que cela soit au sujet de ces démarches administratives qui rendent fou ; cet inspecteur des impôts qui vous poursuit de monde en monde ; ce pacte avec des créatures occultes que vous êtes prêt à signer pour rompre celui de votre mariage ; ou ce fragile accord de paix signé entre des ennemis séculaires : envoyez-nous vos textes et leurs pièces jointes selon l’article R12-atzx12f de notre règlement ». Me lancer dans de la science-fiction juridique pour le Camp NaNoWriMo d’avril m’aurait assez motivé ; seulement il faut que je finisse l’écriture et la mise en forme de mon projet pour le NaNoWriMo de novembre dernier. Alors que je parlais de cet appel à texte à Kaly, celle-ci m’a fait remarquer quelques points négatifs. Tout d’abord les conditions de forme sont assez drastiques faisant penser que l’auteur doit lui-même s’occuper du travail de mise en page pour la revue. Ensuite la taille maximum est de 36 000 caractères, espaces et ponctuation comprises, ce qui est finalement assez peu mais qui s’explique aisément par le nombre de pages assez limitées de la revue. Plus problématique par contre est le fait qu’aucune rémunération n’est proposée pour la publication du texte alors même que la revue est payante. C’est d’autant plus génant qu’Etherval doit certainement faire signer un contrat lui permettant d’acquérir pleinement le texte publié par cession des droits patrimoniaux — comme le font la majorité des éditeurs. Quitte à ne pas être payé, j’aimerais autant garder mon texte libre. Si je me lance dans l’aventure, il faudra que je vois avec eux s’il est possible de diffuser le texte sous une licence Creative Commons tel que BY-NC-ND autorisant la rediffusion non commerciale à l’identique comme le propose par exemple les éditions Diamond.

Un peu plus tard. — Cette histoire de non rémunération par Etherval me posait quand même question. Du coup j’ai fait quelques recherches. La situation n’est en fait pas très compliquée. Une cession par l’auteur de ses droits sur son œuvre peut être totale ou partielle et doit comporter au profit de l’auteur la participation proportionnelle aux recettes provenant de la vente ou de l’exploitation (C. propr. intell., art. L. 131-4 al. 1). Autrement dit une rémunération peut être prévue par le contrat de cession calculée en fonction des recettes produites par la revue (dans mon exemple). Cependant la rémunération peut être aussi forfaitaire dans certains cas spécifiques (Ibid., al. s.). La cession peut donc être à titre onéreux mais aussi à titre gratuit (C. propr. intell., art. L. 122-7 al. 1), l’auteur étant libre de mettre ses œuvres gratuitement à la disposition du public (C. propr. intell., art. L. 122-7-1). Cependant l’auteur est libre, si, du moins, il a une claire conscience de ce qu’il cède à titre gratuit, de renoncer à percevoir des droits patrimoniaux sur l’exploitation de son œuvre (Paris, 25 nov. 2005: CCE 2006, n° 40, note Caron). Spécifiquement donc dans le cas d’un contrat d’édition, la jurisprudence impose que la gratuité de la cession soit clairement et expressément stipulée de façon non équivoque dans ledit contrat à peine de nullité. L’on peut notamemnt retrouver ces informations, et bien d’autres, dans le Guide du contrat en droit d’auteur de l’Agence pour la Protection des Programmes.

(27). — Le jugement Great Minds vs. Fedex Office and Print Services Inc. sur le litige concernant la clause Non-Commercial des licences Creatives Commons a été rendu le 24 février dernier par le juge Denis R. Hurley. Calimaq revient sur cette affaire en nous expliquant que le juge a décidé de ne lui faire porter qu’un effet direct. Écartant tous les doutes existants autour de cette clause, il indique qu’elle « ne concerne que les personnes qui obtiennent en premier lieu les droits conférés par la licence, mais que cela ne les empêche pas de recourir aux services payants de tiers pour exercer ces mêmes droits, du moment qu’elles-mêmes n’en font pas un usage commercial » — ce qui est clairement logique afin de préserver le principe de sécurité juridique.

(28). — Week-end. Paris. Éreintant. J’aime cette ville. Je voudrais y vivre. Le plus difficile, dans ma situation, c’est de faire la transition avec la province — d’un point de vue financier s’entend, parce que pour le reste ça serait surtout une libération.

(29). — Je crois qu’à un moment donné de notre existence, il y a finalement cette question qui se pose à nous et à laquelle on doit nécessairement répondre : « tu veux être un cul ou bien tu veux être une botte ? ».

(30). — Il y a plus de dix ans maintenant, lorsque j’ai voulu commencer à avoir mon propre journal, rejettant les services hébergés comme Blogger, je me suis naturellement tourné vers les outils qui était alors à la mode. Le premier que j’ai utilisé et installé fut Dotclear. J’ai du le garder un mois si mes souvenirs sont bons. D’emblée, je n’ai pas été convaincu. Pour partager les quelques pauvres articles que je rédigeais alors, il me fallait installer et gérer toute une infrastructure, je devais rédiger mes écrits via une interface appropriée dans le moteur de blog et les articles se retrouvaient intégrés à une base de donnée (MySQL) à laquelle je ne m’intéressais pas vraiment. Et surtout, c’était lent. Ce que je voulais plutôt c’était écrire du texte dans un fichier depuis mon éditeur de texte, le mettre en ligne and voilà. D’une solution dynamique, lourde et qui ne me convenait pas, je suis donc très rapidement passé à une solution plus légère en installant le serveur nginx alors naissant et en diffusant un site en html statique entièrement rédigé à la main. Mais les inconvénients sont connus notamment lorsque l’on veut faire évoluer le site. Du coup, je me suis retrouvé à utiliser l’excellent NanoBlogger. C’est un moteur de blog écrit en bash ; l’on met en place des gabarits des pages html finales, on rédige des articles en markdown ou directement en html, on appuie sur un bouton et un site statique se génère tout seul. J’avais trouvé là le genre d’outil qui me plaisait. Malgré les défauts de ce moteur en particulier, c’était simple et efficace ; le contenu étant en plus complètement statique et relativement léger, c’était très rapide pour le lecteur. Je n’ai eu de cesse, depuis, de pester contre tous ces sites, dont la vocation n’est autre que de partager du texte, qui utilisent des solutions lourdes sous prétexte qu’il fallait que cela soit dynamique parce que cela faisait bien d’afficher l’heure exacte et l’adresse IP du visiteur dans un bandeau clignotant — ça et tellement d’autres choses inutiles encore. À moins d’avoir un ordinateur puissant et une connexion correcte, les pages se chargent lentement, des dizaines de milliers de kilooctets sont téléchargés depuis plusieurs endroits en même temps, le tout pour lire trois paragraphes. Cela m’énervait. En réaction à cela, j’ai eu une période où je diffusais mes contenus dans de simples fichiers textes déposés sur un serveur FTP, et ensuite sur un serveur Gopher. Puis, le temps passant, dans une démarche de destruction créatrice, j’ai abandonné tout cela et je me suis dissous dans un collectif. Nous partagions notre pensée unique avec le monde et avec d’autres nous faisions notre web de notre côté, notamment avec l’aide du moteur de blog statique Jekyll. J’ai arrêté de pester mais j’ai continué à voir le reste du web devenir de plus en plus obèse.

Le mois dernier, j’évoquais ce problème au regard des difficultés que cela pose pour les pays qui n’ont pas de bande passante importante. Cela fait des années que c’est comme ça mais, pourtant, les choses n’ont pas réellement changé et les pages continuent d’enfler. Cependant, j’ai l’impression qu’il y a un mouvement qui se met en place vers quelque chose de mieux. Dan Luu par exemple a écrit récemment un article sur le fait qu’une bonne partie du web laisse à désirer si l’on a une connexion lente. Il expose une anecdote assez intéressante dans sa conclusion. Alors qu’il travaillait pour Google, on lui a raconté qu’une optmisation du code avait paradoxalement eut pour résultat d’augmenter la charge des pages sur les serveurs — alors que cela aurait du être l’inverse. Après investigation, ils se sont rendus compte que l’optimisation des pages, la cure de régime en somme, avait permis à certaines parties d’Afrique de finalement visiter lesdites pages alors qu’elles ne le pouvaient pas avant, ce qui a entraîné la charge supplémentaire. Autrement dit, en optimisant les pages, l’on ouvrait de nouvelles parts de marché puisqu’un plus grand nombre de personnes sur la planète pouvait avoir accès au produit. Cela a poussé notamment Facebook à développer une application lite pour les régions du monde à faible connexion ou encore à promouvoir internet.org qui doit supposément permettre aux pays dit en développement d’avoir un meilleur accès en rendant les pages plus légères. Alors, puisque les grands groupes ont un intérêt financier à la chose, il y a eut des avancées ? Pas vraiment. Maciej Cegłowski l’explique d’ailleurs très bien en utilisant un grand nombre d’exemples — et notamment en démontant le site internet.org qui lui a par exemple fait télécharger plus de 250Mo de données.

La révolution ne viendra pas forcément des grosses entreprises mais sera peut-être le fruit d’un changement de penser des petites mains qui font le web tous les jours. Depuis un peu plus de deux ans, il y a une sorte de lame de fond pour revenir à des choses plus simples et plus légères. L’on voit de plus en plus de gens délaisser leur Wordpress pour se tourner vers des solutions comme Jekyll. Dans la continuité de ce que disait en 2015 M. Cegłowski sur les deux secrets pour augmenter les perfomances d’un site web — à savoir 1) faire en sorte que les éléments les plus importants de la page se chargent et s’affichent en premier, et 2) s’arrêter là — il est évident que les spécialistes du web se préoccupent de ces questions et tentent de revenir à des fondamentaux que des personnes comme Karl Dubost n’ont jamais abandonné. Boris Taillandier d’ailleurs nous décrit cette mouvance statique que lui-même et d’autres ont pris en marche — comme ®om, Antoine Fauchié ou allejo pour ne citer qu’eux. Oui, les choses avancent. M. Taillandier n’hésite pas à conférencer avec Bertrand Keller sur le sujet tandis que Boris Schapira nous explique ce que sera le web du futur tel qu’on le faisait il y a vingt ans — ou presque. Et ils sont nombreux comme cela à ouvrir les yeux. Que s’est-il donc passé ? Se sont-ils tous enfin rendus compte qu’il fallait que le contenu devait absolument être rendu disponible au plus grand nombre, c’est-à-dire prendre en compte le fait que la majorité de la planète n’a pas un accès à la fibre, ni même à l’ADSL ? Je ne crois pas. Ce que je pense, c’est qu’ils se sont eux aussi mis à pester quand ils ont vu que leurs sites étaient inaccessibles, sinon très lents, depuis les connexions 3G de leur nouveau téléphone mobile à la pointe de la modernité. Ils se sont rendus compte, ou simplement souvenus, de ce que c’est que de naviguer sur le web à 50Ko/s.

Oui, tout ceci est assez ironique. Mais, malgré tout, je suis évidemment content. J’ai l’espoir d’un retour au web utilisable, centré sur le contenu et sans fioritures. Il était temps ! Pourtant j’ai quelques craintes. D’abord que cela ne soit qu’un effet de mode directement induit par leur propre utilisation du web. J’aimerai que cela ne soit pas que passager mais une bonne pratique à avoir : ne pas rendre obèse inutilement les pages parce qu’avec un processeur octo-cœur, 4Go de RAM et une connexion T1, le web est fluide. Évidemment qu’il est fluide dans ces conditions ! Que se passera-t-il quand tous ces développeurs auront d’ici quelques années de la 5G à 10 Gbit/s sur un téléphone mobile dans les mains plus puissant que trois ordinateurs portables réunis ?

(31). — À l’occasion des vingt-huit ans du World Wide Web son inventeur Tim Berners-Lee marque le coup en déplorant une perte de contrôle des individus de cet outil. Il invite alors à le reprendre notamment en travaillant avec les grands groupes du web (les fameux GAFAM et BATX). Les réactions ne se sont pas faites attendre. Aral Balkan lui répond en expliquant que le contrôle n’a pas été perdu mais volé, que les GAFAM ne seront d’aucune aide puisqu’ils sont l’ennemi — cela tout en pointant entre autres les connivences entre Google, Facebook et la Web Fondation dont fait parti M. Berners-Lee. De la même manière Olivier Ertzscheid enfonce le clou dans un article intitulé Tim Zuckerberners-Lee. Justement, à ce propos, Mark Zuckerberg s’est fendu d’un manifeste afin de promouvoir la construction d’une communauté mondiale sur les modèles que défend Facebook. À nouveau, la réponse de M. Balkan a été rapide en dénonçant les mensonges, l’exploitation et la manipulation de ce réseau social qui, selon l’auteur, est loin d’être un parc de loisirs mais plutôt un scanner qui numérise les êtres humains. Il est temps, je crois, de relire entre autres le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie et TAZ - Zone Autonome Temporaire d’Hakim Bey.

(32). — Je me suis souvenu qu’il y a quelques années j’avais écrit un script bash relativement basique qui permettait d’afficher les résultats du site thefuckingweather.com dans un terminal. L’intérêt, outre l’affichage du temps qu’il faisait, était les messages amusants décrivant la température du moment — par exemple -2°?! It’s fucking cold! Keep track of your local old people. Seulement un beau jour le site en question n’a plus fonctionné et, même actuellement, bien que revenu en ligne, il n’a pas l’air de vouloir prendre en compte les villes que l’on peut lui donner en paramètre. Mon pauvre script est tombé en désuétude et je l’ai finalement laissé pourrir quelque part dans mes archives. Dommage. Tout ceci m’est revenu en tête lorsque gapz m’a fait passé un lien que j’ai vu ce midi vers le compte twitter d’Igor Chubin. Ce dernier est le développeur du site wttr.in basé sur wego qui se propose d’afficher les prévisions météorologiques en ASCII avec différentes informations. Surtout, il est possible grâce à curl(1) d’avoir une sortie dans le terminal en passant la ville que l’on souhaite surveiller ainsi que des options en paramètre de l’URL. Par exemple l’on peut faire un curl -s wttr.in/caen?0Qp même si, effectivement, avec l’exemple caennais ça n’est pas forcément très utile puisque c’est l’une des villes de France avec une pluviométrie très élevée comparé au reste du pays et ayant l’un des taux d’ensoleillement par jour à l’année le plus faible — oui, je sais pourquoi la dépression me guette, mais je m’éloigne. Pour en revenir au sujet de wttr.in, une chose intéressante — plus que le temps qu’il fait ou va faire dans mon cas — est la possibilité d’afficher les phases de la Lune en passant le paramètre moon au lieu du nom de la ville. Toutes les options, et un peu plus, peuvent être retrouvées en faisant un simple curl -s wttr.in/:help |less. Vraiment très pratique. Je me suis ainsi fait une fonction bash spécifique qui pointe vers les prévisions d’Acapulco. Oui, le temps n’y varie pas forcément plus qu’à Caen mais, étrangement, cela a pourtant le don de me mettre un peu plus de baume au cœur.

(33). — J’ai eu une matinée peu habituelle pour moi. Après avoir fini mon service à 8:00am à l’internat du lycée dans lequel je travaille en tant qu’assistant d’éducation, j’ai pris le bus afin de me rendre chez une bonne amie à moi à l’autre bout de la ville. Chantal est une septuagénaire qui vit dans une petite maison au Chemin Vert à qui j’avais promis de passer ce matin afin de lui résoudre un problème informatique — une sombre histoire de Wi-Fi finalement résolue en quelques petites minutes. Ce fut là l’occasion de nous retrouver et de discuter autour d’une tasse de café et de crèpes dentelles. Alors qu’elle me parlait avec émotion de sa grand-mère, véritable bigoudène qui ne parlait pas un mot de français, nous avons dérivé sur sa formation initiale qui était la couture. Par un parcours de vie assez atypique, elle n’a jamais eu l’occasion d’excercer cette profession mais, la retraite venue, elle s’y est remise pour les amis. N’étant pas très habile de mes mains pour les travaux de ce type, je sautais sur l’occasion et lui demandais de me faire les ourlets d’un pantalon neuf que j’avais avec moi. Elle accepta de bon gré et nous voilà arrivés dans son petit atelier à l’arrière de la maison.

Je suis d’un naturel curieux et je lui posais très vite de nombreuses questions, suffisamment pour qu’elle finisse par me donner un véritable cours. C’est de cette manière que je me suis vu instruit des rudiments de la couture flou, ensemble de techniques destinées à produire des vêtements souples — c’est-à-dire des vêtements qui ne sont pas ajustés au corps, ce que l’on porte le plus souvent — que l’on oppose généralement à la technique du tailleur. Comme le sujet du jour était un pantalon, elle m’appris les mesures de base, l’utilisation des marques avec les épingles et la craie à tissu, le type de coupe utilisé par le culottier selon les modes, etc. Suite à cela elle est passée sur la machine à coudre, une rutilante PFAFF — conception allemande, apparemment de très bonne facture —, m’en a expliqué son fonctionnement ainsi que la préparation de la canette et autres bobines. Tout en travaillant, nous avons à nouveau discuté technique en y ajoutant un soupçon d’histoire de la couture. J’appris alors qu’il existe une veille querelle datant du Moyen Âge entre les tailleurs et les couturiers, ces derniers ayant bataillés pour se faire reconnaître en corporation au XVIIe siècle afin d’exercer plus librement — et surtout légalement — leur profession. En effet, ce travail était alors principalement exercé par des femmes qui n’avaient aucun autre moyen de subvenir à leurs besoins. Les tailleurs s’étaient élevés contre ces requêtes puisque cela entraînerait une grande concurrence pour eux. Mais Louis XIV, reconnaissant d’une part que c’était un travail plus honnête qu’un autre pour gagner sa vie et d’autre part que de toute façon, même dans l’illégalité, les femmes continuaient à coudre, se rendit à l’évidence. Alors qu’il prescrivit les communautés de métiers dans les villes et les bourgs par un édit du 13 mars 1673, il permit l’existence de la corporation des couturières de Paris. L’impact fut tel que les tailleurs finirent par se spécialiser dans le vêtement de luxe afin de se démarquer. D’ailleurs, cela amena à développer la Haute Couture à la fin du XIXe siècle, inventée en France par un anglais, Charles Frederick Worth. Je fus instruit aussi du fait que les premières machines à coudre, alors manuelles, ne dataient que de la fin du XIXe siècle, ce qui fut évidemment une révolution car cela permettait d’accélérer grandement le travail tout en augmentant les ressources financières des couturières. Pourtant Chantal m’expliqua que, même ainsi, les couturières qui existaient dans tous les villages travaillaient sans machines puisqu’elles coûtaient chers, jusque souvent tard dans la nuit, pour gagner finalement peu. Et, bien que sa mère l’avait destiné à ce métier, elle réussit à changer de voie pour se diriger vers le médical. Cette réorientation, dont j’ai déjà fait mention plus haut, plus qu’une simple anecdote de vie, mériterait sincèrement d’être contée mais je n’en ai malheureusement pas le temps au moment où j’écris ces lignes tellement cette histoire est riche de rebondissements.

Le temps passant et le travail étant fini, je la remerciais chaleureusement pour son savoir et le service rendu avant de prendre congé. Sur le chemin du retour, je m’arrêtais un instant au marché du vendredi de la rue Pémagnie pour ramener chez moi un excellent sandwich aux falafels que je dévorais sans retenue une fois arrivé dans ma chambre. C’est donc maintenant l’heure du midi et, revenant à ma routine, je vais me préparer à l’étude de mon Droit à grand renfort de café.

(34). — J’ai passé une grande partie de mon week-end à restructurer mon environnement. L’idée est de suivre une politique par le vide, c’est-à-dire de me débarrasser de toutes les choses inutiles, à la fois en terme d’objets, de vêtements, etc. C’est une chose que je fais maintenant depuis pas mal de temps mais le processus n’est pas systématisé — je le fais seulement de temps en temps. Étant donné que mon année universitaire est très mal partie, il faut absolument que je puisse me recentrer sur l’essentiel, et me construire un milieu minimaliste en est un élément. Par un drôle de hasard, alors que je parcourais ce matin en prenant mon café les flux RSS auxquels je suis abonné, je suis tombé sur un manifeste écrit par Jonathan Verrecchia intitulé Zeromalist - Zero is more. Par ce document, l’auteur nous présente sa propre manière d’atteindre le zéro, c’est-à-dire sa façon d’embrasser le minimalisme dans différents aspects de sa vie autant pour ce qui concerne sa productivité, sa vie numérique, l’arrangement de son intérieur, sa garde-robe, etc. À mon inverse, M. Verrecchia semble en avoir fait un mantra, une rigueur personnelle à laquelle il se plie, apparemment, au quotidien. Alors que c’est quelque chose que je fais épisodiquement dans le but de restructurer mon espace, lui l’a promu au rang de devise personnelle. Je dois dire que j’ai déjà eu cette idée d’appliquer ce genre de principe complètement mais sans jamais y arriver — mais c’est probablement à cause d’un manque d’auto-discipline — bien que, souvent, les circonstances m’y ramènent imperturbablement. En lisant ce manifeste, je ne peux pas dire que j’ai découvert beaucoup de choses. Je pratique déjà, en grande partie, les points concernant l’informatique et le voyage. J’ai conscience d’avoir des progrès à faire du point de vue de l’habitat et des habits — même si je doute jamais d’atteindre le niveau de l’auteur. Par contre, je prends des leçons pour tout ce qui concerne la productivité ; c’est un point sensible chez moi étant donné ma propension naturelle à la dispersion (qui a aussi certains avantages ceci dit). Et pourtant, pourtant. Tandis que je lis tout ceci, que je pense à la façon dont je vais (je dois ?) m’organiser, me recentrer, me concentrer, tandis que je cherche à trouver le meilleur moyen d’améliorer mon cadre, même ma vie, afin d’accomplir les buts fixés, j’ai cette voix en moi, long murmure ironique, qui me souffle avec une pitié méprisante à l’oreille : « Peut-être que l’amélioration de soi n’est pas la réponse (…). Peut-être que la réponse, c’est l’auto-destruction » (Palahniuk, C., Fight Club, 1996, Éd. Gallimard, p. 69).

(35). — « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. » — Roy Batty dans Blade Runner, 1982.

(36). — Dans très exactement un mois, la semaine de partiels du second semestre débutera. Je peux donc dire que je suis dès aujourd’hui officiellement en période de révision. Seulement il va falloir quelques temps avant que ces révisions ne commencent effectivement étant donné le retard que je dois combler avant. J’espère pouvoir me mettre à jour complètement d’ici une semaine mais, à vrai dire, compter dix jours serait plus raisonnable. Je verrai et m’adapterai en fonction. J’ai conscience qu’une tâche relativement titanesque m’attend — surtout qu’il faut aussi que j’anticipe les examens de la deuxième session, les rattrapages. Je ne sais trop encore comment je vais me sortir de tout cela mais, heureusement, je ne manque pas de motivation. Il va aussi me falloir une forte dose d’organisation pour ne pas me perdre en chemin. La première étape va être de boucler ce week-end mes cours magistraux en droit des successions et en droit des biens, ainsi que de mettre au propre — si j’en ai le temps — les travaux dirigés afférents. Et dès la semaine prochaine, il va falloir que je me penche sur les petites matières, tâche un peu laborieuse mais tout de même plus tranquille. Dans le mouvement, j’ai comme la sensation que ce journal va très vite se transformer en worklog.

En début de soirée. — En guise de bilan pour ce premier jour, je dois dire que ça n’a pas été si désastreux. La difficulté vient surtout de commencer la journée après avoir fini le service à 8:00am. Autrement dit, il faut arriver à gérer l’extrême fatigue que le travail implique. Habituellement le vendredi je prends un bon moment pour me reposer mais, étant donné les circonstances et les contraintes de temps, ça n’est plus possible. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec une amie en Droit et qui, aussi, travaille en tant qu’assitante d’éducation dans le même établissement. Nous sommes arrivés à la conclusion que le principal est de ne pas perdre cette journée du vendredi à se remettre du service ; quitte à ne pas être très efficace, il faut en profiter pour au moins faire un travail superficiel sur les cours — relecture simple, mise en forme, etc. J’ai ainsi pu avancer quelque peu en droit social et enfin me mettre au droit des sociétés. En droit social, nous voyons ce semestre les relations collectives qui sont assez complexes. Cependant, et même si tout n’est pas spécialement intéressant, il y a énormément d’informations tout à fait pertinente à connaître — ne serait-ce que pour notre culture générale. Le droit des sociétés, au contraire, est un droit que je trouve finalement très spécifique. À moins de vouloir s’immerger complètement d’un point de vue juridique dans une entreprise, c’est un domaine qui me paraît difficilement transposable. Je dois dire que je ne suis pas — pour le moment — très intéressé par ce droit. Mais sait-on jamais, l’intérêt de la license est après tout d’aborder de nombreux aspects du Droit afin d’en avoir une connaissance générale. J’ai quand même hâte de pouvoir me spécialiser dans un domaine qui m’intéresse vraiment. Dans six mois, si tout va bien.

(37). — L’idée que j’avais de faire de ce journal, au moins pour une période, un worklog centré uniquement sur mes études n’a réellement rien donné ; c’est assez clair. Il est évident que je n’ai pas nécessairement envie d’écrire à plein temps sur le contenu de mes études. Il faut dire que ça n’est pas forcément très intéressant. Ce n’est pas que les matières juridiques en licence, en elles-mêmes, ne sont pas attrayantes mais il est vrai que lorsque l’on se plonge dans le détail c’est plus douloureux qu’autre chose. Je sais que cela change dès l’entée en master où, finalement, nous arrivons enfin à faire des choses concrètes et enrichissantes. Dès lors, en rajouter une couche dans ce journal devient un véritable effort. Comme l’écrivait justement Robert Harris dans son Imperium, « s’immerger dans le droit, c’est un peu comme s’immerger dans un bain glacé — un peu, c’est revigorant, trop, c’est usant ». Je vais donc revenir au format initial et traiter de droit, peut-être, de temps à autre.

(38). — Je cherchais depuis quelques jours une saga audio de science-fiction du type des Aventuriers du Survivaure. Cette envie m’est venue après avoir entendu parler d’Alien : La sortie des profondeurs, l’adaptation audiophonique de Alien, Hors des ombres de Tim Lebbon — avec entre autres la voix de Tania Torrens, l’actrice française qui double Sigourney Weaver dans tous les films Alien. Il est assez marrant de voir les commentaires de tous ces gens qui ont l’air de découvrir ce genre de production audio totalement immersives. Pourtant c’est un genre qui existe et qui est diffusé par la radio depuis des décennies. Il est impossible de ne pas citer, évidemment, The War of the Worlds d’Orson Welles qui a vraiment fait croire en 1938 à l’invasion extra-terrestre, et que l’on peut toujours entendre, par exemple ici. Plus récemment, et dans un autre genre, de l’autre côté de l’Atlantique, Tintin a aussi eu le droit à ses aventures adaptées pour la radio — avec par exemple Les cigares du Pharaon. Encore plus récente, la saga Millenium a aussi été adaptée pour la radio avec Les hommes qui n’aimaient pas les femmes sur France Culture. Ce ne sont vraiment que des exemples et il y a beaucoup d’œuvres à découvrir même s’il est parfois difficile de mettre la main dessus. D’ailleurs, je ne sais pas si ça existe mais un annuaire sur la question pourrait être intéressant. Enfin le fait est que je cherchais ce genre de chose mais tournant autour de la science-fiction. En farfouillant, je suis retombé sur Eden que je connaissais déjà — et que je conseille par ailleurs. Et puis, je ne sais comment, soudain, j’ai trouvé une série que je ne connaissais pas ! Alien 2347 est une « saga audio de science-fiction humoristique (…) racontant l’histoire d’extraterrestres envoyés en reconnaissance sur la Terre, en l’an 2347 ». Je n’ai écouté pour le moment que le début de l’épisode premier, mais je dois dire que c’est assez prometteur !

(39). — « Il y a un conte populaire qui dit qu’avant la naissance, toute âme humaine connaît tous les secrets de la vie, de la mort et de l’univers. Mais juste avant la naissance, un ange se penche, pose son doigt sur les lèvres du futur bébé et murmure “Chuuut”. » Harris touche son propre philtrum. « Selon la légende, ce serait la marque laissée par le doigt de l’ange. Tous les êtres humains l’ont.
– Vous avez déjà vu un ange, monsieur Harris ?
– Non, mais une fois j’ai un vu un chameau. C’était au zoo du Bronx. Choisissez une porte. » — Stephen King, Après-vie dans La bazar des mauvais rêves, 2016.

(40). — Le 3 avril dernier la journaliste Quinn Norton mettait en ligne un article intitulé Love in the Time of Cryptography relatant l’histoire d’amour entre deux personnes vivant à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, elle aux États-Unis d’Amérique et lui au Luxembourg — une love story reprise par Xavier de La Porte dans une de ses chroniques. Bien qu’ils ne se soient vus qu’une seule fois, ils se retrouvent par hasard en ligne et commencent à échanger grâce à une messagerie instantanée. Je passe les détails pour en venir au fait qui m’intéresse ici : après de nombreux mois de discussion et s’être finalement revus physiquement, ils décident d’habiter ensemble. Et cela passe par une demande de permis de séjour de sa part à elle. Je ne ménage pas le suspens, elle a pu l’obtenir. Mais je me suis demandé sur quelle base ; peut-on réellement obtenir un permis de séjour pour rapprochement amoureux ? Comme elle a pu rentrer ainsi sur le territoire luxembourgeois, intégré à l’espace Schengen, le droit français doit prévoir quelque chose pour cela. Je savais qu’il existe une carte de séjour temporaire dite « vie privée et familiale » mais qui ne concerne que des situations très spécifiques comme le rapprochement auprès d’un époux français, être parent d’enfants français, être membre de la famille, etc. Autrement dit rien qui occupe notre couple d’amoureux. Et pourtant ! Je découvre qu’il est en fait tout à fait possible d’obtenir un titre de séjour si l’on possède des attaches fortes en France. Plus spécifiquement c’est prévu à l’article L. 313-11 du Code de l’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile qui prévoit en son 7° que, « sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » est délivrée de plein droit à l’étranger ne vivant pas en état de polygamie (…) dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d’origine, sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus », tout cela « en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Plusieurs pièces sont ainsi à fournir pour la constitution du dosser de demande de délivrance de la carte de séjour. Outre certaines documents de base (Ceseda, art. R. 311-2-2 et R. 313-1), et comme dans notre histoire d’amour, le demandeur doit présenter pour le cas qui nous occupe « toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine » (Ceseda, art. R. 313-21) c’est-à-dire par exemple des photos, des courriers, des messages vocaux ou n’importe quoi qui pourrait démontrer un lien stable s’inscrivant dans la durée. Évidemment, il n’est pas dit que le titre sera forcément délivré par l’administration qui a un regard souverain et discrétionnaire sur la question. Malgré tout, il est tout de même bon de savoir qu’il est possible de se faire délivrer un titre de séjour pour le simple motif d’être éperdument amoureux.

(41). — Depuis quelques jours maintenant, et comme on le disait dans les années 1970, je prends de l’exercice. L’idée est évidemment que cela soit quotidien, à tout le moins régulier. C’est ma deuxième tentative depuis le début de l’année. La première a fait suite à une fameuse bonne résolution et est un échec. Il a fallu le temps que cela murisse sans doute, mais la deuxième semble être plus prometteuse. J’ai deux routines à suivre. La première est la course à pied, tous les deux jours et maximum 45 minutes. Je n’ai pas la même forme qu’il y a trois ans, où je pouvais courir jusqu’à deux heures, ce qui fait que — je vais être honnête — je tiens pour le moment 10 minutes avant de faire un asthme d’effort. Je dois dire que c’est un peu démoralisant mais je sais (j’espère) que je vais rapidement progresser. La seconde routine consiste en des exercices simples de type fitness. Cet entraînement est assez connu et il est reproduit un peu partout sur Internet mais, pour mémoire, je le remets ici.

Le programme tourne autour de cinq exercices qui sont 1) des pompes, les mains légèrement plus écartées que la ligne des épaules, 2) la planche, mouvement statique dans la position des pompes mais sur les coudes, bras à 90 °, 3) des squats, depuis la position debout, bras tendus, la ligne des pieds plus large que les hanches, descendre en position de siège et remonter, 4) le chien de fusil (bird dog en anglais), où, à quatre pattes, on relève un bras tendu et la jambe opposée tendue aussi, puis l’autre côté, et enfin 5) le relevé de hanches, allongé sur le dos, bras écartés du corps, plante des pieds au sol au-delà de la ligne des hanches, on relève les hanches au-dessus du niveau du visage avant de redescendre. Il faut bien noter que lors de tous ces exercices il est important de garder le dos absolument droit, surtout pour les squats. Il peut être judicieux aussi de prévoir un tapis, notamment pour le bird dog, si l’on pratique sur un sol dur. L’idée pour cet entraînement est d’enchaîner ces exercices durant un temps donné. Pour le moment, il m’est pratiquement impossible d’arriver au bout du temps sur certains items — je pense par exemple à la planche durant 3 minutes. Dans ces cas-là, j’essaye de tenir le plus longtemps, relâcher quand je ne tiens plus, et reprendre dès que possible jusqu’à écoulement complet du temps imposé. Idem pour les pompes, quand c’est trop dur, je passe sur les genoux. Voici le programme à suivre :

Entraînement 1, 10 secondes de repos entre chaque exercice.

Entraînement 2, 15 secondes de repos entre chaque exercice.

Ces entraînements sont à effectuer six fois par semaine avec un jour de repos de la manière suivante :

Semaine 1.

Semaine 2.

À la fin de la deuxième semaine, il suffit de reprendre à la première semaine. Ce programme est normalement prévu pour durer un mois, mais je pense que je vais le maintenir jusqu’à ce que je me sente à l’aise dans tous ces exercices, suffisamment à l’aise en tout cas pour avoir l’envie de passer à un niveau supérieur.

(42). — Mes deux semaines et demi d’examens pour la session du semestre 6 ont commencé. Je n’ai pour le moment passé que deux matières, les majeures — c’est-à-dire celles qui sont liées à des travaux dirigés. Deux compositions donc, un commentaire d’arrêt relatif à la servitude en droit des biens et un cas pratique en droit des successions. Je devrais être content car je pense atteindre la moyenne dans les deux cas. Malheureusement pour les valider, il me faut plus que la moyenne, cela afin de rattraper mes notes de contrôles continus dans ces matières — qui comptent pour un tiers. Je ne sais pas si les efforts fournis seront suffisants. J’ai un relatif espoir pour les successions — la marche est moins haute — mais j’ai de gros doutes pour les droits des biens. La stratégie va donc être d’obtenir les meilleures notes possibles aux petites matières afin d’effectuer la balance nécessaire me permettant de valider le semestre. J’aurai fini cette série d’examens le 9 mai et les résultats devraient tomber — selon les pronostics de couloirs — le 29. Cependant, je ne serai pas en vacances le 9 car je vais devoir me préparer pour les rattrapages pour lesquels je n’échapperai pas ; je dois repasser, au moins, les petites matières du premier semestre. Les travaux dirigés de rattrage sont prévus pour la semaine du 29 mai, donc les rattrapages devraient commencer la semaine suivante, à partir du 5 juin. Ce qui me laisse un peu moins d’un mois pour me concentrer là-dessus ; cela en espérant ne rien avoir à repasser pour le second semestre, ce qui alourdirait considérablement la charge de travail. Dans tous les cas de longues semaines sans repos de l’esprit m’attendent.

(43). — Le décret n° 2017-633 du 25 avril 2017 relatif aux conditions d’application de l’interdiction de vapoter dans certains lieux à usage collectif émanant du Ministère des affaires sociales et de la santé a été publié ce jour au Journal officiel de la République française. Il s’adresse aux employeurs, aux salariés, aux usagers des établissements scolaires et des établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs, aux usagers des moyens de transport collectifs, ainsi qu’aux personnes responsables de l’organisation de ces établissements et de ces moyens de transports. Son entrée en vigueur est prévue pour le 1er octobre 2017. Il faut en retenir qu’il sera à cette date totalement interdit de vapoter dans les établissements scolaires — collège, lycée, etc. —, ceux destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs — comme les A.C.M. ou les I.T.E.P. — ainsi que dans les transports en commun collectif fermés — e.g. le bus, le tramway, le métro. Concernant les lieux de travail soumis à l’interdiction de vapoter, une définition a été donnée à savoir qu’ils « s’entendent des locaux recevant des postes de travail situés ou non dans les bâtiments de l’établissement, fermés et couverts, et affectés à un usage collectif, à l’exception des locaux qui accueillent du public ». Il y a bien deux conditions qui concerne cette interdiction, à savoir qu’il faut un local recevant des postes de travail affectés à un usage collectif. Autrement dit, et a contrario, il sera possible de vapoter sur le lieu de travail dans des locaux ne recevant pas des portes de travail ou, s’ils en ont, non affectés à un usage collectif. Cela concerne donc par exemple les salles de repos présentes sur le lieu de travail ou les bureaux réservés à une seule personne ; il sera possible d’y vapoter. De plus, si les locaux recoivent des postes de travail et sont affectés à un usage collectif, il sera tout de même possible d’y vapoter à la condition que ces locaux soient destinés à accueillir du public. On pense ici par exemple au guichet d’accueil de La Poste, dans les open space des magasins de vente Orange destinés aux clients ou encore dans les sections des magasins de vapoteuses qui accueillent les acheteurs. Pour terminer précisons que, en application de l’article 131-13 du Code pénal, le non-respect de ces dispositions entraîne une contravention pouvant aller jusqu’à 150 euros pour la personne vapotant et jusqu’à 450 euros pour la personne responsable des locaux où s’applique l’interdiction.

(44). — Mai a finalement chassé Avril il y a quelques jours. Pourtant, Soleil continue de se battre quotidiennement avec Grisaille. Hier, le combat a duré tout le jour sans qu’aucun des deux n’en sorte véritablement vainqueur. Aujourd’hui il faut croire qu’il a renoncé à la bataille ; le ciel n’est qu’une toile uniforme de lumière grise claire, presque argile, que parfois traverse à tire-d’aile un oiseau pressé de retrouver son nid dans les arbres, là juste en contrebas, pour échapper au froid. Chaque fois, ce ciel me donne l’impression incroyable de vivre sous un gigantesque dôme opaque, prison humide et austère privatrice des rayons solaires salvateurs et sources de vie. L’entièreté du monde est coupée, détachée ; peut-être même n’existe-il carrément plus ? Ne reste que ce qui est recouvert par le dôme. Par la grande fenêtre de ma chambre située sur les hauteurs juste au nord du château de Caen, et tandis que dans l’air résonnent les chants de Satie s’amusant tristement avec trois morceaux en forme de poire, mes yeux parcourent l’absence d’horizon qui se perd dans le brouillard. Peu à peu, ma vue se fixe, sur rien, et mes pensées s’arrêtent, presque. Doucement, des souvenirs lointains, distants, soufflent une brise légère et mélancolique à l’orée de ma conscience — pas suffisamment forte cependant pour que j’y prête une pleine attention. L’heure se passe, ou simplement disparaît. Soupir. Mon regard se détourne finalement et je reviens à mon cours de droit international public. Il faut, pour mardi matin 8 heures 30, tout savoir des faits internationalement illicites ; de ça et d’autres choses aussi dont je n’ai pas même encore idée.

(45). — L’épisode de Sur les épaules de Darwin de samedi dernier a notamment traité de l’Art de la mémoire, tel que développé par les grecs et repris par les romains. C’est une technique reconnue et fort utilisée sous l’Antiquité pour retenir toute sorte de chose en s’aidant, nous dit Cicéron, d’un certain arrangement, de certains signes. Constitué d’une série de techniques destinées à faciliter les processus de mémorisation, l’idée générale est simplement de placer des images évocatrices dans les différentes pièces dans ce que l’on nomme un palais de la mémoire — lieu réel ou imaginaire, c’est selon l’envie. Utilisant évidemment cet art, voici les conseils de Cicéron sur la question : « Simonide, ou l’inventeur, quel qu’il soit, de cet art, vit bien que les impressions qui nous sont communiquées par les sens, sont celles qui se gravent le plus profondément dans notre esprit, et que la vue est le plus pénétrant de tous les sens. Il en conclut qu’il nous serait facile de conserver le souvenir des idées que l’ouïe nous transmet, ou que l’imagination conçoit, si le secours de la vue venait rendre l’impression plus vive : qu’alors des objets invisibles, insaisissables à nos regards, sembleraient prendre un corps, une forme, une figure, et que ce que la pensée ne pourrait embrasser, la vue nous le ferait saisir. Ces formes, ces corps, ainsi que tous les objets qui tombent sous nos regards, avertissent la mémoire, et la tiennent en éveil. Mais il leur faut des places ; car on ne peut se former l’idée d’un corps, sans y joindre celle de l’espace qu’il occupe. Pour ne pas m’étendre outre mesure sur une matière simple et connue de tout le monde, je me bornerai à dire qu’on doit se servir d’emplacements nombreux, remarquables, vastes, séparés par des intervalles peu considérables ; employer des images frappantes, fortes, bien caractérisées, qui se présentent d’elles-mêmes et fassent une impression vive et prompte. C’est ce que vous apprendrez par l’exercice, qui amènera bientôt l’habitude. Attachez au mot que vous voulez retenir, l’image d’une chose dont le nom soit à peu près semblable, ou n’en diffère que par la terminaison ; rappelez-vous le genre par l’espèce, une idée tout entière par l’image d’un seul mot, comme un peintre habile fait ressortir les objets par la variété des formes. » (De Oratore, II, LXXXVII). La technique est donc simple mais demande de l’entraînement et de l’exercice régulier. Cependant même un néophyte, en y mettant un peu de bonne volonté, peut arriver à des résultats impressionnants rapidement. J’aurai voulu que Jean Claude Ameisen diffuse son émission un peu plus tôt, histoire de me laisser le temps nécessaire pour m’entraîner à ce genre de chose avant mes prochains examens. Je ne compte donc pas me lancer tout de suite dans la lecture de L’Art de la mémoire de Frances Yates. Par contre, pour savoir de quoi il retourne vraiment et afin de faire quelques petits exercices introductifs, une bonne porte d’entrée semble être le site de Francis Blondin déclaré en 2016 champion canadien de mémoire.

(46). — Ces deux derniers jours j’ai entamé un nouveau bouquin durant mes temps de pause entre les révisions et à mes moments perdus au travail. Il s’agit de L’Anomalie du Centaure écrit par C.P. Rigel et paru en mai 2015. Je ne sais plus trop comment j’ai entendu parler de ce livre qui traîne dans mes dossiers depuis déjà quelques semaines. Je dois dire que j’ai été attiré notamment par la couverture (qui présente une vue depuis l’ISS sur un lever de Terre) ainsi que par le synopsis qui présente, entre autre, un astronaute de la station internationale, un professeur de physique des particules et une catastrophe planétaire due à une anomalie venant du Centaure. Rien de forcément transcendant à première vue mais une bonne lecture en perspective. Nous avons donc un roman de science-fiction, faisant la part belle à la science, et prenant place à notre époque dans notre environnement quotidien. Je ne suis pas habitué à lire des récits d’auteurs français et je pense que l’on peut dire de ce livre que c’est un véritable page turner, au sens où les pages défilent sans même que l’on s’en rende compte — je viens de me surprendre en voyant que j’en avais déjà englouti la moitié. L’écriture est légère et rapide, et nous plonge facilement dans les différents moments, temps et actions de l’histoire. De plus l’auteur n’hésite pas à mettre en avant des explications scientifiques autour de son propos, et il le fait d’une manière que j’aime beaucoup, un peu à l’ancienne si je puis dire. Généralement les auteurs modernes essayent tant bien que mal d’intégrer les explications scientifiques destinées au public dans la trame directe du récit, comme si de rien n’était, souvent soit dans les pensées du personnage ou dans un dialogue. Je le vois assez souvent mais c’est rarement bien fait à mon goût ; comme lorsqu’un expert en physique explique à un autre expert en physique les principes, que eux deux connaissent évidemmet sur le bout des doigts, de la fission-fusion-fission — j’exagère évidemment, mais forcément ça n’est pas logique, et ça saute aux yeux. Rigel ne tombe pas dans cet écueil et préfère souvent faire ce que je nommerais des encarts, sorte de parenthèses scientifiques courtes qu’il intègre dans son récit, dans un paragraphe à part ou directement dans l’action (comme pour l’exemple que j’ai pris précédemment). Un peu comme ce que l’on peut retrouver chez Isaac Asimov ou Robert Heinlein, ou ce que l’on faisait dans les films de science-fiction des années 1960 et 1970. Je pense par exemple au scientifique dans Les évadés de la planète des singes qui vient à la télévision expliquer au public la distorsion temporelle à l’aide d’une mise en abîme dans un tableau ; c’est un vrai cours, on éduque les masses par le petit écran, on ne s’en cache pas, voir même on le met en avant — sauf que dans le récit de Rigel les explications ne sont jamais fantaisistes. Enfin je dois avouer qu’il y a quand même quelques défauts de mise en page dans la version électronique, notamment dans la gestion des blocs de paragraphes et aussi, mais surtout, en ce qui concerne les dialogues — mais ça ne perturbe finalement pas trop la lecture sauf les premiers temps. Bref, je lis en ce moment une bonne découverte d’un auteur que je ne connaissais pas. Et c’est bien normal car il se définit comme un amateur et c’est son premier. Il a d’ailleurs très humblement présenté son livre sur Le forum de la conquête spatiale et, d’après ce que je comprends, il en assure la diffusion et la promotion par lui-même. D’ailleurs à ce propos, il utilise Amazon et lulu.com et, apparemment et alors que c’est le même prix sur les deux plateformes pour l’acheteur, il vaut mieux acheter sur lulu.com car il ne touche presque rien avec Amazon.

(47). — Depuis plusieurs jours le processus de téléchargement des mises à jour de ma machine sous Windows 10 était bloqué à 0 %. La solution pour remédier à ce problème est simple, il suffit d’arrêter les services concernés, de vider le cache et de redémarrer les services en question. Pour cela, l’idéal est de couper l’accès à internet de la machine afin d’éviter que le service Windows Update ne refuse de s’éteindre — un redémarrage de Windows peut être nécessaire. Dans un premier temps, il faut lancer une console avec les privilèges administrateurs ; pour cela, par exemple, lancer le gestionnaire de tâches (ctrl+shift+esc) et dans le menu Fichier, cliquer sur Lancer une nouvelle tâche, taper cmd dans le champ idoine et activer l’option juste en-dessous ouvrant les droits administrateurs. Dans la console, entrer la commande net stop wuauserv puis net stop bits. Après avoir vérifié que les services sont bien éteints — la sortie de ces deux commandes l’indiquant — il faut vider le contenu du répertoire C:\Windows\SoftwareDistribution, c’est-à-dire effacer tout son contenu. Si Windows se plaint que certains fichiers sont en cours d’utilisation c’est que les services ont mal été éteints ; il faut alors redémarrer et reprendre tout à zéro. Une fois le contenu du dossier vide, soit on redémarre la machine ou soit on lance respectivement les commandes suivantes dans la console à savoir net start wuauserv et net start bits — autrement dit, on redémarre les services à la main. Enfin dans la panneau de configuration, se diriger vers l’option Windows Update ; Windows 10 devrait rechercher les mises à jour et les télécharger normalement puis les installer.

(48). — Comme cela était attendu, je me retrouve aux rattrapages. Par contre, j’ai plus de matières à repasser que prévu. Cela n’aide pas vraiment la motivation, au contraire même car le stress produit n’en est que plus intense. Et tandis que la lumière du tonnerre éclaire au loin la douce nuit bleutée de ce soir, je me retrouve pris avec moi-même devant deux possibilités pour l’avenir. La première, celle que j’appelle de mes vœux, consiste à valider toutes les matières ou avoir au moins la moyenne sur l’année, et décrocher ainsi ma licence pour pouvoir finalement partir d’ici, démarrer une nouvelle vie, me lancer dans de nouvelles aventures riches en émotions et en expériences ; vers le sud certainement puisque la ville de Paris est malheureusement trop chère pour moi. La seconde possibilité, que je crains terriblement, ferait que, n’ayant pas mon année, je devrais la reprendre et redoubler. Cela signifierait, dès lors, que je doive rester en Normandie pour encore un an ; bien qu’il soit possible pourtant de refaire ma dernière année ailleurs, cela ne paraît pas être un choix judicieux si près de la fin. Que dire de plus ? Rien. Il n’y a rien à rajouter. Il ne me reste qu’à lutter autant que possible contre cette tension en moi, presque angoissante, qui me paralyse ; lutter contre elle et étudier, encore et encore, sans faillir, guidé autant que possible par l’espoir et la certitude que je peux relever ce défi qui me paraît pourtant si grand.

(49). — Le programme de cette semaine est simple. J’ai quatre travaux dirigés de remise à niveau à suivre, chacun d’une heure et demi. Le reste du temps, il s’agit d’étudier et de s’exercer afin d’être prêt pour le 6 juin, date à laquelle tout recommence. Ce n’est donc pas le temps de l’oisivité. La motivation est là, heureusement, et il ne me reste qu’à espérer qu’elle ne s’échappe pas par la fenêtre — comme elle a souvent l’occasion de le faire. Je dois la préserver, coûte que coûte, quitte à la retenir enchaînée en usant tous les procédés dont mon imagination fertile et tordue peut accoucher.

(50). — Après le travail dirigé de remise à niveau d’hier en régime général des obligations, je me suis senti quelque peu confiant quant à la perspective de repasser l’examen. Je pense que les choses devraient bien se dérouler. Aujourd’hui, par contre, j’ai deux travaux dirigés à savoir celui en droit des biens ce matin et celui en droit des successions cet après-midi. Autant pour le second, je pense que je ne vais pas en sortir trop démoralisé ; autant pour le premier, en droit des biens, j’ai la sensation — à quelques minutes de son commencement — qu’il ne va pas être bon pour mon moral. Ce n’est pas une matière que j’affectionne particulièrement, qui est rendue compliquée par notre professeur, et que je n’arrive pas à intégrer correctement. Surtout, alors que je pensais avoir eu au moins la moyenne lors du contrôle terminal, j’ai eu la surprise de voir que ce n’était pas le cas ; je me doutais bien que j’étais certainement passé à côté de développements particuliers, mais pas au point d’avoir une note faisant comme si je n’avais rien compris à l’arrêt donné — j’ai eu 7/20. Ou alors peut-être est-ce vraiment le cas ? Peut-être (sûrement ?) que je n’ai rien du comprendre et que, vraiment, tout est à revoir depuis zéro — ce qui, si près du rattrapage, n’est pas une bonne nouvelle.

Quelques minutes plus tard. — Notre chargé de travaux dirigés vient de rentrer dans la salle DR101 du grand hall du bâtiment droit. Nous ne sommes que quatre élèves et il s’étonne du nombre si restreint ; peut-être est-ce dû à l’heure matinale ? s’interroge-t-il dans un sourire. Il a apporté avec lui nos copies et nous propose de nous les faire passer. Les appréciations sur la mienne font état d’un travail très insuffisant. Durant l’heure et demi qui suivra nous ferons la correction du commentaire d’arrêt qui nous a été soumis et j’ai pris toutes les notes que j’ai pu à ce sujet dans un fichier spécifique. Sur les conseils généraux de notre chargé de travaux dirigés, je retiens surtout qu’il faut donner des définitions, apporter le régime, la qualification — c’est-à-dire donner les conditions d’application — et rapporter le tout à l’espèce. Il insiste sur le fait qu’il faut que cela soit structuré et synthétique, concis. En gros, expose-t-il, ce que l’on attend de nous, c’est de la rigueur. Il conseille essentiellement de bien préparer notre brouillon en y recoupant toutes les informations nécessaires que l’on tire à la fois de l’arrêt, du code et de notre cours — et ne pas hésiter à utiliser dix pages de brouillon s’il faut afin d’organiser le tout. Concernant la gestion du temps, il indique que le mieux, selon lui, est de faire deux tiers pour la préparation et un tiers pour la rédaction — ainsi tout doit être carré dans notre tête avant de commencer, et ne plus faire que de la rédaction durant la dernière heure. Finalement je ne ressort pas de cette remise à niveau démotivé, comme je le pensais plus tôt, mais conscient de mes faiblesses et déterminé à réussir. Par contre, je me rends compte que le travail va être assez conséquent ; j’espère avoir le temps et être prêt le moment venu.

En fin de matinée. — Après cette correction, et de retour chez moi, j’ai pris un peu de temps pour faire le point. Histoire de coller à mon entraînement quotidien, je décidais d’aller courir mais ne tenais que vingt minutes au lieu des trente-cinq que je m’étais fixé. Il faut dire que j’ai assez peu dormi cette nuit, que je me sens fatigué. Après une douche, je me suis préparé cinq œufs au plat avec de l’ail, du poivron et des bâtonnets de (soi-disant) crabe découpés en petit carré. Après un grand verre de jus d’orange frais, je m’apprête à attaquer le cours de droit de l’Union européenne avant d’aller, à 14 heures, au cours de remise à niveau en droit des successions.

Vers le milieu d’après-midi. — La difficulté quand on passe aux rattrapages et que l’on n’a pas bien réussi les contrôles continus, c’est de gérer la frustration quand, comme c’est le cas pour moi en droit des successions, la moyenne au contrôle terminal est atteinte mais n’est pas suffisante pour compenser et valider la matière. J’ai eu exactement 10/20 ; malgré tout, il va falloir y retourner et recommencer. Cependant grâce au cours dont je viens de sortir, j’ai pu remettre à plat toute ma méthodologie de la consultation dans cette matière. Bon, l’examen ne surviendra que dans trois semaines, donc j’ai le temps avant de m’en préoccuper, mais — et c’est un peu le leitmotiv de ces deux derniers jours — c’est tout de même bon pour le moral et la motivation. Je vais maintenant en revenir, à grand renfort de Coca-Cola Zero (oui, je sais…), à mes révisions sur le droit de l’Union européenne jusqu’à la fin de l’après-midi où je devrais préparer mes affaires pour aller, ce soir, au travail histoire de gagner de quoi manger et me payer un toit.

(51). — Après quelques semaines d’attente, j’ai enfin eu hier les dates de fin de service de mon travail alimentaire, ce qui m’a permis de prévoir mon grand départ pour cet été. Et tandis que je règle les quelques détails restants concernant ce voyage à venir, mes rattrapages continuent de se dérouler. J’ai pour le moment passé deux matières à travaux dirigés et je dois dire que je reste circonspect quant à leur réussite — et par extension aux résultats. J’essaye de passer à autre chose et de ne pas y penser, et de préparer correctement les quatre matières que je vais passer lundi et mardi. Je n’ai pas été très efficace envers ces dernières encore mais, heureusement, il me reste encore du temps ; et même suffisamment si j’arrive à me priver correctement de sommeil. Dans tous les cas, l’assurance de savoir que je vais m’aggriper au grand condor blanc qui me fera traverser l’Atlantique a un effet très positif sur ma situation. J’espère seulement pouvoir dire au moment de partir que, certes, c’était difficile mais que je l’ai fait ; partir, et ne rien regretter.

(52). — Les examens de la deuxième session pour le premier semestre sont passés, et je me sens déjà exténué alors qu’il me reste encore celle du second semestre. Autrement dit, je n’en suis qu’à mi-parcours et mon cerveau montre des signes inquiétants de fatigue. Ce n’est pas très raisonnable mais je me suis pris un jour de repos aujourd’hui où je n’ai, littéralement, rien fait. Je ne sais pas vraiment si c’était extrêmement nécessaire mais, en tout cas, ça fait un certain bien même si la tension nerveuse est toujours très présente. J’ai un peu plus de chance que d’autres ceci dit car je vais finir un peu avant bon nombre de mes camarades. Plus que dix jours à tenir.

(53). — Parce que périodiquement j’en ai besoin et que je me casse toujours la tête à la retrouver, je mets ici la recette du taboulé de ma mère telle qu’elle me l’a donné. Notons que je parle ici du véritable taboulé, c’est-à-dire le taboulé libanais. Concernant les ingrédients, il faut :

Mettre dans un saladier d’abord le boulghour puis par dessus la tomate, le persil et enfin l’oignon. Dix minutes avant de manger, mettre le jus de citron et l’huile d’olive ainsi que le sel et le poivre. Mélanger le tout, servir et manger en utilisant les feuilles de salade comme cuillère.

(54). — En vertu de l’article 522 du Code pénal libanais tel qu’il a été modifié par l’article 33 de la loi du 5 février 1948, « si l’auteur d’une des infractions prévues au présent chapitre et sa victime contractent un mariage régulier, la poursuite ainsi que l’exécution de la peine qu’il a encourue seront suspendues. La poursuite ou l’exécution sera reprise, avant l’expiration de 3 ans, s’il s’agit d’un délit, et de cinq ans, s’il s’agit d’un crime, le mariage prend fin soit par la répudiation de l’épouse sans motif légitime, soit par le divorce au profit de la victime » — l’on peut retrouver le texte original en arabe ici. Le « chapitre » en question concerne le viol, l’attentat à la pudeur, le rapt, la séduction et l’impudicité. Autrement dit, et par exemple, si un individu est reconnu coupable de viol, il sera automatiquement exonéré s’il contracte un mariage régulier avec sa victime. Cette cause d’exonération est très critiquée depuis de nombreuses années, notamment par l’organisation non gouvernementale Abaad, association à but non lucratif libanaise basée à Beyrouth luttant pour l’égalité des genres, qui avait organisé une manifestation en décembre 2016 et qui intervient dans les médias pour sensibiliser la population à cette question. En février 2017, le quotidien L’Orient-Le Jour indiquait que la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice a proposé l’abrogation de ce texte. Un avant-projet de loi pour la réforme du code pénal libanais a été annoncé par le président de la commission le 23 mai, après vingt ans d’attente et près de cent soixante-dix séances de travaux parlementaires. Il reste maintenant, pour que cette réforme se mette en place — et donc que l’abrogation de l’article 522 soit applicable, et donc effective — il reste donc à obtenir un vote du Parlement en séance plénière. En attendant, l’on peut retrouver le détail des propositions résumées par Ghaleb Ghanem, député qui préside actuellement cette commission, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour publié ce mercredi.

(55). — Quand on lit des récits d’explorateurs ou que l’on écoute les souvenirs d’aventuriers, ils sont tous unanimes : ce n’est pas le but qui compte, ça n’est pas l’arrivée qui est importante, mais bien le chemin que l’on parcourt. Chacun des pas faits nous amènent vers l’objectif, quel qu’il soit, mais ce sont bien les pas en eux-mêmes qui importent. C’est une idée que l’on connait tous bien et qui transpire même dans ce fameux proverbe chinois qui veut que même le plus long des voyages commence par un simple pas. C’est, je trouve, une chose difficile à saisir dans la vie quotidienne ; il n’est pas simple d’apprécier et de profiter du chemin quand la routine consiste uniquement à se lever, faire des tâches journalières peu gratifiantes, attendre le coucher du soleil pour, enfin, pouvoir se coucher et s’oublier dans ses rêves. Avant de recommencer le lendemain, puis le jour d’après, sans que l’on puisse en voir vraiment la fin. La seule chose qui compte est finalement le but, le chemin n’est qu’un calvaire nécessaire avant d’y arriver. Je ne sais pas vraiment comment cela se matérialise pour les autres, mais clairement pour moi, cela se passe exactement de cette manière. Comme une sorte d’attente perpétuelle, juste un mauvais moment à passer, un moment incroyablement long et pesant. Une très mauvaise grippe qui n’en finit plus, qui ne veut ni guérir, ni me faire mourir. Je vis dans un lieu que je n’aime pas tellement, même s’il a évidemment de nombreux côtés très agréables ; je poursuis un but alors que je ne suis pas vraiment certain que c’est ce à quoi j’aspire réellement ; et toutes les nuits, quand je ne fais pas de mauvais songes, je rêve que je suis ailleurs, peut-être sur un bateau au milieu de la mer des Caraïbes ou bien dans le pacifique sud au large de Niau. Oh, j’ai bien conscience que cette vie là aussi à son lot de souffrance, de déception, d’embuches et même de grands dangers — le genre de danger qui coupe net, qui vous fauche en une seconde et qui peut amener à une agonie lente et misérable. Oui, vous savez, ce genre de danger qui fait que vous vous sentez pleinement vivant. Mais, pourtant, depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir, c’est le type d’aspiration que j’ai. Et je m’interroge, très souvent. Pourquoi n’ai-je jamais essayé de suivre ce chemin ? Est-ce par manque de courage ? Par peur de décevoir quelqu’un ? Ou simplement par fainéantise, par inertie, parce que j’étais pris par quelque chose qui me dépassait et que les efforts pour m’en sortir m’auraient demandé trop de labeur ? Je ne sais pas vraiment ; peut-être toutes ces raisons à la fois, ou même aucune en fait.

Mais il y a quelques années, j’ai eu un déclic, le genre de déclic radical, presque violent dont le résultat est que l’on jette toute sa vie aux ordures, absolument toute sa vie. Mais ça ne s’est pas fait en une seconde, ni même en quelques jours ; toucher le fond, ça ne se fait pas en un week-end, m’a dit Tyler. Quand j’ai eu le déclic, je ne pouvais même pas imaginer à quoi le fond ressemblerait. Maintenant je le sais un peu plus, je l’ai aperçu, juste touché du doigt, mais il était encore trop sombre pour que je puisse bien m’en rendre compte. Pourtant, je n’y suis pas encore vraiment aller et, du coup, je ne suis pas encore débarrasser de mes chaînes ; c’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut, a dit Tyler. Mais je suis tout de même plus libre qu’avant ; je n’avais pratiquement aucunes peurs, j’en ai encore moins. Je n’avais pas vraiment de limites, maintenant je sais que si elles existent, elles sont factices. Dans une semaine et trois jours, à nouveau, je vais tout jeter aux ordures et ne garder que l’essentiel, ce qui devrait tenir dans un petit sac que j’accrocherai à mon dos. Puis je ferai ce premier pas, et puis le suivant, et le suivant encore, marchant dans les traces de quelques uns de mes héros disparus il y a plus de deux cents ans et dont seule l’ombre fantomatique reste perceptible. J’avancerai à leur suite sans me retourner, sans jamais me retourner. Et peut-être que je ne reviendrai pas cette fois-ci.

(56). — Demain va marquer la fin de cette longue période d’examens de rattrapage dans laquelle je suis pris depuis ce qui me paraît être une éternité. Je suis vraiment passé par toutes les étapes émotionnelles possibles durant ces semaines. Et, au final, je suis assez incapable de savoir si je vais les avoir ou non. Il ne me reste plus qu’une épreuve, un oral, demain matin à 10 heures. Je vais faire tout ce que je peux pour passer le plus tôt possible, préférentiellement je souhaiterais être le premier à me présenter — je verrais bien dans quelle mesure je pourrais accomplir cela. Ce dernier examen n’est pas un des plus simples, ni un des moins stressants, cela dû aux exigences du professeur devant lequel nous allons nous présenter. Mais après cette épreuve — sous tous les sens du terme — je serai enfin libéré. Encore seize heures à tenir.

(57). — « Vous n’êtes pas exceptionnels, vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique, vous êtes fait de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde prête à servir à tout, nous appartenons tous au même tas d’humus en décomposition. » — Tyler Durden, Fight Club, 1999.

(58). — Cette dernière semaine est riche en activités. Évidemment, après la fin de mes examens lundi, j’ai pris ma journée de mardi pour dormir et essayer de me reposer un maximum car je savais que je n’allais pas en avoir l’occasion avant quelque temps. Hier et aujourd’hui, j’ai dû travailler, mais je dois bien avouer que ça n’a pas été très violent. Gagner quelque argent en ne faisant pas grand chose, et en passant du temps avec les collègues qui sont presque devenus des amis, j’aurais tord de m’en plaindre. Nous en avons d’ailleurs profiter pour sortir tous ensemble hier soir et je ne suis revenu chez moi que vers trois heures du matin, pour devoir me réveiller à sept heures ; aujourd’hui a certes été plus compliqué à gérer à cause de cela mais, comme dit, nous ne sommes pas surchargés. J’aurai voulu sortir à nouveau avec eux ce soir mais, malheureusement, je dois m’occuper de vider ma chambre pour pouvoir la rendre demain. Cela sous-entend préparer mon sac qui m’accompagnera durant les deux prochains mois et me débarrasser d’absolument tout le reste ; soit en disposant des affaires dont je n’arrive pas à me séparer chez une amie qui me fait la joie de me les garder, ou soit simplement en les donnant ou en les mettant à la poubelle. Les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder, a dit Tyler, et je dois dire que malgré l’habitude que je commence à prendre de ne rien garder sinon l’essentiel, je m’étonne toujours d’avoir autant de mal à me séparer de certains objets qui me sont, finalement, peu voir pas utiles. Mais de toute façon, je n’ai pas vraiment le choix, je n’ai pas le luxe de pouvoir prendre et garder avec moi plus que le contenu d’un sac à dos.

(59). — Comme je l’ai indiqué, ces derniers jours ont été assez mouvementés. D’abord vendredi, j’ai dû rendre ma chambre au CROUS car le bâtiment dans lequel j’étais a fermé pour l’été. Le déménagement — si l’on peut vraiment en parler en ces termes — a été compliqué en ce sens où il m’a fallu opérer suivant la politique par le vide. Je me suis donc séparé de nombreuses choses qui, il faut bien l’avouer, étaient superficielles. N’ayant donc conservé que l’essentiel je me suis retrouvé avec un sac à dos de dix litres ainsi qu’un autre sac plus petit contenant les affaires pour mon dernier week-end. Pour les jours suivants, heureusement, j’ai pu compter sur l’aide d’amis pour m’héberger. J’ai notamment passé une soirée barbecue formidable avec mes collègues de travail, mais aussi deux autres avec les amis proches. Comme chaque année finalement, je fais la tournée des grands ducs avant le départ — même si cette fois-ci, à mon très grand regret, je n’ai pu voir tout le monde car j’ai été pris par le travail. À ce propos, je viens de passer les deux jours derniers au lycée ; en journée afin d’opérer avec mes collègues les inscriptions pour l’année qui vient, et la nuit afin de garder les deux internes en stage qu’il nous reste. J’ai finalement pris le bus pour Paris à vingt heures ; dans deux heures environ, je rallierai la station de métro Opéra pour prendre le Roissy Bus puis, après une nuit à l’aéroport Charles de Gaulle, je m’envolerai enfin.

Je vais donc conclure ce volume sur ce départ. Il serait opportun, j’imagine, de faire une sorte de bilan, tant sur le journal en lui-même que sur l’année universitaire écoulée. J’ai pensé d’ailleurs à de nombreuses reprises sur la manière dont il serait possible d’y poser un point final avant d’ouvrir le suivant. Mais en réalité je crois bien que, maintenant que j’en arrive à l’écriture, je ne vais rien faire de la sorte. Puissent simplement les vents et Mercure me porter à bon port, et puisse Vénus m’embrasser de sa douce protection à mon arrivée.